Pour que les ambitions se transforment en réalisation | Rencontre avec Gaël le Glanic, Pierres Sauvages

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Publié le

31/01/2022

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NOVABUILD

Gael LE GLANIC

Assistant à Maîtrise d'Ouvrage

NANTES (44000)

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Témoignages

Je suis un facilitateur. Pour les personnes dont ce n’est pas le métier, il leur faut des facilitateurs pour que leurs ambitions se transforment en réalisation. Je sais choisir pour eux les bonnes compétences au bon endroit, j’ai une bonne appréciation des partenaires et je sais détecter les signaux faibles avant que les difficultés ne surviennent.
Gaël LE GLANIC, Pierres Sauvages

Bonjour Gaël le Glanic, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire, doublée d’incertitudes économiques, sans oublier la crise climatique qui s’accentue ?

Bonjour, également. Cela va très bien, merci. La crise sanitaire a plutôt été l’opportunité pour moi de réfléchir à mes valeurs, et de me retrouver en famille pour me poser les bonnes questions.

La crise sanitaire a été le déclencheur de ma projection hors du groupe Vinci au sein duquel je travaillais depuis plus de 20 ans.

Quant aux incertitudes économiques, c’est vrai que l’époque est étonnante, il y a de l’activité mais on constate une pénurie de ressources humaines et de matériaux qui limite celle-ci.

Pouvez-vous vous présenter, vos 3 points forts personnels et professionnels ?

Mon premier point fort, c’est la détermination. Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris. C’est ma détermination à obtenir le résultat espéré qui me caractérise. Même si parfois, cela peut être un long chemin parsemé d’embûches, je m’emploie à chaque fois à faire aboutir les projets dans lesquels je me suis lancé.

J’ai des convictions assez fortes, j'ai foi en l’humain. On n’avance pas sans l’Homme, même si c’est aussi l’aléa de tous les projets. Il y a dix ans, j’ai eu la conviction qu’en tant que professionnel de la construction immobilière, il fallait redonner du sens à mon travail. J’ai donc décidé de me mobiliser contre le mal-logement à Nantes pour qu’il n’y ait plus de personnes sans abri en bas de chez nous. C’est donc tout naturellement auprès de Denis CASTIN, fondateur de l’association « Toit à Moi », qui loge et accompagne ces personnes sans abri, que je me suis investi et à qui je continue d’apporter mon aide.

Et enfin, il y a la curiosité. J’ai envie de comprendre comment fonctionnent les gens et les choses. Je m’intéresse aux choses de la vie. Je cherche par exemple à comprendre comment on a pu produire un vaccin en quelques mois alors même que ce n’est pas mon domaine de compétence. J’essaie de comprendre les échecs. C’est important de ne pas laisser passer les échecs sans les analyser.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez lancé votre projet actuel ?

J’ai travaillé toute l’année dernière sur ce projet. Cela s’appelle Pierres Sauvages.

Il y a deux volets à Pierres Sauvages.

C’est d’une part une société d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) pour accompagner les clients, de la maîtrise foncière jusque à la livraison de leur projet. Et puis, je suis aussi un opérateur immobilier. J’ai acheté en mon nom propre un terrain à Nantes que j’ai valorisé, avec mes convictions.

Pouvez-vous présenter Pierres Sauvages ?

Pour illustrer le volet AMO, je vais commencer par un exemple récent. Quelqu’un m’a sollicité l’année dernière pour la création d’une usine. Pour son compte, je qualifie la demande et les contraintes temporelles associées, je sollicite les relais sur le territoire concerné, j’identifie le foncier, je mobilise une équipe de maîtrise d’œuvre, et j’entre en contact avec les institutions locales. Puis je travaille avec des équipes jusqu’au futur permis de construire. Je vais même jusqu’à la constitution d’un business plan, et la production d’un film publicitaire pour convaincre les futurs partenaires financiers. Je suis aux côtés de mon client de l’idée jusqu’à la livraison finale.

Pour le volet valorisation foncière, je vais proposer différents scénarios à partir d’un foncier dont on va me confier la responsabilité. Je travaille en toute objectivité, je n’ai aucun intérêt à valoriser un scénario plutôt qu’un autre, et cela convient bien au client.

J’ai aussi un volet de production immobilière en propre. Je l’ai évoqué tout à l’heure, j’ai acheté récemment un terrain sur fonds propre. Je me suis donné le champ libre pour atteindre les niveaux de performance E2C2 que je souhaitais. Ce projet s’est terminé fin 2021.

Je me suis aussi positionné sur un immeuble existant sur lequel je vais essayer de transposer la RE2020. La valorisation de l’existant est pour moi une nécessité absolue dans le contexte actuel de frugalité foncière.

C’est un joli nom Pierres Sauvages, pourriez-vous nous raconter comment vous l’avez retenu ?

J’ai eu des difficultés à mettre un nom sur le projet que je portais.

J’ai retenu Pierres Sauvages.

Il y a une double lecture, le beau et le nécessaire, ça me ressemble. Je suis parti du livre de Fernand POUILLON, « Les pierres sauvages ». Ce roman décrit la vie d’un chantier médiéval avec les nombreux problèmes techniques, financiers ou architecturaux associés. C’est un hommage aux métiers de bâtisseur et d’architecte. Je vous invite à le lire.

