Aller vers des équations vertueuses | Rencontre avec Pascale CHIRON, P2C Conseils

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Publié le

04/05/2022
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Témoignages

P2C est une boîte à idée et une boite à conseils que j’ai créée en décembre 2020 pour travailler en confiance avec des promoteurs et des bailleurs sociaux qui ont envie de s’engager, et qui ont besoin d’un coup de pouce.
Pascale CHIRON, Dirigeante P2C Conseils, Consultante en Ecologie Urbaine.

Bonjour Pascale Chiron, comment allez-vous dans cette période de crise sanitaire et diplomatique, doublée d’incertitudes économiques, sans oublier la crise climatique qui s’accentue ?

Waouh ! Cette description de l’actualité, c’est un peu la douche froide !

Personnellement je vais plutôt bien. Je vais bien parce que je suis dans des réseaux positifs comme NOVABUILD, sinon il y aurait lieu effectivement d’être très pessimiste.

Pouvez-vous vous présenter, vos 3 points forts personnels et professionnels ?

Je suis dirigeante de P2C Conseils. Je suis nantaise et impliquée dans les transitions économiques, écologiques et sociales depuis 20 ans. Mes 3 points forts : dynamique, femme de réseau et de caractère positif.

Pouvez-vous nous raconter pourquoi avez-vous créée P2C Conseils ?

J’ai décidé de créer mon agence de Conseils P2C Conseils pour accompagner les maîtres d’ouvrage dans la phase initiale de leurs projets.

Je suis architecte et urbaniste de formation, je suis diplômée de l’ensa de Nantes et du DESS urbanisme-villes et territoires de l’Université de Nantes. J’ai travaillé en agence d’architecture et d’urbanisme.

A partir de 2001, j’ai fait 3 mandats d’élue à la ville de Nantes et à la Métropole. J’ai eu la charge de la maitrise de l’énergie, des bâtiments municipaux et du développement des réseaux de chaleur, du logement social, des formes urbaines, des nouveaux modes d’habiter la ville, avec une implication particulière sur l’habitat participatif. La présidence de Nantes Métropole Aménagement m’a permis d’engager de nombreux projets innovants sur notre agglomération.

J’ai décidé d’arrêter en 2020 pour passer le relais et changer de vie. J’avais la volonté d’être de l’autre côté pour apporter aux acteurs de la construction ma vision et les réseaux qui vont avec. Les réseaux sont indispensables pour rendre possible le changement de comportements. Ces changements ne se feront pas que en imposant des règles nouvelles, mais plutôt avec la mise en réseau et l’accompagnement des acteurs.

Dans mon ancienne vie d’élue, je me suis rendu compte que quand une collectivité posait un cahier des charges ambitieux, si on voulait que les acteurs passent à l’action, il fallait aussi les accompagner en amont.

C’est ce que je m’emploie à faire désormais. Si on veut que les questions bas carbone et faible consommation d’ énergie soient réellement mises en œuvre, il faut qu’elles soient prises le plus en amont possible des projets.

Pouvez-vous présenter P2C Conseils ?

P2C Conseils est une petite agence de conseils que j’ai créée en décembre 2020 pour travailler en confiance avec des promoteurs et des bailleurs sociaux qui ont envie de s’engager, et qui ont besoin d’un regard extérieur.

Comment voyez-vous votre rôle, votre contribution, avec P2C ?

P2C est une boîte à idée, une boîte à conseils, et un facilitateur de projets collectifs.

Ces termes présentent bien mon travail, par la mise en connexion des acteurs, l’ouverture des chakras, la préparation d’une autre façon de faire. Il faut me semble-t-il s’ouvrir et accepter de travailler de façon encore plus collective si on veut répondre aux enjeux de demain.

Je constate parfois dans les consultations que les promoteurs partent seuls dans une organisation en silo. Je porte de mon côté l’idée d’un procédé plus collectif de façon à rendre possible les ambitions que l’on porte sur des projets.

Quelle sont les cibles ou les marchés de P2C Conseils ?

On peut évoquer en premier les promoteurs, car c’est avec eux que j’ai commencé à travailler, mais on peut citer aussi les bailleurs sociaux. Ce qui m’intéresse avec les bailleurs sociaux c’est qu’ils ont un patrimoine, et que les enjeux de la construction de demain portent sur notre façon d’agir sur ce patrimoine existant pour le rendre moins émissif en carbone notamment. De ce point de vue, les bailleurs sociaux ont un beau terrain de jeu.

Quel est le point fort de P2C Conseils ?

Mes points forts, c’est mon réseau, ma connaissance du terrain et des acteurs, mon côté pragmatique, et ma compréhension du mode de fonctionnement des collectivités.

Je crois beaucoup aussi à la mission de sensibiliser et d’informer.

