La construction XXL | Rencontre avec Hedy ZOUAOUI, CEO de Batiprint3D

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Publié le

27/08/2020
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BATIPRINT3D

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Batiprint3D est une société DeepTech issue du monde de la recherche qui vent vend un process permettant de construire des murs complexes au moyen d’un robot et de mousse polymère en coffrage perdu et en remplissage béton. Elle peut construire des murs qui ont donc la particularité d’avoir une coque isolante. Cela permet d’imaginer plein de choses, y compris en rénovation.
Hédy ZOUAOUI, CEO de Batiprint3D
Le robot est au cœur du projet ; l’idée est de limiter la main humaine laisser la plus-value et l’expertise à l’homme mais de limiter les risques sur un les chantiers, de diminuer la pénibilité des tâches et d’augmenter l’efficacité des chantiers
Hédy ZOUAOUI

Bonjour Hedy ZOUAOUI, Comment allez-vous ?

Écoutez, cela va plutôt bien.

En fait, je suis même heureux dans cette période particulière. Ce qui me rend heureux, c’est le changement. J’aime quand ça bouge, quand les journées ne sont pas identiques, quand les surprises sont là. Je fais partie des gens qui aiment être en stress-test. Cela peut surprendre, mais de ce point de vue, la situation actuelle me va bien.

Pouvez-vous vous présenter, vos 3 points forts personnels et professionnels ?

La première caractéristique, vraiment, est que j’aime beaucoup donner et aider. J’aime accompagner, mettre des gens en synergie. Quand je vois des personnes qui ne se connaissent pas, j’aime les mettre en relation.

Je consomme aussi ces échanges qui me nourrissent et m’apprennent à grandir.

D’autre part, j’aime beaucoup les projets et me mettre en mode projet. D’où l’intérêt que j’ai pour la nouveauté et l’envie d'aller chercher d’autres chemins.

Pouvez-vous vous nous raconter comment avez-vous rejoint Batiprint3D ?

J’étais à l’époque, il y a 3 ans, à la tête d’un groupe de maçonnerie d’une centaine de salariés (SERIBAT) et Président à la FFB 44 en charge du gros œuvre. Je m’étais donné comme objectif de développer la digitalisation de la profession, avec un auditoire qui n’était pas tout à fait sensibilisé, il faut bien le dire. Et un jour, j'ai été invité par le groupe femmes de la FFB à participer à une démonstration à l’Université de Nantes. C’était les prémices de Batiprint3D.

À l’époque, je trouvais que le produit n'était pas complètement adapté, du point de vue environnemental en particulier, mais, en même temps, j'étais impressionné que ce soient les universitaires qui donnent l’exemple. La vue de ce robot qui pouvait construire une maison, avec tous ses défauts et son potentiel considérable, m’a littéralement bousculé.

Depuis, je n’ai pas arrêté d’être présent à toutes les étapes de développement du projet YHNOVA qui en a été la première concrétisation.

Justement, pouvez-vous nous rappeler comment YHNOVA a émergé ?

YHNOVA, cela démarre par une déclaration de la Présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland, dans un salon de l’immobilier. Elle annonce qu’elle va créer quelques mois après une maison d’une centaine de mètres carrés en une semaine pendant la Nantes Digital Week de septembre 2017, par un système d’impression 3D.

C’est une première mondiale!

Pour y arriver, il faut réunir autour des universitaires, un maître d’ouvrage, ce sera Nantes Métropole Habitat, un constructeur, ce sera Bouygues, un architecte, TICA Architecture et une myriade de partenaires comme le CSTB, etc.

L’architecture retenue démontre tout le potentiel de cette nouvelle technologie, avec des formes courbes qui permettent à la maison de s’insérer autour des arbres existants.

La réussite d’YHNOVA sur le procédé Batiprint3D, c’est une volonté politique, un savoir-faire universitaire et des acteurs de la construction qui portent le risque. Batiprint3D existe parce qu’il y a un risque à un moment qui est pris par une collectivité.

On aimerait que les acteurs publiques prennent plus de risques sur des projets nouveaux pour continuer à pulser l’innovation en France.

Et aujourd’hui, Batiprint3D, c’est un projet d’entreprise?

Oui, il est arrivé un moment où la maturation du projet était telle qu’il fallait le concrétiser dans un projet d’entreprise. C’est ainsi que les universitaires m’ont tout naturellement proposé d’en prendre la direction. C’est arrivé à une période, où, de mon côté, je me séparais de mes activités initiales.

C’est ainsi que fin decembre 2019, la structure Batiprint3D naissait en format SAS.

Nous sommes aujourd’hui 5 salariés, un DG, un responsable technique, un ingénieur, et 2 apprentis matériaux. Nous n’avons pas encore d’équipe commerciale car je veux continuer à bien maîtriser le process avant de vendre. Et puis, il ne faut pas oublier que nous bénéficions du buzz mondial créé par la maison YHNOVA qui nous amène un flux quotidien d’appels entrants.

Cette maison est notre premier démonstrateur.

Les 3 chercheurs qui ont développé les brevets sont au capital de la société. D’un projet de recherche académique, c’est devenu aujourd’hui un projet entreprenarial. Ces chercheurs jouent le risque jusqu’au bout. Ils utilisent l’outil juridique du « concours scientifique » qui est peu connu et qui permet ce type de portage.

