Pour une architecture tout en dialogue | Rencontre avec Maël CLAVIER, MCA

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Publié le

09/09/2022

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Notre point fort, c’est que pour nous, il n’y a pas de réponses toutes faites sur les projets. Notre objectif est de répondre de la façon la plus juste au programme et d’avoir une réponse très ciblée. L’interrogation du contexte est essentielle. Nous interrogeons toutes les composantes du programme pour apporter la réponse la plus juste à la question posée, avec une ambition environnementale affirmée sur tous nos projets, dans la limite du respect de l’enveloppe financière.
Maël CLAVIER, Architecte, fondateur de MCA

Bonjour Maël Clavier, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire et diplomatique, doublée d’incertitudes économiques, sans oublier la crise climatique qui s’accentue ?

Et bien, pas mal. Parce que malgré ces crises, l’horizon est plutôt intéressant. Les chantiers à mener pour construire autrement sont toujours là. Les voyants sont verts, notre métier reste toujours aussi passionnant et engageant.

Pouvez-vous vous présenter, et nous communiquer vos 3 points forts personnels et professionnels ?

Le premier point fort est l’expérience que j’ai acquise dans la précédente agence, GPAA, avec un bon bagage technique, de vrais outils pour mener à bien des projets, et le déploiement du BIM qui est un atout au quotidien.

Le deuxième, c’est le dialogue, l’écoute, l’échange. J’y suis très attaché. Je l’ai encore pratiqué pas plus tard que ce matin, avec un langage de vérité avec un maître d’ouvrage, où nous avons pu nous dire les choses. C’est comme cela qu’on avance le mieux.

Enfin, il y a la curiosité. Elle permet de se questionner et d’aller plus loin, de ne pas rester dans son pré carré. Et quand cet esprit de curiosité s’appuie sur l’expérience acquise, cela permet d’aller plus loin.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez créé MCA ?

J’ai commencé mon expérience en 2006 par un stage dans l’agence de Gaëlle Penneau, GPAA, et j’y suis resté 13 ans, jusqu'à la fin 2018.

J’ai passé les dix premières années sur de la direction de travaux, avec des projets de 7 à 30 millions d’euros. Sur la dernière période, j’ai fait 2 années d’études pour un projet hors du commun, celui du de la Kedge Business School de Marseille.

Et, je suis arrivé à un moment où j'avais besoin d’autre chose, mais je ne m’imaginais pas salarié dans une autre agence, tant cette expérience a été marquante.

Ces graines, je dirais même cet enveloppement dans les projets que l’agence GPAA a semé en moi, m’ont permis de créer une nouvelle agence. Je m’amuse aujourd’hui à semer ces graines dans les projets que je porte.

Pouvez-vous présenter MCA ?

C’est une agence d’architecture avec deux architectes et une assistante administrative pour le suivi de chantier. Nous partageons nos locaux avec l’atelier LAU, composé de trois architectes et urbanistes. Cela fait qu’au quotidien nous sommes 5-6 architectes à travailler ensemble et à se nourrir les uns des autres.L’atelier LAU se positionne sur des missions de concertation et d’assistance à maîtrise d’ouvrage, et essentiellement sur des projets urbains, en pré-opérationnel ou opérationnels. L’atelier nous accompagne sur la définition de programme ou de la concertation avec les usagers et les maîtrises d’ouvrage, ou sur de les espaces publics associés au bâtiments sur lesquels nous travaillons. Et dans l’autre sens, nous les accompagnons sur des faisabilités, ou du retour d’expérience sur des projets de bâtiments.

Nous avons comme projet de nous installer prochainement dans d’autres locaux communs. C’est très mobilisateur. Nos équipes sont à fond dedans.

Maison de Santé Pluridisciplinaire à SEVREMOINE (49) - Maître d’Ouvrage: Ville de Sèvremoine - Architecte mandataire: mca - BET TCE: Novam 

Quel est votre rôle, votre contribution au sein de MCA ?

