L'architecture dans son contexte | Rencontre avec Laure DUTEIL, LD architecture

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Publié le

20/05/2022

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LAURE DUTEIL ARCHITECTURE

Architecte

NANTES (44300)

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Témoignages

Mon projet est centré sur l’architecture du quotidien, l'habitat, les lieux de travail, le commerce. C’est une échelle que je connais bien. Cela me correspond. Le nombre de personne qui gravite autour du projet est restreint, cela me permet de bien les connaître et donc je peux tisser des liens avec chacun d'eux.
Laure DUTEIL, LD Architecture
Mon projet est de mettre en avant l’écoute et le conseil avec le maître d'ouvrage. Je veux mettre l’accent sur cette étape clé, pour que le programme soit adéquat et travaillé ensemble entre l'architecte et le maître d'ouvrage.
Laure DUTEIL

Bonjour Laure DUTEIL, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire et diplomatique, doublée d’incertitudes économiques, sans oublier la crise climatique qui s’accentue ?

Nous traversons effectivement une période compliquée. J’y perçois malgré tout des éléments positifs, dans le sens où je vois un élan général, un besoin de collectif et un sentiment qui s'installe du "tous ensemble", et du "tous dans le même bateau". C’est ce qui me rassure de cette drôle de période. J’ai l’impression qu’on sort tous de nos bulles individualistes.

Je reste optimiste, c’est ma nature. Mais, je suis parfois inquiète de la mémoire de poisson rouge de l’humain et de notre capacité à recommencer continuellement les mêmes erreurs.

Pouvez-vous vous présenter, et nous communiquer vos 3 points forts personnels et professionnels ?

Ce que vous me demandez n’est pas l’exercice le plus facile pour moi.

Je dirais que mon principal point fort est l’adaptabilité, car il y a de nombreuses de spécificités qui émergent à chaque rencontre, liées au contexte, aux réglementations, aux besoins exprimées, aux domaines sollicités dans ma propre expertise et aux personnalités aussi. J’ai personnellement besoin de la spécificité de chacune de mes missions car cela me permet de remettre tout en cause à chaque fois, pour faire du sur mesure et avoir une réponse qui me semble juste et adaptée.

Pour continuer de vous répondre, j'aimerais dire que j’accorde beaucoup d’importance à l’instant, aux moments de partage, en particulier dans la séquence chantier, même quand les sujets sont sérieux et complexes. Je crois que j'ai en permanence envie de profiter de la vie, de faire en sorte que tous les moments soient agréables. J'ai à cœur de permettre à chacun de de s’impliquer dans le projet en cours, ce n’est pas toujours facile à faire mais cela apporte une grande satisfaction.

Enfin, je pense être très exigeante envers moi-même. C'est, je crois, mon 3e point fort, avec le souci du détail, de la technique, et de l’esthétique. Je cherche constamment à anticiper ce qui va se passer.

En définitive, sur un chantier, je suis la personne la plus difficile à satisfaire.

Pouvez-vous nous raconter pourquoi vous avez créée LD architecture ?

J’ai fait mes études d’architecture à Nantes, pendant lesquelles j’ai été focalisée sur la compréhension de la commande et le contexte, cela ne vous surprendra pas, compte-tenu de ce que je vous ai dit à l’instant. J’ai eu mon diplôme en janvier 2000, puis j’ai travaillé 18 ans dans la même agence d’architecture où je gérais des projets de A à Z, relevant souvent du secteur privé.

J’ai intégré la dimension écologique à mon exercice au fur et à mesure de mon activité. C'est ce qui m’a amené à prendre du recul. C’était aussi une période où j’avais trop de projets en cours. C’est alors devenu une évidence de créer ma propre structure répondant à une volonté forte d'autonomie en termes de méthodologie, d’organisation et de décision.

Pouvez-vous présenter LD architecture ?

Je suis inscrite à l’ordre depuis janvier 2022. C’est tout frais.

Mon projet est centré sur l’architecture du quotidien, l'habitat, les lieux de travail, le commerce. C’est une échelle que je connais bien. Cela me correspond. Le nombre de personne qui gravite autour du projet est restreint, cela me permet de bien les connaître et donc de pouvoir tisser des liens avec chacun d'eux.