Quel est votre rôle auprès de vos clients avec Pierres Sauvages ?

Je suis un facilitateur.

Je suis de formation technique avec une forte ouverture à l’architecture. Je suis donc multidisciplinaire.

Pour les personnes dont ce n’est pas le métier, avec les contraintes liés l‘urbanisme et à la construction d’aujourd’hui, il faut des facilitateurs pour que leurs ambitions se transforment en projet. Je sais choisir pour eux les bonnes compétences au bon endroit, j’ai une bonne appréciation des partenaires et je sais détecter les signaux faibles avant que les difficultés ne surviennent.

Quelles sont les cibles, les marchés, de Pierres Sauvages ?

Je vise pour l’essentiel des personnes dont l’immobilier n’est pas le cœur de métier, et notamment des entrepreneurs qui souhaitent être accompagnés dans leurs ambitions immobilières.

Qu’est-ce qui vous différencie de vos concurrents ?

Mon point fort c’est la variété des projets que j’ai portés depuis plus de 20 ans. J’ai réalisé des projets dans le secteur industriel, hospitalier, génie civil, résidentiel et de l’immobilier d’entreprise. Je peux constituer la bonne équipe en toute indépendance, car j’ai une bonne connaissance de tous ceux qui peuvent intervenir sur un projet.

Quelles sont les 2-3 réalisations dont vous êtes le plus fier ces 5 dernières années ?

Dans les dernières années que j’ai passées dans mon ancien poste, je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’anticiper la RE2020.

Donc, une fois indépendant, je suis parti sur un projet sur une base E2C2 (Energie et Carbone en niveau 2). C’est plus facile à dire qu’à faire !

Maintenant que le projet est livré, je peux tirer quelques enseignements.

Globalement, en énergie, on y est. Je suis sur une base PasivHaus avec une enveloppe très performante, et une façade vitrée performante bien orientée. J’ai aussi beaucoup investi dans le système de ventilation double flux. L’étanchéité à l’air est six fois plus importante que ce que demandait la RT2012. On a donc identifié un très faible besoin en chauffage, d’où le recours à un poêle à bois. Je me rends compte à l’usage, que pour chauffer 230 m2, on va consommer 300 € de granulés sur toute l’année. On est loin de la consommation de chauffage moyenne en France, qui est en moyenne 4 à 5 fois plus importante.

L’environnement de la maison est impactant. Il a fallu négocier l’orientation de la baie vitrée, qui est super impactante sur l’efficacité énergétique. Or, le PLUM à Nantes ne tient pas compte de cela, l’orientation de l’habitat est plutôt dictée par d’autres considérations règlementaires. On se rend également compte, par exemple, que la porte de garage peut avoir un impact carbone aussi important que l’ensemble des matériaux de la toiture. On aimerait donc pouvoir s’en passer, mais le PLUM la rend obligatoire. C’est comme la contrainte de stationnement qui à mon sens ne va pas pouvoir perdurer longtemps quand on voit que la jeune génération ne ressent plus le besoin d’obtenir son permis de conduire. Ces contraintes sont en décalage avec les modes de vie et avec la trajectoire bas carbone.

Pour l’impact carbone, la disponibilité du bois a été une vraie question sur ce projet. J’ai malheureusement dû réduire la part d’ossature bois du fait de difficultés d’approvisionnement, Et j’ai quand même été un peu été désolé de voir l’isolant bois arriver d’Estonie. La filière française n’était pas encore prête, j’espère que cela va changer. En définitive, j’ai finalement réussi à atteindre le C2.

Autre constat, la mise en œuvre d’isolant bio sourcé, ici le bois, ne doit raisonnablement pas se réaliser sur site, notamment dans l’Ouest avec les risques d’exposition à la pluie. La construction hors site va prendre de plus en plus d’importance si on veut s’inscrire dans une démarche biosourcée, j’en suis persuadé.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

La R&D a été une réalité dans mon parcours chez VINCI, avec Léonard, la plate-forme d’innovation interne, le service développement durable, le prix d’innovation interne, etc.

Plus localement, je me suis intéressé à ce qui se passait à l’échelle nantaise où ça bouillonne côté startup. Je pense en particulier à Beemenergy de Ralph FEGALHI, dont j’ai été, il y a déjà 2 ans, un des premiers beta-testeurs des panneaux photovoltaïques qu’ils ont développés. Ils sont maintenant distribués à l’échelle nationale et leur dernière levée de fonds leur permet d’envisager de s’attaquer au marché européen. Il a vraiment l’esprit NOVABUILD, j’aimerais bien qu’il vous rejoigne.

Comment Pierres Sauvages intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

Pour moi, le passage à la RE2020 est primordial. Il est nécessaire que les autorités nous permettent d’optimiser la conception des projets neufs et de faciliter le recyclage urbain en assouplissant le cadre règlementaire actuel.

