Rencontre avec Stéphane Bois, Directeur Général du Pôle métropolitain Nantes-Saint-Nazaire

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Publié le

12/06/2020

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La question que nous allons devoir porter avec les élus lors du prochain mandat, est celle de l’organisation d’un territoire pour qu’il y ait zéro artificialisation nette des terres, et zéro émission nette de gaz à effets de serre, dans un contexte où on aura plus chaud, où on aura plus de tempêtes, et où on manquera parfois d’eau.
Stéphane Bois, Directeur Général du Pôle métropolitain Nantes-Saint-Nazaire

Bonjour Stéphane Bois, comment allez-vous après cette période de confinement ?

En fait, très bien. Le pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire et sa petite équipe agile, va bien. À partir du moment où l’équipe n’était pas touchée par le virus, nous avons pu trouver assez vite une efficacité dans le travail. Nous sommes des nomades par nature, nous sommes équipés pour travailler à Nantes, mais aussi à Saint-Nazaire, à Savenay et donc aussi à notre domicile... Nous étions prêts au confinement en termes de méthode de travail.

La première semaine, nous avons payé toutes les factures que nous avions à payer, et contractualisé les engagements pris, dont l’adhésion à Novabuild.

Ce qui nous manque le plus ce sont nos élus, car du fait de la suspension du 2e tour, nous sommes au milieu du gué. Le travail de préparation est efficient, mais il nous tarde maintenant de le partager avec eux.

Vous retenez des enseignements de l’épreuve du confinement ?

Nous sommes dans un métier de prospective et d’aménagement du territoire, et nous essayons donc de tirer de la situation actuelle des interrogations pour le futur, cela interroge ce que nous avons déjà tracé, et comment nous devons l’infléchir pour répondre aux enjeux de demain.

Pouvez-vous vous présenter, nous donner vos 3 points forts ?

Je dirais en premier lieu que c’est notre capacité à construire et à fédérer autour d’un récit et d’une stratégie commune. Un 1er SCOT en 2007, un 2nd en 2016, une candidature commune Eau et Paysages, etc.

J’ajouterais notre capacité, à partir de la stratégie, à être une plateforme d’expérimentations. Nous ne faisons pas de la politique publique au sens classique du terme, nous faisons de l’expérimentation, dans l’idée de démultiplier.

Enfin, un de nos points forts, c’est d’être en permanence dans l’interrogation et l’ouverture à l’autre. Il nous arrive de batailler contre « le confinement » institutionnel des organisations.

Comment avez-vous intégré votre structure ?

Je fais partie du paysage depuis quelque temps déjà…

J’ai été recruté en 2004, dès la naissance du syndicat mixte du SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale), qui s’est transformé en pôle métropolitain. Si j’ai poursuivi l’aventure, c’est que les défis continuent d’être motivants. Cela évolue en permanence et cela se construit au quotidien. Nous sommes partis d’un syndicat qui réalise un SCOT, pour aller vers un pôle qui porte des expérimentations dans le cadre d’Écocité. C’est désormais un outil partagé entre 5 collectivités, et qui n’a pas été remis en cause après 3 élections.

Notre programme est adopté par 266 élus communautaires, qui représentent 61 communes et 5 intercommunalités situées le long de l’estuaire de la Loire.

Pouvez-vous présenter le pôle métropolitain Nantes Saint-Nazaire ?

On peut faire la présentation sous deux angles. Le pôle métropolitain est une « Startup territoriale » : nous avons peu de salariés (4), nous sommes à la recherche de nouveaux produits (basés sur la stratégie territoriale), nous avons le besoin de discuter avec nos investisseurs (les collectivités), nous avons la culture de l’agilité et de la réactivité, et nous sommes « le petit » face à des institutions installées.

Mais nous sommes aussi des « artisans du consensus ». Nous ne fonctionnons qu’avec du consensus. Si l’un de nos conseils communautaires dit non, les 4 autres ne peuvent pas faire le projet. On pourrait croire que de ce fait, on se contente de consensus mou, et ce n'est pas le cas. On peut passer par de la friction pour porter des ambitions. Par exemple, quand, dans le SCOT de 2016, les élus se sont fixés comme ambition de faire moins 50 % de consommation foncière, c’était vraiment ambitieux. Eh bien, c’est passé par la construction progressive du consensus.

