Aucant en emporte le vent du climat

Architecte; urbaniste
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Publié le

15/07/2020
changement climatique
urbanisme
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Témoignages

Sur les questions climatiques, on ne peut pas raisonner en « mode parti », car cela bloque le mouvement. Il faut aider les positions à se rejoindre. Il faut se mettre autour de la table, et ceux qui sont de la vieille école, ils nous rejoindront plus tard. En attendant, on avance avec tous ceux qui le veulent bien !
William Aucant, citoyen

Rencontre avec William AUCANT,

membre de la Convention Citoyenne pour le Climat

William Aucant habite Nantes et fait partie des 150 français qui ont participé à la Convention Citoyenne pour le Climat. La commande qui leur avait été adressée par le Président de la République était la suivante : « comment réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % dans un esprit de justice sociale ? ».

Après 9 mois de travail, d’auditions et de débats, la Convention Citoyenne a pris fin le 21 juin 2020 avec 149 propositions adoptées par les citoyens, dont 146 ont été retenues par le Président de la République le 29 juin 2020. Du fait du poids de l’aménagement, de l’immobilier et de la construction dans la production de gaz à effets de serre, un grand nombre de ces propositions concernent notre secteur.

Architecte et urbaniste, William Aucant est  l'un des seuls parmi les 150 citoyens à être professionnellement un acteur de la construction, c’est pourquoi Novabuild est allé à sa rencontre pour mieux le connaître et recueillir ses premières impressions à la fin de ce moment démocratique hors du commun.

Comment allez-vous, William Aucant ?

La fin de la Convention Citoyenne pour le Climat n’est pas la fin de mon activité de citoyen impliqué sur les questions climatiques, bien au contraire. C’est même devenu une période de ma vie très intense. J’apprends beaucoup de choses et je suis en attente de beaucoup de choses. D’un côté, le Président de la République s’est engagé, mais d’un autre, le gouvernement a changé, et le projet de Loi de finances ne reprends qu’une partie des propositions, je reste donc très attentif à la suite qui sera donnée à nos travaux.

On aura beau avoir un ministre de l'écologie le plus consensuel et actif possible, il faudra que tout le gouvernement et toute la société s’y mette pour y arriver.

Si je reviens aux 150 citoyens, nous sommes devenus des référents sur les enjeux climatiques. On nous demande de prendre la parole, on nous demande de publier des communiqués de presse, etc.  Je suis en ce moment même à l’association que nous avons créée (@les150ccc). Je suis en charge de la communication de l’association et cela me prend donc un temps non négligeable.

Pouvez-vous vous présenter, quels sont vos 3 points forts personnels ?

En premier, je citerais la curiosité. Je ne crois pas que ce soit un vilain défaut. Je suis énormément curieux. Par exemple, je vais me renseigner sur des choses qui me questionnent pour être précis quand je prends la parole.

Deuxième point fort, je crois en les autres. Cela m’a perdu des fois, mais en fait cela aide, cela pousse un peu plus loin, et, à la fin, j'espère aussi que les gens croient en moi.

Enfin, je suis tenace, je ne laisse pas tomber les choses facilement.

Un mot sur votre parcours professionnel ?

Je suis assistant de recherche auprès de la maison d’édition de Frédéric Bonnet, architecte et urbaniste, fondateur de l’agence OBRAS. Je suis doctorant et fais des rapports sur des projets urbains. Avec mon contrat de doctorant, j’ai la possibilité de suivre le projet de Pirmil-les Isles sur lequel Novabuild est impliqué aux côtés de l’aménageur Nantes Métropole Aménagement, pour faire émerger une autre façon de construire la ville.

Frédéric Bonnet était mon enseignant principal en 5e année d’école d’architecture. Puis, j’ai travaillé 3 ans dans son agence, à OBRAS.

Au bout de ces 3 années, je suis parti en Allemagne avec la volonté d’être acteur et observateur. Berlin est une ville agréable à vivre, mais c’est surtout une source d’inspiration pour un urbaniste. L’idée était de voir Berlin comme un cas d’étude, car, dans notre métier, on doit tout le temps apprendre, même quand on a terminé sa formation initiale.