Nous avons fait la démonstration concrète que la recherche fondamentale en France peut sortir des labos, tous les outils existent pour le faire.

Quel type de produit allez-vous commercialiser avec Batiprint3D?

Batiprint3D est une société DeepTech issue du monde de la recherche qui vend un process permettant de construire des murs complexes au moyen d’un robot et de mousse polymère en coffrage perdu et en remplissage béton. Elle peut construire des murs qui ont donc la particularité d’avoir une coque isolante. 

Cela permet d’imaginer plein de choses, y compris en rénovation par exemple.

Le robot est au cœur du projet ; l’idée est de limiter la main humaine, laisser la plus-value et l’expertise à l’homme mais de limiter les risques sur les chantiers, de diminuer la pénibilité des tâches et d’augmenter l’efficacité des chantiers.

Quel est votre rôle, votre contribution au sein de Batiprint3D ?

Ma contribution c’est l’alliance entre la partie laboratoires-recherche, et ce métier traditionnel que je connais depuis 25 ans, le BTP. Mon métier d’aujourd’hui, c’est l’alliance des deux, pour aller plus loin.

Les chercheurs maîtrisent le process, la robotique et les matériaux, mais au stade fondamental, et je les amène à la réalité du marché. Il faut les deux.

Quelles sont les cibles de Batiprint3D ?

Les cibles commerciales vont être les promoteurs et les bailleurs sociaux. On dialogue avec des clients qui recherchent des solutions économiques, une autre façon de construire et un rapport à la santé.

Quelle est votre place sur votre marché ?

Notre offre, grâce à la robotisation, c’est la fabrication XXL. Trois structures en France sont sur ce marché et une vingtaine dans le monde.

Il y a deux technologies différentes : l’immense majorité des sociétés utilisent un mortier de résine déposé et nous, nous déposons une mousse polymère qui est la coque utilisante. Ce sont les matériaux qui nous différencient.

Est ce que cette fabrication XXL peut devenir demain un marché de masse?

J’en suis convaincu, car il y a une perte de savoir-faire. Il n’y aura pas d’autre choix à l’avenir que d’introduire la robotisation dans le BTP. La population augmente et la température augmente aussi, il va falloir loger les gens et les isoler du froid et du chaud.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

Batiprint3D s’appuie sur 6 brevets qui appartiennent à l’Université de Nantes et que nous exploitons en exclusivité.

Pour autant, nous continuons à faire des recherches. Notre enjeu notamment est de réduire l’impact carbone de la mousse. Nous travaillons sur d'autres types de matériaux plus respectueux de l'environnement. Une mousse est un ensemble réticulé qui contient 90% d’air, il peut y avoir beaucoup de possibilité pour parvenir au même résultat.

Batiprint3D intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation et de transformation face aux dérèglements climatiques ?

Aujourd’hui, le process permet d’isoler les bâtiments, et donc de diminuer la consommation énergétique, cela va donc dans le bon sens. Le moyen que nous avons aujourd’hui pour y parvenir n’est pas totalement vertueux, il faut bien le dire, mais je tiens à noter que notre procédé consomme peu d’énergie et peu d’eau dans son process et génère peu de déchets sur le chantier.

La mousse polyuréthane est issue de deux composants chimiques dont l’un des deux peut être produit à partir de la revalorisation du plastique recyclé, nous allons aussi regarder de ce côté-là.

Vous êtes membre de Novabuild, quels bénéfices en attendez-vous ?

On attend de Novabuild une façon de se challenger, avec les appels à projets, les groupes de travail, le dynamisme autour des approches innovantes,etc.

Novabuild a cette vision prospectiviste qui nous va bien. C’est une façon de s’acculturer, de s’informer. Adhérer à Novabuild fait partie du benchmark naturel pour une entreprise comme la nôtre. De plus, Novabuild peut nous donner accès à un promoteur ou un bailleur social. On vient chercher du commerce, de la technique, mais aussi à se faire brusquer.

L’échange et les démarches collaboratives sont dans notre ADN comme dans celui de NOVABUILD.

Pouvez-vous évoquer pour nous votre plus bel accomplissement professionnel ?

J’ai commencé ce métier en participant à la construction du Parlement Européen. Je suis arrivé sur un chantier de 1000 personnes, avec toutes les technologies les plus performantes du monde à cette époque. Je trouvais ce métier génial, j’avais l’impression d’être un peu comme au temps des pyramides. J’ai compris à ce moment-là que je voulais être un bâtisseur. C'est là que j’ai acquis la conviction que j’allais découvrir plein de choses dans ce métier. Je ne me lasse pas.

Une belle rencontre avec Novabuild…

J’ai trouvé un ami à Novabuild, David Chopin. Il m’a posé. Il a creusé. Il a été au delà d’une amitié professionnelle. C’est une belle rencontre professionnelle et humaine. Elle a suscité de nombreux échanges, on s’est beaucoup apporté mutuellement. J’étais encore avec lui hier, nous gardons le lien alors que nos parcours ont tous les deux fortement évolués ces cinq dernières années.

Propos recueillis le 26 août 2020 par Pierre-Yves Legrand, directeur de Novabuild.

 

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