La révolution thermo-acoustique | Rencontre avec Cédric FRANCOIS, dirigeant fondateur d'EQUIUM

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Publié le

18/11/2022

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NOVABUILD

EQUIUM GROUPE

Equipement technique (génie climatique, domotique, électricité, plomberie...)

ST-HERBLAIN (44800)

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Témoignages

Le sujet d’EQUIUM est d’apporter une alternative aux compresseurs à vapeur présents dans les pompes à chaleur, on les remplace par de la compression par ondes acoustiques, qu’on appelle aussi compression harmonique.
Cédric FRANCOIS, dirigeant fondateur d'EQUIUM
Notre innovation apporte comme avantage de ne pas générer de gaz à effet de serre puisqu'elle repose sur de l’hélium qui se comprime et se détend en fonction des ondes qu'il reçoit. EQUIUM est simple à installer, simple à produire, simple d’usage et robuste, car il n’y a pas de pièces en mouvement.
Cédric FRANCOIS, EQUIUM

Bonjour Cédric FRANCOIS, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire et diplomatique, doublée d’incertitudes économiques, sans oublier la crise climatique qui s’accentue ?

Cela va très bien. Avec sourire, je dirais que je ressens beaucoup moins les effets de ces crises depuis que j’ai coupé la radio…

La crise climatique m’a poussé à créer mon projet, car, à un moment, ce n’était plus possible pour moi de continuer sur la même lancée. Je suis désormais centré sur un objectif qui est d’apporter au monde une nouvelle façon de produire du chaud et du froid à partir de l’énergie acoustique. Cette innovation biomimétique va avoir de l’impact, et comme entrepreneur, ce que je cherche c'est d’avoir un impact.

Je crois aux lois de l’attraction et au pouvoir de l’intention. Je ne fais pas partie des gens qui cherche des excuses, je fais partie de ceux qui sont dans l’action.

Nous avons par deux fois failli déposer le bilan, et quand j’ai su aligner le contexte et le produit, on a déroulé assez facilement le projet.

Pouvez-vous vous présenter, et nous communiquer vos 3 points forts personnels et professionnels ?

Je suis quelqu’un de très persévérant.

Je suis un rebelle, je ne me satisfais pas de positions établies.

Je suis un créatif, artiste et sculpteur.

Et je suis un inlassable chercheur de qui je suis, de ce que je suis venu faire ici. Du coup, aujourd’hui, en tant que source du projet, j’insuffle une âme et une énergie à mes équipes fédérées autour d’une communauté d’action. Je mets énormément d’énergie pour les fédérer autour de notre projet qui est de sortir une innovation de rupture. Nous serons sur le marché l’année prochaine.

Pouvez-vous nous raconter pourquoi vous avez créé EQUIUM ?

J’ai été dans une école de commerce à Tours il y a une trentaine d'années. J’aurais sûrement dû faire une école de design, mais je ne savais pas à l’époque que ça existait. J’ai fait de l'humanitaire en Irak, puis je suis entré dans le groupe Danone dans des fonctions commerciales et marketing à l'international. J'ai eu à mettre en œuvre le discours d'Antoine RIBOUD sur le lien entre l'économique et le social.

J'ai toujours cherché à rendre possible le développement de l’Homme dans sa capacité à agir et dans sa puissance d’agir.

Après un passage artistique j’ai monté en 2002 une agence d’innovation par le design. Cela m’a amené à travailler le design thinking.

J’ai découvert les travaux de club de Rome en 2008, et là, j’ai pris conscience que nous allions dans le mur. Mon rôle de consultant en design perdait de son sens. En 2015, j’ai décidé de faire un pivot personnel et professionnel. J’ai donc arrêté une activité extrêmement rentable pour me lancer dans une belle aventure. On est dans une société qui nous fait croire qu’il faut avoir pour être, alors que c’est l’inverse. Cela amène à la démesure, cela ne peut pas fonctionner. Je suis dans une recherche d’alignement personnelle.

Pour revenir à mon projet, mon père, professeur émérite à l’Université Paris VI en mécanique des fluides, avait dirigé le laboratoire de recherche en cryogénie, le LIMSI à Orsay. Ce laboratoire de recherche avait développé la technologie thermo acoustique et, en partant à la retraite, il avait lancé une entreprise qu'il avait appelée HEKYOM.

