L'architecture du quotidien | Rencontre avec Alice MAINE, Architecte

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Publié le

17/02/2021
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ALICE MAINE ARCHITECTE

Architecte

NANTES (44100)

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Témoignages

Je travaille quasiment exclusivement en rénovation, mon leitmotiv, c'est « tout ce qu'on peut garder de l’existant on le garde ». Cette idée de garder de l’existant est aussi un gout esthétique, car cela rend les lieux uniques, avec des matériaux qui ont une histoire et auxquels on porte une attention particulière.
Alice MAINE, architecte
Les 3 domaines que je cherche à combiner d’un point de vue professionnel sont l'écologie, l'autonomie et le participatif. La maison permet de faire rejoindre ces 3 branches.
Alice MAINE, architecte

Bonjour, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire, doublée d'un début de crise économique, sans oublier la crise climatique qui s'accentue ?

Ça va, merci. « Crise sanitaire, économique, climatique » c’est assez anxiogène pour moi. J’essaye de ne pas me laisser gagner par l’angoisse. En fait, j'y pense peu, en tous cas, je n'y pense pas tous les jours.

Je démarre mon activité d'architecte, c'est pour moi un moment enthousiasmant, même si c'est dans un contexte spécial.

Pouvez-vous vous présenter, vos 3 points forts personnels et professionnels ?

Je suis ingénieure et architecte. Je suis passionnée par ce que je fais, je suis curieuse, j'aime apprendre. Je me pose beaucoup de questions. Je pense que j'ai besoin de comprendre avant d'agir, d’analyser, y compris avec la comptabilité, et de bien savoir pourquoi je fais ce que je fais.

La comptabilité, cela fait partie de vos atouts ?

J'aime la comptabilité. J'ai toujours aimé la comptabilité. Je suis une des rares personnes à faire mes comptes personnels, cela me permet de revivre les bonnes choses deux fois ! Cela appuie mon mode de vie.

Au boulot c'est pareil, j'aime bien analyser les choses. La comptabilité, c'est une manière d'analyser. Pour la construction de ma maison, je sais exactement quels ont été les postes de dépenses, cela me permet de m'ancrer. C'est un outil d'analyse. Comme ARCHIGRAPHI qui donne les tendances du métier d’architecte tous les deux ans.

Quand je suis sur la comptabilité d'un projet, ce n'est pas forcément en vue d'améliorer la performance, c'est pour me repasser le film. C'est comme regarder les photos qu'on aime bien.

Pouvez-vous nous raconter pourquoi et comment vous avez créé votre agence ALICE MAINE ARCHITECTE ?

Au départ, je suis ingénieure de formation. De 2007 à 2012, j’ai étudié à l'UTC de Compiègne, en génie urbain. Durant la formation, j’ai rencontré Bernard Stigler qui donnait des cours de philosophie notamment sur l'économie de la contribution. J'ai commencé à me percevoir comme un élément de la chaîne de production, avec l'envie d'aller chercher plus d’éthique.

J'ai fait mon stage d'ingénieure chez des sociologues, c'était mon premier pas-de-côté, le sujet du stage portait sur le plan climat. C'était une démarche participative sur la façon d'accompagner les habitants de Nantes Métropole à la diminution des gaz à effets de serre (GES).

A ce moment-là, je me suis dit que je voulais être dans le concret, je voyais bien que le management de projet professé à l'école me mettait mal à l'aise. Je voulais être proche de la matière et maîtriser des savoir-faire.

De 2013 à 2015, j'ai suivi l'enseignement de l'école d'architecture de Bretagne à Rennes, puis à l'ENSAN de Nantes. Par rapport à ma formation d’ingénieure-urbaniste, je suis passée de l’échelle urbaine à l’échelle architecturale et de l’assistance à maître d’ouvrage à la maîtrise d’œuvre.  

À la fin des études, je suis devenue de plus en plus militante, avec l’envie d’intégrer une dimension écologique à l’exercice de mon métier. J'ai alors rejoint des agences d’architectures nantaises qui travaillent en ossature bois. C'est à cette occasion que j'ai rencontré Romain MARTEN et Christine KOLAN, bien connus à NOVABUILD.

Après l’obtention de l’HMO-NP, j'ai consacré un an à la construction de ma maison. Cela m'a permis de voir comment les choses se font, concrètement. Cela m'a habitué à réfléchir, à inventer des solutions constructives par moi-même, et ça m’a ancrée dans le chantier. 

A la fin de cette expérience, j'ai commencé à chercher du travail avec une forte exigence écologique. La crise du Covid est arrivée là-dessus, et il n'y avait pas beaucoup de salariat à ce moment-là, en tous cas, je n'ai pas trouvé.

Et cela faisait longtemps que je savais qu'un jour j'ouvrirai mon agence, et donc voilà !

Pouvez-vous présenter votre projet?