J’ai réalisé la quasi-totalité de ma carrière dans un groupe de construction qui revendique une forte expertise dans la construction d’ouvrage en béton armé mais j’ai pourtant toujours aussi revendiqué la nécessité de nous ouvrir à d’autres modes de construction et notamment la construction bois.

Il faut ouvrir largement le champ des possibles. Pierres Sauvages me permet de me réinventer, d’être plus agile que dans un grand groupe.

Pourriez-vous nous faire part d’engagements que vous avez pris personnellement, ou en tant que dirigeant d’entreprise, en faveur des questions climatiques ?

La crise sanitaire nous a amené avec ma famille, à nous poser des questions sur nos modes de vie, l’utilisation de la voiture, la consommation du quotidien et son impact sur l’environnement. Nous avons par exemple décidé en famille de nous passer de la voiture en favorisant les mobilités douces et c’est un bouleversement, à tous points de vue, quand on va au bout de la démarche.

Les voyages ont été stoppés par la pandémie, et cela nous a aussi amené à nous questionner. Nous avons décidé par exemple de ne plus faire de sauts de puce en avion. Les prochains voyages en avion seront pour des séjours d’au minimum deux semaines. Ces interrogations touchent aussi à l’habitat, nous avons investi notre logement dans lequel nous avons passé beaucoup plus de temps ensemble, et programmons de réduire significativement notre consommation énergétique.

Quelle vision portez-vous sur l’avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? les tendances émergentes qui vont se généraliser, les pratiques ou habitudes qui vont se transformer ?

Quand j’ai rendu ma voiture de fonction, il y a un an, je n’ai pas racheté de voiture. Nous avons désormais chacun notre vélo électrique. Cela me permet de parler de mieux apprécier l’usage des mobilités alternative à Nantes. J’ai constaté que certains lieux sont « interdits » aux cyclistes s’ils veulent rester en vie. Aller à la ZAC d’ARMOR, c’est extrêmement dangereux. Quand on est à vélo, on prend en pleine face la faible place laissée aux modes de déplacement autre que la voiture.

La place que la voiture occupe dans la ville est quelque chose qui ne durera pas. Il faut interpeller Nantes métropole sur ces évolutions inéluctables. Il faut nécessairement interroger la génération suivante sur la place de la voiture qu’ils comptent laisser dans leur vie quotidienne et dans leur environnement.

La fin de la voiture en ville aura un impact sur le droit à construire, car cela va libérer du foncier et conduire à une densification inévitable, car avec moins de voitures, il y aura nécessairement plus de proximité.

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d’attache ? est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? Ce qu’il vous apporte ? Ce que vous lui apportez ?

Je suis nantais. J’ai toujours su que je ferai ma vie à Nantes. J’ai séjourné un an à Paris et j’ai très vite démissionné pour revenir à Nantes.

J’ai aimé l’évolution de cette ville, la renaissance après la fin des chantiers navals. J’aime la présence dans cette ville de quelqu’un comme Rob SPIRO, avec Imagination Machine, son startup studio. Rob Spiro est celui qui parle le mieux de Nantes.

J’aime faire travailler des acteurs locaux. Le circuit court est là, il suffit de le vouloir. Autant s’appuyer sur cette émulation locale.

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puisez votre énergie quand vous en avez besoin ?

Ma famille me donne l’énergie dont j’ai besoin, c’est clair. J’ai été amené à la quitter pendant toute la semaine à une certaine époque. Puis avec la crise sanitaire, on ne s’est plus quitté. J’ai pris 95% de mes repas avec mes enfants. Cela m’a donné un autre éclairage. J’ai changé de rapport et de logiciel avec eux.

J’ai aussi connu de belles rencontres durant mon parcours professionnel. Ces rencontres me permettent de me ressourcer.

Et le pas-de-côté que vous n’avez pas encore fait, et que vous aimeriez faire ?

Je viens de faire un énorme pas-de-côté, je viens de « renverser la table ». Le pas-de-côté, c’est ce dépouillement qui permet de remettre les compteurs à zéro.

Vous êtes membre de NOVABUILD, quels bénéfices en retirez-vous ?

J’ai rejoint NOVABUILD dès 2012.

Ce que j’aime à NOVABUILD, c’est l’émulation et l’ouverture à des profils différents. C’est ce qui fait sa richesse. On a à NOVABUILD, on retrouve toute la chaîne, les promoteurs, les usagers, les bureaux de contrôle, les architectes, les territoires, les entreprises, c’est la richesse de tous ces contributeurs qui font votre richesse.

De plus, les sujets sur lesquels vous êtes positionnés sont de plus en plus d’actualité.

Pouvez-vous raconter une belle rencontre que vous avez faite avec NOVABUILD ?

Ma belle rencontre, c’est Jérôme Le Gall. Je l’ai connu en 2007, il m’a accompagné sur une opération de bureaux, avec l’architecte Philippe Barré. Cela m’a fait hyper plaisir de le voir devenir Président de NOVABUILD. Son engagement est réel. Il a de vraies convictions. Il s’investi dans Novabuild, et s’est organisé pour mettre le poids de son corps dans l’association. Il est déterminé et coche toutes les cases.

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Pierre-Yves Legrand, directeur de NOVABUILD, le 19 janvier 2022

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