La vie de famille nous a fait rentrer en France, avec le besoin de retrouver nos racines.

La personnalité de Frédéric Bonnet est très stimulante. Il a un tempérament, il est lui aussi tenace, il ne lâche rien. Il est très ouvert sur d’autres pays, c’est un amoureux de la Finlande par exemple. C’est un « dingue de travail », le dessin et le sur-dessin, l’attention aux détails, la précision. Il est passionné par ce qu’il fait, et il le transmet.

Pouvez-vous nous parler d’un enseignant qui vous ait marqué ?

Frédéric Bonnet m’a marqué, évidemment, mais je peux parler également de mon directeur de thèse. Xavier Bonnaud m’apprends le débat et la confrontation des idées. J’apprends beaucoup avec lui. J’apprends à prendre la parole, à développer une pensée et à transmettre aux autres. Il m’a énormément soutenu pendant la convention, il a été d’une certaine façon un coach pour moi. Je cherchais chez lui de l’aide à l’argumentation. Il m’a fait vivre cette expérience comme un terrain de recherche.

Votre thèse, sur quoi porte-t-elle?

Elle porte sur la ville légère.

Les villes légères sont celles qui proposent de simplifier le quotidien des habitants, qui permettent de se déplacer sans se soucier des obstacles, oú l’on parcourt la ville de façon fluide. Or il y a beaucoup de ruptures dans des villes (les transports en commun, les travaux, etc.), et on se fatigue avec ces ruptures.

Je m’appuie sur les villes européennes qui donnent la priorité au piéton, qui créent des zones partagées, etc. Les exemples ne manquent pas. La ville légère existe, il suffit de la révéler.

Le vélo, en fait ce n’est pas si léger que cela. Il faudra réfléchir au vélo avec l’idée d’une continuité et avec l’intermodalité, ce qui n'est pas tout à fait encore le cas aujourd’hui, notamment à Nantes.

Toute la société est mobilisée par le gain de temps, et la marche à pied donne l’impression qu’on ne gagne pas de temps. Or, la marche à pied donne du temps. Personnellement, j’optimise le temps en marchant, par exemple, on ne peut pas téléphoner en faisant du vélo.

Un livre ressource sur ces sujets est « Pour des villes à l’échelle humaine » (city for people) de Jan Gehl. Il a observé pendant des années les personnes dans l’espace public, il en rend compte. C’est un ouvrage que bon nombre d’élus et d’architectes devraient lire.

Comment voyez-vous votre rôle quand vous aurez achevé votre thèse ?

Dans un an ou deux, j’aurai passé ma thèse, et j’aurai la possibilité d’enseigner.

Et avec la Convention Citoyenne pour le Climat, j’ai aussi envie d’être porte-parole du climat. C’est un travail politique sans l’être. L’avantage de la Convention Citoyenne pour le Climat est qu’elle n’enferme pas sur la question politique, elle nous porte sur le climat.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

Pour moi, l’innovation devrait se faire sans recours à la technologie. On devrait avoir recours aux choses ancestrales qui ont toujours leur place. La technologie trouve en général des solutions à court terme à des problèmes qui ne devraient pas se poser. Par exemple, la climatisation résoud le problème d’une architecture qui s’est éloignée du bon sens. Si vous isolez correctement votre maison et que vous avez la chance d'avoir un arbre ou du végétal devant votre fenêtre, alors qui a besoin de clim'?

Pouvez-vous évoquer pour nous votre plus bel accomplissement professionnel ?

Je pense au concours gagné à Tours et St-Pierre-des-Corps. L’idée était de créer un reseau de 12 petits espaces publics simples, durables et peu coûteux où l’on pouvait à la fois traverser et rester, qui laissait les champs des possibles ouverts.

Ce projet n’a pas vu le jour, malheureusement. J’aimerais en refaire d’autres et les voir émerger dans d'autre villes.

Avant d’entrer à la CCC, qu’elle était votre vision du climat ou du développement durable ?

Ma vision du développement durable, préalable à la Convention Citoyenne, reposait sur 3 piliers, à commencer par mon métier. J’avais un temps d’avance, car en tant qu’urbaniste, on est dans le temps long. L’urbaniste se projette dans le futur. Je savais déjà que le climat nantais serait bordelais dans 10 ans.