L'agence ALICE MAINE ARCHITECTE est avant tout un outil. Cela doit me permettre de travailler avec mes exigences éthiques, et ma méthodologie de travail.

J'aime bien connaître toutes les étapes d'un projet d'architecture, y compris les étapes économiques et assurantielles. Cela m'aide à mieux faire mon cœur de métier, à comprendre la logique globale.

Mon projet est d’exercer en libéral mais je ne souhaitais pas travailler seule. J'ai monté l'entreprise en avril 2020, j'ai été inscrite à l'Ordre des Architectes en juillet. Dès septembre, j'ai travaillé en partenariat avec des consœurs.

Vous dites avoir travaillé avec des consœurs, on peut parler de sororité ?

Oui, je travaille avec des consœurs, c'est tombé comme cela. Mais il y eu aussi un confrère qui m'a aidé dans cette phase de démarrage. J'ai enquêté sur mes confrères et consœurs, pour comprendre comment ils ont créé leur entreprise, et je ne m'y attendais pas, ces premiers contacts m'ont permis de créer des partenariats. C’est un bon équilibre entre autonomie et travail en équipe, c’est très agréable.

Quel est votre rôle, votre contribution au sein de ALICE MAINE ARCHITECTE ?

Je suis seule dans mon agence. Mon rôle, c'est d'aller chercher la satisfaction client. Je remarque que mes clients sont aussi beaucoup des femmes. Je comprends leur « détresse » sur les questions techniques du bâtiment, je la respecte et j'essaie de les aider à dépasser leurs appréhensions. Je cherche à ce qu'elles soient fières et impliquées dans leur projet. Il y a 3 projets comme cela en ce moment. Cela me fait plaisir quand le client me dit « je vais être super bien dans cette maison ! ».

Ce qui m'a motivée dans l'architecture c'est de créer des espaces qui ressemblent aux maîtres d’ouvrage. Je n'aime pas la standardisation.

Qu'est-ce que vous visez comme marché ?

Je suis plutôt « architecture du quotidien ». La maison me va bien. J'aime bien l'échelle.

Les 3 domaines que je cherche à combiner d’un point de vue professionnel sont l'écologie, l'autonomie et le participatif. La maison permet de faire rejoindre ces 3 branches.

Je disais tout à l’heure que j’impliquais les clients dans leur projet, je ne prends pas de décisions pour eux. Je prends le temps nécessaires à la maturation de leurs arbitrages. Je les oriente en leurs présentant les aspects économiques, techniques, esthétiques, écologiques …

Quelles sont les réalisations dont vous êtes la plus fière ?

Ma maison, clairement, elle m'a occupée un bon bout de temps. Je suis fière du travail accompli : en tant qu’architecte, maître d’œuvre et auto-constructrice.

Il y a eu la capacité à imaginer des choses par moi-même, mais surtout l'aspect physique, l'impact sur le corps des travaux physiques. Je ne pourrai pas demain demander aux artisans des choses sans prendre en compte cette dimension de la dureté du travail.

Je suis souvent à me dire : « tout ce qu'on peut garder on le garde », et je le dois à cette expérience. Je dessine différemment depuis cette expérience.

Je suis aussi fière de l'aspect spatial, je me suis laissée surprendre par l'existant, la pente du terrain a induit les choix de la maison. Sur le choix des matériaux, je peux désormais être convaincante. J'ai fait beaucoup de comparatifs, quand on me dit que c'est trop cher, je peux en parler, expliquer, argumenter…

Quelle place accordez-vous à la veille et à la R&D ? Comment vous tenez vous informée des évolutions ?

J'attends de NOVABUILD de m'apporter de la veille. Ce que je fais, c'est de suivre beaucoup de formations, et je suis aussi abonnée à des magazines.

Et pourquoi ne pas le dire, j'ai fait le deuil d'être l'architecte de l'opéra d'Abu-Dhabi, je ne fais pas une veille des « star-chitectes », je regarde plutôt autour de moi.

Votre projet intègre-t-il une démarche d'atténuation, d'adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

Ce qui me vient spontanément, c'est un choix de vie en centre-ville, me permettant de faire tous les déplacements à vélo.

Je travaille quasiment exclusivement en rénovation, mon leitmotiv, c'est « Tout ce qu'on peut garder de l’existant on le garde », transposé à l'énergie cela donne « l'énergie la moins chère est celle qu'on ne consomme pas ».

Cette idée de garder de l’existant est aussi un goût esthétique, car cela rend les lieux uniques, avec des matériaux qui ont une histoire et aux quels on porte une attention particulière.

Je suis très investie sur la question énergétique, et aussi sur la question du confort. Je vis dans une maison où je dépense 150 euros de chauffage par an, sans courant d'air. Une fois, qu’on connaît ça, on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas, on a envie de le partager.