Quel est votre rôle, votre contribution au sein du pôle ?

Mon rôle est d’animer, animer une réflexion commune et de faire naître les accords. C’est ce qui fait mettre en mouvement toute l’équipe. Du coup, cela nécessite la transparence et l’open source, qui sont des valeurs essentielles pour nous.

Quelle est la ou les cible(s) du pôle ?

La cible, c’est l’amélioration du cadre de vie en tenant compte des évolutions des contextes démographiques, sociaux, environnementaux et économiques de nos concitoyens. C’est répondre à leurs besoins.

Quelle est votre place dans votre écosystème ?

En occident, on place l’avenir devant nous, et le passé derrière. Je me demande si nous, nous éclairons le passé, ou l’avenir ? L’aménagement du territoire, c’est du temps long, cela vient de loin, et cela engage pour longtemps.

Quels sont, selon-vous, les facteurs qui contribuent à la réussite du pôle métropolitain ?

La naissance d’un vrai collectif et la confiance qui s’est installée entre les grandes agglomérations et les plus petites communautés, sont vraiment deux éléments qui ont largement contribué à notre réussite.

On ne s’est pas limité à faire du règlement du SCOT, on a construit du projet.

C’est l’avantage d’être passé en pôle métropolitain. Si on n'avait édicté que de la norme, on aurait été oublié, comme certains autres SCOT en France. Les SCOT très normés sont vécus un peu comme des "casse-pieds". Nous préférons, de notre côté, donner du mouvement pour permettre aux territoires d’atteindre le cap.

Ce n’était pas gagné de créer du consensus entre Saint-Étienne-de-Montluc et Nantes. Je m’en souviens bien, c’était ma première réunion de préparation du SCOT en février 2004, et ce n’était vraiment pas donné au départ...

Novabuild : Quelle place accordez-vous à l’innovation ?

L’innovation, c’est quelque chose d’important pour nous, car faire travailler des communautés de communes, une métropole et une agglomération demande d’aller vers l’innovation, notamment dans le process. On fait du co-design par exemple. Faire un projet avec plusieurs collectivités organisées en consortium, nécessite forcément d’innover.

Par exemple, le projet Eau et Paysages.

C’est un projet qui rassemble tout le monde. Au départ, c’est un besoin de retourner les villes vers l’eau. Cela a été le fondement de notre candidature au label de l’État Écocité. Nous nous sommes rendus compte que la question des paysages, sur l’estuaire de la Loire, est immense et qu’on on ne pourrait pas tout traiter. Il fallait sélectionner des « fenêtres », des fragments de paysage pour favoriser la découverte. Au départ c’était une idée. Il a fallu sélectionner des sites, en échangeant avec les intercommunalités. Et comme ce n’était qu’une idée, au départ, il n’y avait pas forcément de financements. In fine, il y a 6 sites. Tout le monde a financé des études, y compris si cela n’était pas sur son territoire. Cette mutualisation a permis d’attirer 60 parmi les plus importantes équipes nationales  de paysagistes et de collecter 1 million d’euros de subventions. Cela a fait monter tout le monde en compétence.

Le résultat, c’est qu’aujourd’hui, on peut faire le tour complet du lac de Savenay, une passerelle flottante y a été installé, aller de Bouvron au Gâvre à vélo en site propre et on pourra bientôt aussi grimper sur le belvédère sur la Brière depuis St Malo de Guersac. Ce sont des objets qui permettent de contempler le paysage, mais aussi de prendre conscience des risques qui sont devant lui, notamment les risques liés au dérèglement climatique.

Justement, le pôle métropolitain intègre-t-il une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

La question climatique est intégrée dans notre réflexion depuis le dialogue compétitif avec les 4 équipes d’Eau et paysages, notamment l’agence TER qui nous a sensibilisé à ces questions. Elle nous a alerté par exemple sur la disparition probable du hêtre, et le développement du chêne liège.

Cela a été une prise de conscience. Aujourd’hui, je constate que la protection des terres agricoles n’est plus seulement un objectif économique, on cherche aussi à préserver la biodiversité, à préserver l’eau, à être attentif à la qualité…on a changé de registre, la prise de conscience s’accélère.