Mon rôle est celui de chef d’entreprise. C’est important de le rappeler, même pour une agence d’architecte. J’ai aussi un rôle d’accompagnement de projets,de direction des des chantiers de l’agence, c’est une chose que j’aime particulièrement faire, sans oublier la production et le dessin. Et puis d’une façon générale, j’ai un rôle de relai.

En fait tout est plaisir, et tout m’amuse. Je suis un peu un couteau suisse, on fait tellement de choses !

Vous avez aussi une autre activité, je crois ?

Effectivement. Je suis aussi formateur auprès de CAD équipement, avec Patrice Infante. J’interviens dans les agences d’architectes pour les former aux logiciels Archicad, du dessin au BIM.

Cela me permet de belles rencontres. Je pense à l’atelier DAUBAS et BELENFANT qui a une pratique éprouvée de la terre, ou à PADW qui a une pratique collégiale. Il nous arrive de parler de projets, d’échanger sur des retours d’expérience. Encore une fois, c’est du dialogue, c’est ce qui me plaît dans la formation. Je fais tout pour garder ces moments malgré la montée en puissance de l’agence, car, j’aime ça. C’est un vrai besoin de pouvoir transmettre, c'est fabuleux !

Quelles sont les cibles ou les marchés de MCA ? 

Notre credo, ce sont les marchés publics, quel que soit le type de projets. Nous sommes vraiment bien outillés pour répondre à ces commandes. Nous venons de livrer une maison de santé, et nous travaillons sur un cabinet de podologue, une cantine scolaire, ou un centre de loisirs.

Notre critère de choix, c’est la proximité géographique. Je cherche à être à une heure de route de Nantes au maximum, pour gérer le dialogue et être réactif. Nous voulons être aux côtés de notre maître d’ouvrage et des entreprises lors du chantier.

Je constate qu’il y a un boulot énorme à faire sur notre territoire, notamment dans les communes. Je rencontre tous les jours des élus qui ont des envies, qui souhaitent des projets qualitatifs notamment pour les enfants . La passion commune est un moteur excellent, c’est bien plus intéressant que les projets élitistes qui n’intéressent qu’une poignée de personnes.

Maison de Santé Pluridisciplinaire à SEVREMOINE (49) - Maître d’Ouvrage: Ville de Sèvremoine - Architecte mandataire: mca - BET TCE: Novam 

Quel est le point fort de MCA ?

Notre point  fort, c’est que pour nous, il n’y a pas de réponses toutes faites sur les projets. Par exemple, nous sommes en phase chantier pour l’extension d’un centre de loisirs et notre projet est d’être “invisibles”, de se situer dans le prolongement de l’architecture initiale.

Notre objectif est de répondre de la façon la plus juste au programme et d’avoir une réponse très ciblée. L’interrogation du contexte est essentielle. Nous interrogeons toutes les composantes du programme pour apporter la réponse la plus juste à la question posée, avec une ambition environnementale affirmée sur tous nos projets, dans la limite du respect de l’enveloppe financière. Si par exemple la demande est de développer les bio sourcés, on ira jusqu’au bout, mais ce ne sera pas systématique sur tous les projets.

En revanche, là où nous sommes systématiques, c’est avec le BIM. Nous déployons toutes nos réponses en BIM. Dans toutes les phases, nous nous appuyons sur une maquette 3D et nous renseignons cette maquette de façon à bien utiliser le BIM pour ce qu’il apporte. Nous le faisons même quand il n’y a pas de demande, c’est notre process. Nous travaillons aussi sur cette base avec NOVAM, notre partenaire en ingénierie.

Maison de Santé de Saint-Joachim (44) – Maître d’ouvrage : Ville de Saint-Joachim – Architecte mandataire : mca – BET TCE : Novam

Quelles sont les 2-3 réalisations dont vous êtes le plus fier ?