La deuxième chose, c’est le rapport aux autres pays. L’Allemagne a un temps d’avance sur l’écologie et sur le bon sens. D’autres pays sont encore plus pionniers. Les modèles des Pays-Bas ou de l'Allemagne m’ont amené à être en décalage quand je suis entré en France.

Enfin, depuis mon enfance, j’ai un respect prononcé de la nature. Les camps d'été et mon passage chez les Scouts de France a sûrement contribué à la frugalité de mes besoins et mon attention au millieux naturels.

Dans ce contexte, qu’est ce que la  CCC vous a apporté ?

Le constat de départ qui était de diviser par 6 l’empreinte carbone en 30 ans, je ne le comprenais pas vraiment. Et quand on commence à le comprendre, cela provoque un vertige, certains ont parlé de claque. On voit très vite tout ce que l’on doit faire. La Convention pour le Climat m’a amené un recentrage sur la question du climat et de l'empreinte carbone.

On peut dire que je suis devenu mono-maniaque de la question climatique, tout en respectant ceux qui y vont à leur rythme. L'éveil à la transistion écologique n'est pas le même pour tous et ne va pas à la même vitesse pour chacun.

Nous, les 150 citoyens, avons eu une formation appronfondie sur le climat, et j’ai bien conscience que c’est impossible à reproduire sur 67 millions de français. Nous sommes persuadés qu’il faudrait faire vivre cette expérience à tout le monde, mais on ne sait pas le faire, on est désemparé sur ce point. Nous ne comptons pas uniquement sur un choc général. Mais j’espère que le confinement aura cet effet-là. Cela a quand même été un rappel à l’ordre, que nos actions ont des conséquences. Cela remet en perspective nos activités humaines.

Et quand on dit que Nantes deviendra Bordeaux, puis Barcelone, du point de vue climatique cela ne paraît pas bien grave. Mais il faut se demander ce que deviennent Bordeaux et Barcelone, et puis se dire que Nantes n’a pas été conçue pour vivre avec le climat de Barcelone. La majorité de nos arbres actuels sont condamnés à termes. Plus au sud, il y aura des territoires qui deviendront invivables. On ne peut pas regarder la question climatique en ne s’attachant qu’à sa situation personnelle et locale : c'est un phénomène global qui ne peut que se resoudre par la consience de ce que l'on fait localement. c'est pour ça que je pense que la France pourra servir de modèle si la CCC est une réusite. Et, dans ce modèle, le cas du territoire nantais sera regardé avec intérét.

La claque, le vertige dont vous avez parlé, comment cela s’est passé ?

Cela s’est passé le premier week-end de la Convention. Nous étions devant les faits. Je me souviens qu’au départ, certains de mes collègues regardaient leur téléphone, il y en a même un qui regardait un match de rugby. Et à la vérité, celui-là même, à la fin, était un des plus engagés.

La Convention Citoyenne a changé 150 destins.

Mais concrètement, comment cela s’est passé ?

D’abord, il y a la force d’être dans une institution de la République. Le CESE qui nous accueillait, avec des conditions de travail qui nous permettaient de nous concentrer sur ce que nous avions à faire, et rien d’autre. Et on n’a pas arrêté de travailler. Et une fois qu’on en saisi l’importance, cela a tout changé.

Quand j’ai fait ma propre empreinte carbone, je suis totalement entré dedans. J’étais à 8 tonnes, je suis désormais passé à 5, notamment parce que je n’ai pas pris l’avion depuis un an. Un aller retour Paris-Berlin c’est une tonne de carbone...

Votre influence à la CCC ?

Bien qu'il fallait avoir le point de vue de M. et Mme tout le monde, ma position d’architecte et urbaniste a été très sollicitée chaque fois qu’il fallait raisonner sur construire et aménager le territoire. Et en plus, je me suis trouvé de façon aléatoire dans le groupe « se loger », le hasard a bien fait les choses !

Pour autant, je ne souhaitais pas abuser de ma position de sachant. Cela permettait juste d’approfondir un peu plus les sujets.