Ce sera l’enjeu du mandat qui arrive. Toutes les collectivités ont un Plan Climat-air-énergie territorial (PCAET). Elles ont pris cet exercice au sérieux. C’est un bel outil de prise de conscience. On est en train de regarder les convergences et divergences entre les différents PCAET, et voir comment cela impacte l’aménagement du territoire.

La question que nous allons devoir porter avec les élus, lors du prochain mandat, est celle de l’organisation d’un territoire pour qu’il y ait zéro artificialisation nette des terres, et zéro émission nette de gaz à effets de serre, dans un contexte où ce territoire aura plus chaud, connaîtra plus de tempêtes, et où l’eau manquera régulièrement.

Vous êtes donc très impliqué sur ces questions climatiques ?

Sur la question climatique, il y a 2 discours que je n’aime pas beaucoup.

Le premier est « c’est urgent, sinon on est foutu ! ». Quand on y regarde de près, ce qui nous sépare de 2050, c’est le chemin que l’on a parcouru depuis 1990, on peut donc agir. C’est comme dans un match de foot, si on perd à la mi-temps, on peut encore remonter la pente. Là où on n’a pas beaucoup de temps, c’est pour définir le schéma tactique, et ça c’est dans ce mandat qu’on doit le faire. C’est le sujet que nous allons proposer de travailler avec nos nouveaux élus.

Le 2e discours que je n’aime pas, c’est celui du « monde d’après » car on projette dans le monde d’après, ce qu’on défendait dans le monde de maintenant. Ce qui importe est d’observer ce que la situation exceptionnelle de maintenant a amené et comment on peut se projeter dans la suite. Il n’y a pas le jour et la nuit, les évolutions sont graduelles, il faut prendre le temps d’observer avant d’agir.

Compte tenu de cela, notre objectif c’est de bâtir le cap à suivre. La moitié des emplois sont dans des zones d’activités par exemple, nous devons nous demander quel sera le modèle en 2050 de ces zones d’activité. Le « zéro artificialisation nette » n’a pas qu’une logique comptable, il a une traduction très concrète pour des personnes qui vivent, qui travaillent, qui circulent. C’est ce schéma tactique d’adaptabilité du territoire que nous allons essayer de mettre en œuvre, et pas se focaliser sur des réponses chiffrées. C’est le Projet pour y parvenir qui permettra aux élus et aux habitants d’adhérer, et pas une somme de calculs. Nous devons raconter une histoire.

Au pôle métropolitain, on propose aux élus de réfléchir ensemble, de bâtir une stratégie partagée, on la met en scène en racontant une histoire, et on se donne un cadre réglementaire pour y parvenir.

Vous êtes membre de Novabuild depuis quelques semaines, quels bénéfices en retirez-vous ?

Au départ, notre adhésion est motivée par notre rôle qui est de caractériser les choses, de dessiner le chemin à parcourir, de caractériser les questions qu’on se pose. Novabuild est très intéressant pour nous sur la partie « bâti » de nos interrogations.

Ce qui nous intéresse à Novabuild est la capacité d’animer des réflexions collectives car on ne peut être seuls et il n’y a pas de solutions uniques.

Ce que vous avez fait depuis le confinement est très utile. Par exemple la lettre de veille, c’est formidable, jamais on n’aura le temps de le faire nous-même. Les webinars que vous avez lancés sont des moments précieux. Les newsletters, l’agenda de la semaine, c’est ce qu’il nous faut. C’est ce temps-là qui est sacrifié dans une petite équipe, que vous nous faites gagner.

Une belle rencontre avec Novabuild…

La première, c’est avec Romain MARTEN au CINA. Nous étions tous les deux invités à faire une présentation conjointe sans nous connaître.

Et il y en aura d’autres...

Pouvez-vous pour terminer évoquer votre plus bel accomplissement professionnel ? Un moment de ravissement.

Mon plus bel accomplissement professionnel ? C’est sans aucun doute mon premier appel d’offre gagné, quand j’étais à mon compte en tant qu’urbaniste. Ce moment-là... qui arrive au lancement du bureau d’études, c’est très fort. L’oral, voir ses adversaires, la nuit charrette, et à la fin, la victoire !

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