Je pense au premier chantier livré par l’agence, la maison de santé de Saint-Joachim (44). La mairie avait une forte demande de centrale  aérovoltaïque en toitures, et on est allé très loin sur ce sujet. Le bâtiment est dans une sobriété assez modeste, et avec des usages adaptés aux attentes, une ambiance chaleureuse. Chaque bureau a un mur en bois massif, le cadre de travail est valorisant.

Le 2e est la maison de santé de Sèvremoine dans le Maine-et-Loire. Le chantier est en ossature bois, avec des isolants bio sourcé, une approche sur le confort d’été, et des études d'ingénierie assez poussées. C’était un gros projet pour nous avec 1,8 millions € de travaux.

Enfin, il y a le projet de Pontchâteau (44). Nous avons amené la maître d’ouvrage à aller sur la question du réemploi. C’est un projet destiné à héberger La Croix rouge et le Secours Populaire. Nous avons trouvé qu’il y a une cohérence dans le projet à mettre en œuvre du réemploi. On s’appuie sur l’ancien centre technique municipal dont on va augmenter la capacité de 30%. On va pousser le réemploi là-dessus.Ce n’est pas facile à faire du fait des contraintes des marchés publics, c’est un peu un jeu d’équilibriste, mais on va y arriver !

Projet de Pontchateau (44) pour La Croix rouge et le Secours Populaire

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

Je leur accorde une place importante. J’ai la curiosité chevillée au corps. Je parlais à l’instant du réemploi, si on y arrive, tant mieux, et si on n’y arrive pas, il en restera quelque chose qui sera utile au prochain projet. On expérimente, tout en respectant le cadre.

Et puis, je parlais tout à l’heure de la partie numérique. Elle comporte un volet important sur l’innovation et je suis obligé de rester au goût du jour en permanence, du fait de mon rôle de formateur.

MCA intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

Cela nous paraît être une évidence. Nous avons une responsabilité en tant qu’architecte, que notre empreinte soit la plus faible possible. Ce n’est pas toujours attendu par le maître d’ouvrage, mais nous allons toujours le proposer, avec au minimum une variante.

Nous venons de proposer à un maître d’ouvrage des panneaux photovoltaïques, et cela a permis un échange, nous avons fait bouger les lignes.

Notre responsabilité est de proposer des bâtiments les plus vertueux possibles, que ce soit en matériaux, en participation des habitants, en chantiers d’insertion sociale, etc.

Novabuild : Pourriez-vous nous faire part d’engagements que vous avez pris personnellement, ou en tant que dirigeant d’entreprise, en lien avec les questions climatiques ?

D’abord, le choix d’agir dans un rayon d’actions d’une heure autour de Nantes fait partie de ces engagements. Le réemploi, les bio-sourcés, ou les énergies renouvelables que nous prescrivons, en font partie aussi.

A titre personnel, cela peut paraître plus anecdotique, je prends le vélo pour aller au bureau, j’ai fait toute l’isolation de notre maison en bio-sourcé, avec chauffage au bois…. Cet engagement personnel est une sorte de logique, j'ai deux enfants et je dois leur laisser les choses les plus propres possibles. Nous allons semer des graines pour faire mieux, on n’arrivera peut être pas à tout faire, et ce seront peut être eux qui récolteront, mais nous l’aurons fait.

Mon rêve, ce serait qu’on arrête avec les réglementations et que le bon sens reprenne le-dessus, que l’engagement volontaire fasse sa part.

Maison de Santé de Saint-Joachim (44) – Maître d’ouvrage : Ville de Saint-Joachim – Architecte mandataire : mca – BET TCE : Novam

Quelle vision portez-vous sur l’avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? Quelles tendances voyez-vous émerger ?

Mon courant de pensée du moment c’est “Faire avec ce qu’on a déjà” : le réemploi, la rénovation des bâtiments existants, arrêter de grignoter du foncier, etc. Oui, c’est plus compliqué, mais c’est faisable. Valoriser le patrimoine qui est plein de richesses est tellement plus satisfaisant que de faire du neuf à partir des ruines de l’ancien !