Le dernier point sera l'usage, l'orientation, le local vélo, etc., et là on aura fait le tour de tout ce à quoi il faut porter attention pour entrer dans une démarche climat.

Pour revenir à votre question de départ, comment je vais à l’intérieur de cette triple crise : j'essaie de ne pas me laisser angoisser par la situation du climat. J'essaie toujours de trouver du plaisir, de faire des belles rencontres. J'essaie de ne pas me faire happer par le global sur lequel je ne peux pas agir, je suis ancrée sur le local.

Quelle vision portez-vous sur l'avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? les tendances émergentes qui vont se généraliser, les « mauvaises habitudes » qui vont cesser ?

Les rues sans voiture, je signe direct !

Esthétiquement, la voiture, c'est l'enfer. Quand on voit des photos de 1900, les lieux sont les mêmes, mais la voiture défigure les lieux, et prend toute la place.

On pourrait faire des rues pour les enfants. Quand on sait que 75% des déplacements dans un rayon de moins de 5 km se font en voiture, on se dit que la ville sans voiture, c'est possible. Enfin sans voiture, pas tout à fait, des voitures, c’est super pour ceux qui en ont absolument besoin : personnes agées, femmes enceintes, accidenté·es du vélo…

J'ai un peu moins d'espoir sur l'aspect de la construction motivée uniquement par la rentabilité, je pense aux boulevards de Nantes qui se transforment, avec une qualité discutable. Je préfère construire moins, mais mieux. Il y a plein de belles bâtissent dans nos villes qui pourraient être réinvestie au lieu d'être abattues pour faire place à des immeubles sans vie.

D'un point de vue architectural, on peut imaginer plein de formes à inventer pour densifier à moindre cout des petites maisons existantes, là aussi, sans les faire tomber.

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d'attache ? est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? ce qu'il vous apporte ? Ce que vous lui apportez ?

J'ai grandi à Rouen, sur les hauteurs, et j'habite à Nantes depuis 8-9 ans. Je pense que ce qui m'a plu à Nantes c'est l'aspect écolo de la ville, le fait de pouvoir aller à vélo au travail, à l'épicerie associative, etc. J'ai rencontré plein de gens qui voulaient aller plus loin dans un mode de vie plus personnel, avec une volonté de s’approprier son mode de vie.

Le territoire pour moi, c'est le fait d'être tout le temps à vélo.

Le territoire, c'est aussi plein d'acteurs avec lesquels j'ai envie de travailler. Je m'appuie sur des associations comme Chanvre et paysan, Tiez Breizh, la FEDAC, etc.

Je suis investie dans l'Intergase (groupement d’achat en service en épicerie), je suis à l'AMAP, j'ai des copains paysans, je vois passer les saisons, on est dans une rue où il se passe des choses, des jardins ouvriers, etc.

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puisez votre énergie quand vous en avez besoin (familier, ami, musicien, artiste, romancier, ville, lieu secret, etc.) ?

J'ai un lieu secret, mais je ne vais pas vous le dire !

Je dors. Quand je suis fatiguée, je vais dormir, c'est mon côté petite fille de paysan.

Ce que j'adore, c'est le théâtre de rue, cela permet de voir que la ville peut être tellement différente. C'est poétique et magique. C'est comme le vélo, on ne sait pas trop ce qui va se passer. On se fait doubler par quelqu'un qui chante sur son vélo ou qui a 3 enfants à la queue le leu, cela m'est arrivé l'autre jour.

Et le pas-de-côté que vous n'avez pas encore fait, et que vous aimeriez faire ?

Je pense à un pas-de-côté atteignable, ce serait d'avoir un lieu dans Nantes avec plusieurs activités, un·e couturièr·e, un·e fleuriste, un·e mécanicien·ne à vélo, un·e architecte, avec un aspect plus collectif et paisible de travail. J'aimerais aussi avoir un lieu avec une boutique, des maquettes, plein de maquettes !

Vous venez d'adhérer à Novabuild, quels bénéfices en attendez-vous ?

J'en parlais tout à l'heure, j'attends de vous de la veille. Je pense aussi, d'un point de vue technique, repérer avec NOVABUILD, les personnes que je pourrais appeler si nécessaire.

Un réseau de sachants, où on partagerait des infos, et où on réfléchirait ensemble.

Je vois également NOVABUILD comme un lobby, une association suffisamment forte pour peser et faire avancer la transition.

Une belle rencontre avec NOVABUILD ?

Je connais bien Christine KOLAN. J'ai travaillé avec elle pendant un an.  C'est une belle personne. C'est aussi un modèle de femme architecte, il n'y en a pas tant que ça. Elle a une personnalité incroyable.

Je vous remercie d'avoir bien voulu répondre à nos questions.

Propos recueillis par Pierre-Yves Legrand, directeur de Novabuild, le 16 février 2021

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