Les 3 mesures dont vous êtes le plus fier.

En premier, sans aucun doute, c’est la mesure sur la lutte contre l’artificialisation des terres et l'étalement. Je l'ai beaucoup soutenue, voire j'ai aidé à la remettre à l'ordre du jour avec d'autres collègues à la CCC (notament Dennis un ancien élu de la région parisienne). Certains ne voyaient pas le lien avec le carbone.

Il y a aussi la question de l’information des citoyens, le carbone score. J’espère que cela va se développer rapidement, et il y aura des grosses surprises, notamment dans les produits bio, comme l’huile de noix de coco. Dans un pays qui a de la production d’huile de noyer ou d’olive et dans une région où le beurre est presque une religion, pourquoi aller chercher de l’huile de noix de coco de l'autre bout du monde ?

Enfin, il y a la question de bien se nourrir. Nous devons tout faire pour garder cette filière comme une filière d’avenir. L'agriculture est la première, et la plus ancestrale des activités humaines.

Qu’évoque pour vous Novabuild ?

Quand je pense à NOVABUILD, je pense d'abord à Pierre-Yves Legrand, qui a été l'un des premiers à Nantes à venir me voir, au tout début de la Convention Citoyenne, par curiosité je crois.

J’apprécie à Novabuild la possibilité que vous donnez de mettre autour de la table des personnes qui veulent construire la manière la plus locale et la plus vertueuse possible. Vous favorisez les mises en relation qui sont utiles pour faire bien les choses.

Une belle rencontre grâce à la CCC…

Il y en a eues beaucoup.

Mais je pense aux Nantais. Je suis arrivé en août 2019 à Nantes, puis ai été désigné en septembre à la Convention Citoyenne. Je me suis senti tout de suite poussé par le territoire nantais, il y a eu une mobilisation qui s’est faite très vite avec des personnes très impliquées. Ce lien avec mon territoire a été pour moi une force tout de long de la Convention notamment lors des clim'apéro. J'ai hâte de monter le prochain d'ailleurs pour rencontrer d'autres personnes notamment nos responsables politiques s'il le souhaitent.

Et demain? Vous vous voyez faire de la politique ?

Je n’y étais pas ultra-favorable, dans l’optique de ne pas être prisonnier d’un modèle partisan. Mais défendre un projet sur un territoire, cela m’intéresse. Je fais le souhait que le territoire nantais soit pionnier sur la question climatique, c'est plutôt bien parti d'ailleurs. Pour y arriver plus vite et plus fort, il faudrait rassembler toutes les forces, toutes les personalités, tous les points de vues (comme à la CCC), c’est quelque chose de sûrement très politique, mais pas au sens où on l’entend habituellement. Bien que je serais très honoré d'aider la ville et la métropole à la mise en place des 146 mesures de la convention citoyenne, l'enjeu politique c'est de continuer de convaincre et d’informer pour élargir le cercle. Je pense à ceux qui sont sceptiques sur l'action en faveur du climat ou bien ceux pour qui ce n'est pas une priorité.

Je ne suis pas un écolo de plus. Je souhaite aider tous ceux qui veulent agir.

Sur les questions climatiques, on ne peut pas raisonner en « mode parti », car cela bloque le mouvement. Il faut aider les positions à se rejoindre. Il faut se mettre autour de la table, et ceux qui sont de la vieille école, ils nous rejoindront plus tard, et en attendant, on avance avec tous ceux qui le veulent bien!

Propos recueillis le 8 juillet 2020 par Pierre-Yves Legrand, directeur de NOVABUILD

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(2) Commentaires

Puis je utiliser votre canal pour inviter William Aucant à une réflexion avec Romo citoyenne association créée suite aux dernières municipales pour réfléchir sur des problèmes sociétaux. Je suis architecte et initie un atelier Écologie et urgence climatique et souhaiterais que le groupe bénéficie de l'expérience de la Convention. Je suis dans l'attente d'un contact par mail. Merci
N'hésitez pas à envoyer un mail à contact@novabuild.fr Nous le ferons suivre à William. Pyl. Novabuild

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