Ma vision d’avenir est de se concentrer sur ce qu’on a déjà, et de « faire avec ». À Pontchâteau,  pour intégrer le réemploi, on a prévu 15 dimensions de fenêtres ! On composera avec ce qu’on a, cela dépendra de ce qu’on trouvera.

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d’attache ? Est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? Ce qu’il vous apporte ? Ce que vous lui apportez ?

Mon port d’attache, c’est clairement Nantes.

Je suis né à Nantes, j’y ai fait mes études, avec une petite parenthèse lilloise. J’ai un bassin familial situé entre Nantes et Saint Nazaire. Je suis attaché à Nantes en Bretagne, et à la Bretagne Sud. La Bretagne Sud me revitalise. La proximité de la Loire et de la mer sont super-importants pour moi. Il y a sur ce territoire des acteurs et des rencontres possibles sur plein de sujets. Encore une fois, je cherche à m’enrichir des autres, et à leur apporter mon grain de sel…

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puiser votre énergie quand vous en avez besoin ?

Avant tout la famille et les amis. Une maison en Bretagne, au bord de l’eau, un apéro au soleil, des amis, la famille, il n’y a rien de mieux !

J’ai fait beaucoup de sport. Je l’ai fait de façon intensive, mais je n’ai plus trop le temps. C’était du kayak polo, c’est un sport de contact et de passionnés. Cela me donnait de l’énergie.

Et le pas-de-côté que vous n’avez pas encore fait que vous aimeriez faire ?

Les 8 derniers mois, j’ai combiné 2 métiers, architecte et artisan. Je viens de terminer notre maison. J’ai quasiment tout fait moi même. J’ai testé plein de choses, les bio sourcés, le bois, la pierre, etc.

J’aimerais refaire la même chose en expérimentant encore plus de produits, et avoir du temps pour le faire, prendre un an pour aller très loin dans les tests et l’expérimentation.

Je garde en exemple un de nos associés chez GPAA qui faisait plein d’essais pour vérifier si ce qu’il dessinait était réalisable. C’est important de tester, de manipuler, de voir. Mes grands-pères étaient ébénistes, je les ai vu travailler, comprendre la matière. J’ai besoin de toucher, voir le matériau, voir comment il réagit avec d’autres, comment il “chope” la lumière, la pluie, etc.

Vous êtes membre de NOVABUILD, quels bénéfices en retirez-vous, en attendez-vous ?

Ce que je retiens de NOVABUILD, c’est cette capacité d’échange, et d’apprendre tout le temps au contact des autres.  Un architecte ne sait rien faire seul, il a tout intérêt à partager, autant transmettre nos écueils, nos doutes, nos envies. Novabuild, c’est le côté ”à plusieurs''.

Je vous ai connu par les JeDisBIM, c’était déjà ça. Le JedisReemploi que vous avez organisé récemment, est arrivé au bon moment. Il a généré des rencontres riches.

Apporter et recevoir, c’est ça Novabuild. Il y a le sujet de la biodiversité qui va arriver, et je suis sûr que vous allez nous proposer encore une fois des moments utiles.

Pouvez-vous raconter une belle rencontre que vous avez faite avec NOVABUILD ?

J’ai une affection particulière pour Fred Deschamp. Il nous a quittés. J’ai animé un JeDisBIM avec lui à l'école d’architecture, cela m’a marqué.

Il y a aussi Marika Frenette que j’ai eu comme intervenante à l'école. J’étais sorti de là avec des choses qui m’ont paru d’emblée évidentes, mais qu’elle était la seule à dire à l’époque. Ce sont des gens inspirants, qui n’apportent pas toujours des réponses, mais au moins un bon questionnement.

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Pierre-Yves LEGRAND, directeur de Novabuild, le 6 septembre 2022

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