10 ans plus tard, j’ai créé EQUIUM. En changeant l'étymologie, j'en ai changé le sens. EQUIUM va chercher sa source dans l’équilibre, en recourant au "Et" plutôt qu'au "ou", et au neutre de "Um". Et puis, un peu comme un pari, l'idée est d’aller chercher notre place dans le tableau de Mendeleïev où toutes les énergies sont en "Um".

Pouvez-vous présenter l'entreprise EQUIUM ?

EQUIUM est une entreprise de 15 personnes installée à Saint-Herblain (44), qu'on peut qualifier de Startup. Elle a été créée en 2017, sur une idée initiée en 2006. Le sujet est de lancer des cœurs de pompes à chaleur sur une harmonique. Nous apportons une alternative aux compresseurs à vapeur utilisant des fluides frigorigènes nocifs pour la planète, on les remplace par de la compression par ondes acoustiques, qu’on appelle aussi compression harmonique.

Pouvez-vous décrire le produit EQUIUM que vous commercialiserez à partir de l'année prochaine ?

Notre innovation, c’est d'introduire une invention dans un système existant, la pompe à chaleur (PAC).

Notre innovation apporte comme avantage de réduire drastiquement l’impact environnemental des pompes à chaleur en parfait adéquation avec le volet carbone de la RE 2020. Elle n’utilise aucun fluide frigorigène mais de l’hélium qui est un gaz neutre (GWP = 0). De plus, sa robustesse permet de doubler la durée de vie d’une pompe à chaleur classique, car il n’y a aucune pièce n’est en frottement dans notre cœur.

C’est un système qui "régule" entièrement, ce qui entraîne des performances annuelles jusqu’à 20% supérieures à des compresseurs qui eux, "cyclent" (avec un fonctionnement de type : On-Off) durant les périodes d’intersaison. De plus, notre solution ne génère pas de maintenance. Enfin, notre cœur pour pompe à chaleur est entièrement silencieux, car les ondes acoustiques que nous utilisons restent confinées au sein de notre cœur.

J'ajouterais que le maillon faible de la PAC, c’est l’installation. Il faut des frigoristes chevronnés pour les poser, or, nous n’en avons pas besoin. EQUIUM est simple à installer, simple à produire, simple d’usage et robuste (car il n’y a pas de pièces en frottement).

Nos ambitions sont internationales. Nous apportons une alternative aux compresseurs asiatiques sans nuire à aucune industrie française. Nous sommes persuadés que la compréhension harmonique va remplacer les compresseurs actuels.

Quel est votre rôle, votre contribution au sein d'EQUIUM ?

Je suis la source, dans le sens où je suis à l’origine du projet. Cette source embarque des acteurs dans le projet, notamment les salariés qui vont être associés, avec une organisation holistique.

Ce qui fait la beauté de la thermo-acoustique, c’est sa complexité. Je suis donc un apôtre de la simplexité. La beauté est un reflet de la complexité du monde, on doit avoir une vision systémique, associant l’acoustique, la thermique, etc.

Mon rôle est celui de "l’imbécilité", celui qui ne tient pas sur ses deux jambes, qui n'est rien sans l’équipe, et qui doit aboutir à de la simplicité.

Quels sont les cibles ou les marchés d’EQUIUM ? Quelle est sa place sur son marché ?

Nous créons et nous designons le cœur des pompes à chaleur. Nos clients sont donc des fabricants de pompes à chaleur. Les marchés sont les marchés résidentiels individuels et collectifs ainsi que le tertiaire. Nous visons des puissances de 3 à 10 kWh thermique, réversibles, pour le chaud et le froid.

Nos premiers clients sont régionaux, comme ARKTEOS à Guérande (44) qui propose une gamme complète de pompes à chaleur.

On travaille aussi la chaîne de valeur, ce qui nous amène à être en relation avec les énergéticiens. Nous venons de recevoir le Prix EDF Pulse Start-up où notre solution a émergé parmi plus de 200 autres ! C’est très important pour nous. Nous travaillons avec des filiales d’EDF pour améliorer l’efficacité des systèmes. Nous cherchons des alliés, et visons une production nationale.