Quelles sont les 2-3 réalisations dont vous êtes la plus fière ?

J’ai réalisé des missions avec des promoteurs en phase de concours, je pense en particulier à la consultation de la Conardière avec le CIF. On a fini 2e. Au-delà de la déception, cela a été une belle aventure humaine.

En phase de travaux, j’ai eu des missions pour intégrer la biodiversité, créer des jardins partagés, ou la mise en œuvre de matériaux biosourcés. Ce sont parfois des petites réalisations comme pour les jardins partagés, mais elles associent de nombreuses parties prenantes, les habitants, et finalement, cela apporte une amélioration du quotidien de ces personnes. Cela me touche, car on est en direct avec l’humain.

Pouvez-vous décrire une mission type ?

Dans un projet de réponse à une consultation avec un promoteur, cela commence par une réunion de travail pour bien cadrer les enjeux, puis je sollicite un groupe d’experts. Je rassemble des énergies sur le projet au cours d’une réunion où l’on va brasser des idées, et faire émerger la proposition. Puis, la suite est à chaque fois très différente. Ma proposition de service au promoteur est unique, c’est du « sur mesure ».

Pour que cela fonctionne, il faut que le promoteur ait envie de passer du temps en amont d’un projet. Si on veut une construction vertueuse, il faut qu’elle ait été posée dès le début avec le plus de parties prenantes au projet. L’idée est d’essayer d’avoir la réponse la plus collective possible le plus en amont possible et qu’elle soit partagée.

La question de la maîtrise d’usage et la place qu’on veut lui donner, a un impact, si dès le début on veut l’intégrer. C’est cela qui fait la différence entre un projet qui répond aux défis d’aujourd’hui, et les autres.

Pour autant, je constate que les rôles comme les miens sont de plus en plus difficiles dans la période actuelle qui cumule des attentes de plus en plus fortes des différents acteurs, une réglementation de plus en plus exigeante (et c’est tant mieux), les prix qui s’envolent, et la contrainte de coût qui est puissante. Cette situation rend les choses plus complexes pour sortir une équation vertueuse. Je constate que si on n’a pas la collectivité pour faire des choix et les porter, c’est de plus en plus difficile d’aider les promoteurs à sortir cette équation vertueuse. La notion de coût global est encore loin du quotidien des acteurs de la construction.

Quand je portais la politique de l’habitat participatif, il y avait un réseau d’acteurs et une histoire locale, cela m’a permis de créer une compétence et de faire émerger des projets. Les deux sont liés, il faut faire rejoindre la volonté politique et l’envie de faire des acteurs.

Quelle place accordez-vous à l’innovation et à la R&D ?

L’innovation est quelque chose qui est intégré dans chaque projet. Je pense à un pôle multimodal sur lequel je travaille en ce moment, et pour lequel l’innovation est un peu notre quotidien. Je vais chercher des acteurs sur ces sujets pour trouver de nouvelles solutions. Où simplement faire preuve de bon sens.

P2C Conseils intègre-t-elle une démarche d’atténuation, d’adaptation, de transformation, face aux dérèglements climatiques ?

D’abord, dans mes préconisations, quand on parle de construction neuve, il y a évidemment le choix du mode constructif, des matériaux et de l’énergie.

Dans la rénovation, c’est là où il y a le plus de travail à faire. Cela devrait être là que la profession devrait le plus s’investir.

La rénovation, ce sont des projets plus complexes et de plus petite échelle, et, donc, cela intéresse moins les acteurs. Il n’y a pas encore les outils pour les mobiliser. Je crois, malheureusement, que c’est la raréfaction du foncier et l’augmentation des coûts d’acquisition qui vont faire bouger les choses.

Pour compléter, je voudrais vous dire que j’aime beaucoup quand vous dites à NOVABUILD que vous êtes « l’allié solutions climat » de la construction et de l’immobilier. Je trouve que le terme d’« allié » est hyper juste. C’est une notion positive, et entraînante. Il y a besoin d’accompagnement dans cette période de transformations et cette vision nous aide.

Pourriez-vous nous faire part d’engagements que vous avez pris personnellement, ou en tant que dirigeant d’entreprise, en faveur des questions climatiques ?

Je suis toujours à vélo en ville, adhérente d’une AMAP (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) et nous avons un composteur depuis de nombreuses années. Dans ma famille, on a réduit notre consommation de viande. Les choix alimentaires sont un des premiers leviers à actionner pour diminuer son poids carbone. On a aussi réduit l’utilisation de la voiture et mis en place un suivi plus fin de la consommation d’eau des douches, vaste chantier quand on a des ados !

Plus récemment, au moment du confinement, nous avons changé notre mode d’achat de vêtements, les boutiques étant fermées, nous nous sommes mis avec ma fille à acheter du « seconde main », et cette nouvelle habitude est restée.