Mon projet est de mettre en avant l’écoute et le conseil avec le maître d'ouvrage. Je veux mettre l’accent sur cette étape clé, pour que le programme soit adéquat et travaillé ensemble entre l'architecte et le maître d'ouvrage.

Comme j’aime aller dans le détail, je propose aussi des missions complémentaires d’agencement et de décoration.

LD Architecture, c’est l’occasion de convaincre les maîtres d'ouvrages et les entreprises d’entrer dans une démarche environnementale. Je le préconise systématiquement, même si parfois je dois avancer par petites touches car ce n’est pas explicitement demandé. Cela donne un sens à mon projet. C’est comme croire à l’effet papillon.

Comment qualifiez-vous votre rôle, votre contribution, sur un projet en tant qu'architecte  ?

Mon rôle au départ est celui de la clairvoyance. Je dois cerner les envies du maître d’ouvrage, les enjeux du projet, les enjeux du site, aider à prendre du recul, à consolider, à se remettre en question s’il le faut, relever les éventuelles contradictions.

Puis je transforme toute cette démarche en dessins et détails technique.

Enfin, sur le chantier, mon travail consiste à donner du sens au savoir-faire et aux compétences de chacun. Plus un rôle de chef d’orchestre du coup qui met en avant les savoirs faire des entreprises.

Quelle sont les cibles ou les marchés de LD architecture ?

Les porteurs de projet privé, principalement en Loire Atlantique.

J’ai l’impression qu'il n’y a pas beaucoup d’architectes qui sont présents dans le domaine de l’habitat privé, ou sur les rénovations performantes. J’aimerais que le recours à l’architecte soit systématique dans la maison individuelle, dans la rénovation, l’extension, comme un généraliste que l’on consulte.

Qu’est-ce qui vous différencie de vos confrères ?

Je ne sais pas si je me différencie de mes confrères, je crois en tous cas que je me différencie des idées préconçues que l'on a sur les architectes. J’ai l’impression d’orienter plutôt que d’imposer, d’être dans l’écoute et de faire un projet ensemble, et de remettre toujours les compteurs à zéro pour m’adapter au projet. Je suis une sorte de caméléon, je m’adapte au contexte. Mon projet ne sera jamais un produit fini.

Quelles sont les 2-3 réalisations dont vous êtes le plus fière ces 5 dernières années ?

Je ne peux pas parler de réalisation comme d’un produit fini. Le sentiment de fierté, je l'ai plutôt dans les occasions de remerciements en fin de chantier, quand l’aventure s’arrête et que l'émotion est présente. Là je me dis que je ne suis pas passé à côté.

C’est aussi quand je demande à des entreprises de sortir des sentiers battus. Cela peut être parfois un peu difficile au début, puis tout le monde y trouve de la satisfaction.

J’ai aussi en tête un client très éloigné des problèmes environnementaux. Je me suis donné comme défi de le guider vers du mieux. Et quand j’arrive à le faire, c’est une fierté immense.

Il y a aussi des détails techniques avec par exemple l’utilisation du bois sur des bardages extérieurs. Cela repose sur des recherches riches et longues, avec des essais. Cela me donne une grande satisfaction quand je constate le résultat, surtout si cela répond aux attentes initiales.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

J’ai besoin d’apprendre en permanence. Je ne considère pas les choses comme acquises. Le nouveau projet me requestionne à nouveau. Je vais chercher en permanence des nouveaux interlocuteurs, c’est notamment ce qui explique mon adhésion à NOVABUILD.

Il y a tellement de nouvelles réglementations, qu’il faut se former en permanence. Pour que mon activité soit conforme à mon niveau d'exigence, cela n’a de sens que dans cette recherche permanente.

Depuis un an, je suis devenue la reine du MOOC ! 

Votre démarche intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

Mes préconisations vont toujours dans ce sens. J’ai des principes simples : un bâtiment compact, privilégiant la rénovation à la déconstruction, comportant une réflexion sur son orientation, avec un traitement de la ventilation, et un choix des matériaux optimisé. J’aborde directement cela, et je le traduis dans tous ses détails. J’essaie d’atteindre une performance carbone et énergétique quel que soit le projet.