Nous pensons que les atouts de notre solution devraient amener la filière à revoir complètement le principe de la pompe à chaleur, un peu comme la voiture électrique qui a été l’occasion de repenser complètement l'automobile.

L’idée à termes serait de mettre le dispositif à l'intérieur même du bâti, puisqu’il n’y a pas de maintenance. C’est la raison de mon adhésion à NOVABUILD. Il faut que s’emparent du sujet les architectes, les BET, les promoteurs et des gens comme COUGNAUD qui nous ont récompensé avec le prix ACCÉLÉRONS. C’est un long chemin.

Quelles sont les 2-3 réalisations dont vous êtes le plus fier ?

Nous serons sur le marché après 2023. Nous sommes encore en phase de tests. Nous installerons 10 PAC harmoniques fin 2023 avec ARKTEOS pour une première expérimentation financée par la région Pays de la Loire afin de faire la démonstration de l'intérêt. Nous aurons une première série de tests de 3 KWh en décembre 2022 chez ARKTEOS avec lesquels nous sommes en co-développement.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

Pour nous, l'innovation, c'est le cœur du réacteur. Nous sommes en train de rendre réels le fruit de 20 ans de R&D.

Parallèlement nous mettons en place de l’innovation managériale, car nous avons besoin de nouvelles façons de fonctionner pour aboutir. Nous n’avons pas de chef de projets. Chaque ingénieur est responsable de ses input et output.

L’innovation bloque toujours sur la question managériale. Il faut savoir déconstruire ce que l’on connaît, et maximiser nos surfaces d’échanges. Il me faut un échangeur (mon équipe) avec une surface d’échanges maximale. Je dois travailler sur la fréquence et la qualité des échanges. Je dois m’assurer que cela fuse et avance. Je dois permettre que le projet soit nourri.

Votre structure intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

Les PAC aujourd’hui permettent de réduire de 80% l’impact CO2 par rapport aux chaudières gaz, et nos PAC harmoniques réduisent elles de 50% l'impact des PAC classiques.

On résout donc un problème humain fondamental, qui se situe au bas de la pyramide de Maslow, qui consiste à se chauffer ou à se refroidir. Nous nous devons d’optimiser la réponse à ce besoin humain.

J'ai été personnellement impliqué parmi les 150 entreprises de la convention des entreprises pour le climat dont la réflexion reposait sur l’économie régénérative. Nous ne sommes pas encore au net zéro carbone, mais du fait de la durée potentielle du produit (autour de 30 ans), on peut avancer plus facilement vers l’économie de la fonctionnalité, en rendant possible des dispositifs de location.

Pour aller pleinement vers une économie régénérative, il faudra que nous intégrions notre produit dans un système global qui rendrait le bâtiment lui-même régénératif. Nous sommes une brique qui va dans le bon sens.

Je voudrais dire que j'ai conscience que nous avons pivoté il y a à peine deux ans sur ce marché. Nous voulons rester humbles. Nous avons besoin de trouver des acteurs historiques sur le sujet avec lesquels nous voulons échanger et partager.

Pourriez-vous nous faire part d’engagements que vous avez pris personnellement, ou en tant que dirigeant d’entreprise, en lien avec les questions climatiques ?

Comme je l'indiquais à l'instant, je faisais partie des 150 dirigeants des entreprises pour le climat. Nous avons travaillé pendant un an sur nos feuilles de route.

A titre personnel, avec le projet EQUIUM j’ai changé de vie professionnelle avec un impact total sur ma vie personnelle.

Je me forme à l'agroforesterie pour réfléchir à des façons différentes de se nourrir. Il y a un lieu en Bretagne où j’expérimente des plantations qui vont dans ce sens, avec de la permaculture, un autre rapport au sol et à la nature.

Quelle vision portez-vous sur l’avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? Quelles tendances voyez-vous émerger ?

Je ne suis pas Mme Irma ! Je ne sais pas si ce que je vais exprimer est un désir ou une tendance.

Je suis très circonspect autour de l’avenir du capitalisme. On est à mon sens entrés dans un Capitalocène, (et pas un Anthropocène). Le capitalisme détruit les ressources, mais il détruit aussi les relations entre les personnes et le lien social. Il y a tout un autre pan qui doit redonner du sens à la vie dans la ville, cela passe par du lien social. Cela peut passer par l’agriculture en ville.