Quelle vision portez-vous sur l’avenir du bâtiment, de la ville, des aménagements ? Quelles tendances voyez-vous émerger ?

Sur la ville, je vois émerger la réutilisation des espaces et des matériaux. La végétalisation par micro-quartier aussi.

Je pense aussi que nous allons aller vers un rééquilibrage des territoires qui sont partagés aujourd’hui entre les grosses agglomérations et les espaces qui les entourent. Il y a un terrain de jeu énorme en dehors des grandes villes et dans l’équilibre des territoires. L’alliance des territoires est essentielle. Et le secteur économique a un rôle moteur.

C’est là que Novabuild joue un rôle très important. Le « Zéro Artificialisation Nette à l’horizon 2050 » (ZAN) va se décliner dans les différents règlements d’urbanisme, et sa mise en œuvre ne sera pas évidente. Nous commençons à être nombreux à être conscients du problème. Il y a une vraie pression foncière, démographique, économique qui va à l’encontre du ZAN. C’est un beau défi que de chercher à réussir cet objectif qui est indispensable à notre qualité de vie et à l’avenir de notre planète.

Une question maintenant sur votre territoire. Quel est votre port d’attache ? Est-ce que vous pouvez décrire votre relation à ce territoire ? Ce qu’il vous apporte ? Ce que vous lui apportez ?

Je suis nantaise, cela fait 20 ans que je travaille pour ce territoire, la région et ses habitants. Je m’y sens bien, car ici, il y a moyen de faire. Ce territoire m’apporte un réseau, des compétences, des rencontres, une dynamique, et, pourquoi ne pas le dire, une vraie qualité de vie. On m’a proposé des pistes ailleurs, je les ai refusées. Vivre dans cette région est pour moi un privilège.

Auprès de qui ou de quoi allez-vous puisez votre énergie quand vous en avez besoin (familier, ami, musicien, artiste, romancier, ville, lieu secret, etc.) ?

Si je vous dis mon lieu secret, il ne sera plus secret !

Pour me ressourcer, je vais m’isoler sur la côte Atlantique, auprès de mon gros chêne, les mains dans la terre et le nez face à la mer.

Et le pas-de-côté que vous n’avez pas encore fait, et que vous aimeriez faire ?

Mon pas-de-côté, ce serait de quitter Nantes et de construire une toute petite maison en bois. J’espère pouvoir le faire mais cela implique de quitter la ville avec tout ce qu’elle apporte, de changer de rythme, de changer de vitesse.

La vie d’élue est une vie à 200 a l’heure. L’agence me permet de vivre à un nouveau  rythme.

Quand on évoque cette question du changement de rythme, on peut avoir l’impression de « tomber du manège ». Il faut un entre deux, choisir une vitesse qui permette d’être plus zen, tout en n’arrêtant pas d’agir, et pour cela, il faut, me semble-t-il, faire ce qu’on aime et se recentrer pour mieux se ressourcer.

Vous êtes membre de Novabuild, quels bénéfices en attendez-vous ou en retirez-vous ?

J’attends beaucoup de choses de NOVABUILD, en définitive.

J’ai passé le cap de l’adhésion parce que je voulais entrer dans un réseau que je connais depuis longtemps et dans lequel je savais que j’allais être bien. Nous partageons la même vision, et vous êtes hyper concrets. Je retrouve chez vous des choses carrées et cadrées, cela me va bien. Quand on consulte votre site, on découvre des sujets extrêmement riches et variés. Cela éveille la curiosité sur d’autres choses que nos sujets habituels.

Pour moi, NOVABUILD est un couteau suisse de la construction durable. Tu trouves forcément l’outil dont tu as besoin, et en plus, tu peux l’avoir tout le temps dans ta poche !

Pouvez-vous raconter une belle rencontre que vous avez faite avec Novabuild ?

J’en évoquerai deux.

La première, c’est à l’occasion de la visite que j’ai faite avec l’architecte Loïc Daubas à Nozay. C’était en milieu rural, avec des matériaux biosourcés, les pieds dans les bottes et le nez dans la terre, tout ce que j’aime.

J’ai aussi beaucoup apprécié votre Assemblée générale au cours de laquelle vous avez fêté vos 10 ou 20 ans, je ne sais plus trop bien… Il y avait de la convivialité avec du vrai travail, cela m’a beaucoup plu. J’ai participé à tellement de CA et d’AG en 20 ans de vie d’élue, que je sais apprécier ceux qui font l’effort de rendre ces moments festifs, joyeux, entraînants. C’était super bien.

Non seulement cela vous permet de fidéliser vos adhérents, et en plus cela encourage les échanges.

Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Propos recueillis par Pierre-Yves Legrand, directeur de Novabuild, le 26 avril 2022

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