Pour autant, il faut bien le dire, le marché n’est pas encore prêt. Il faut stimuler et convaincre, et le résultat se trouve le plus souvent dans un entre deux. La RE2020 va aider à faire entrer tout le monde dans le mouvement, mais il faut encore faire évoluer les mentalités. Dans la rénovation tout reste à faire et c’est là, je pense, que les architectes ont un rôle important à jouer.

Pourriez-vous nous faire part d’engagements que vous avez pris personnellement, ou en tant que dirigeant d’entreprise, en lien avec les questions climatiques ?

J'ai l'impression qu'avec mes enfants, nous nous améliorons au quotidien. Notre alimentation repose sur un circuit court et bio et nous orientons nos choix alimentaires avec cette idée de consommer mieux, de limiter la viande… Pour la mobilité, je marche beaucoup, et prend les transports en commun. Depuis le COVID, j’achète les vêtements plutôt en seconde main.

Quelle vision portez-vous sur l’avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? Quelles tendances voyez-vous émerger ?

Mon adhésion à NOVABUILD a fait évoluer ma perception. Je vois désormais un énorme collectif. Quand je me suis lancée seule l’année dernière, j’en étais moins certaine. J’ai vu que l’envie de changer les choses est là, et j’espère que cela va grandir.

Ce que je vois émerger, c’est l’idée de conserver l’existant, de détourner et de réemployer, qu’on arrête de fabriquer pour fabriquer. J’espère que l’homme va apprendre à faire avec ce qu’il a, pour arrêter de produire à tout va, et arrêter de gaspiller son énergie et ses ressources.

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d’attache ? Est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? Ce qu’il vous apporte ? Ce que vous lui apportez ?

Je suis devenue nantaise pour faire mes études à l’ensan.

Nantes est devenu mon port d’attache, c’est mon repaire, j’y ai construit mon réseau, c’est là que sont nés mes enfants. C’est une ville qui a une énergie, et qui me stimule. C’est aussi une échelle de ville qui me correspond. Du fait de sa taille il y a un panel de propositions, et chacun peut y trouver sa place.

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puisez votre énergie quand vous en avez besoin ?

J’arrive assez facilement à me détendre, avec un apéro entre amis, des balades en nature, un peu de sport, de la course à pied et de running ou du Pilate.

Mes enfants m’apportent l’équilibre également. Ils sont une source d’énergie, qui en consomme aussi parfois ! En tous cas, cela vide vite la tête du reste.

Et le pas-de-côté que vous n’avez pas encore fait que vous aimeriez faire ?

Je fais beaucoup de pas-de-côté depuis des années. Je crois même que je n’ai pas arrêté d’en faire. Le plus récent, cela a été de quitter le salariat. J’ai dû mal à en imaginer d'autres pour le moment.

Vous êtes membre de NOVABUILD, quels bénéfices en retirez-vous ?

J’ai été surprise, j’avoue. Que de rencontres avec NOVABUILD !

C’était peut-être à cause de votre anniversaire, mais lors de votre dernière AG, j’ai rencontré énormément de gens, et cela a été une vraie surprise. C’est stimulant, c’est rassurant, je ne me sens plus toute seule dans mon coin.

NOVABUILD, c'est rencontrer des gens qui ont les mêmes rêves, les mêmes difficultés, avec lesquels on peut s’entraider. Cette émulation collective, c’est exactement ce que j’attendais, accroître mon réseau quand je recherche un BET un peu plus pointu sur un sujet ou un autre, trouver les bons interlocuteurs.

NOVABUILD, ce n’est que du bénéfice.

Pouvez-vous raconter une belle rencontre que vous avez faite avec NOVABUILD ?

Comme j’en ai fait plein, du coup, je voudrais parler de la personne qui m’a donnée envie d’entrer chez vous. C’est Marika FRENETTE. Je connais son travail depuis 4-5 ans, elle m’inspire.

Mais je crois qu'il y a plein d’autres personnes inspirantes, c’est cela qui est chouette dans l’aventure qui s'ouvre.

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Pierre-Yves Legrand, directeur de Novabuild, le 5 mai 2022

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