Mon projet d’agroforesterie est une histoire de relations humaines. Je ne le fais pas seul dans mon coin. Tout ce qui sera propice à créer du lien humain et à apporter du bonheur est de nature à amortir les chocs qui vont nous arriver dessus.

L'énergie du lien, c’est l’amour, le cœur. Si l’on voyait le bâtiment comme un vecteur pour favoriser le lien, ce serait génial.

Tout ce qui dans le bâtiment va dans le sens de la sobriété, devrait être une évidence. Le sujet n’est pas la croissance ou la décroissance, cela ne peut pas se résumer à faire moins de la même chose.

Le sujet est la résonance, c'est accepter d’être touché par l’autre, accepter d’être en interaction avec l’autre, plutôt qu’être en prédateur. L’homme qui parle de son environnement, en parle comme s’il n’était pas lui-même un animal. On ne peut pas vivre sans la faune, la flore, les virus, les bactéries. Je crois à la Renaissance sauvage, qui passera par le corps.

C’est du désir et une vision de la façon de faire l’humanité.

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d’attache ? Est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? Ce qu’il vous apporte ? Ce que vous lui apportez

Mon port d’attache personnel c’est Belle Île.

Le port d’attache professionnel, c’est Nantes. Nous sommes issus de Paris-Saclay où il n’y avait pas de résonance avec les acteurs locaux. J’avais pour m'implanter le choix entre Lyon et Nantes. Nous visions à l'époque le marché maritime, d'où le choix de Nantes.

Une des meilleures décisions stratégiques que j’ai prises est justement d'être venu à Nantes.

À Nantes, je constate l’incroyable rapidité avec laquelle se font les liens. Je suis entré très rapidement dans l’écosystème qui sert l’innovation (Atlanpôle, la BPI, la Région, les pôles de compétitivité, DRO, NOVABUILD) qui a crû rapidement à mon projet. Je suis ravi de ce qui se joue ici. La région est entrée dans notre capital, cela confirme notre ancrage territorial.

J’ai créé 15 emplois, nous serons 20 à la fin de l’année.

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puiser votre énergie quand vous en avez besoin ?

Je suis artiste, sculpteur. Je sculpte à la tronçonneuse sur du bois, je travaille l’albâtre ou le marbre, mais aussi la céramique. Ce sont deux visions de la sculpture, dans l’une, on ajoute, dans l’autre, on enlève. Les deux sont importantes pour mon équilibre.

Sinon, je médite, je lis, je suis féru de philosophie. Et puis je pratique du sport pour décharger l’énergie, de la voile, du tennis, de la natation.

Vous êtes membre de NOVABUILD, quels bénéfices en retirez-vous, en attendez-vous ?

NOVABUILD pour moi ce sont des liens. Il y a un mois, j’ai participé avec vous à une séance de speed-meeting. J’y ai par exemple rencontré une responsable d’ATARAXIA. Depuis, ils ont fait une proposition embarquant notre solution dans un appel d’offre.

NOVABUILD, c’est rencontrer et comprendre.

L’intelligence, c’est lire entre les lignes, comprendre ce qui n’est pas dit et ce qui est en creux, et je crois que vous allez m'aider à cela.

Vous êtes lauréat du grand prix décerné par le jury du concours d’Open Innovation organisé par le groupe COUGNAUD et intitulé ACCÉLÉRONS, qu'en attendez-vous ?

Il y a deux choses qui nous intéressent dans le concours ACCÉLÉRONS.

D’abord, c'est d’être remarqué par un acteur industriel reconnu dans la région. Notre système doit s’insérer dans le bâti, donc pour nous ce lien avec un fabricant est important.

Et puis, nous cherchons des territoires d’expérimentation. La proximité est un atout essentiel pour réussir l’expérimentation. La distance rend tout de suite les choses plus compliquées.

COUGNAUD, ce sont des acteurs pragmatiques et réalistes. Nous ne voulons pas être hors sol. L’acoustique qui fait de l’énergie, ce n'est quand même pas évident, il faut donc que nous nous confrontions au terrain, c'est ce que COUGNAUD nous permet de faire.

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Pierre-Yves LEGRAND, directeur de NOVABUILD, le 26 octobre 2022

#Accélérons – Interview de Philippe Loyer (EQUIUM)

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