En moyenne, en France, nous consommons chaque jour 148 litres d’eau par personne. Nous l’utilisons majoritairement pour les usages domestiques (hygiène corporelle, sanitaires, lessive, vaisselle), alors que nous en consommons seulement 1 % pour boire (C.I.EAU, 2024).

Comment réduire d'un tiers cette consommation ?

©Mathilde Savey pour SobriEau - Synthèse du projet SobriEau

Le projet de recherche-action SobriEau, lauréat de l’appel à projets France 2030 Innov’Eau de l’Ademe, a pour objectif de réduire l’utilisation de l’eau dans les bâtiments existants et sur leur parcelle, en explorant des solutions axées sur la sobriété, l’efficacité, la réutilisation de l’eau. 60 bâtiments serviront de démonstrateurs, pour étudier les aspects techniques et humains de la mise en œuvre de ces solutions.

Face à la raréfaction de la ressource en eau qui touche des territoires toujours plus nombreux, l’usage de l’eau dans les bâtiments doit être optimisé. Les actions sur le parc bâti existant, qui représentera 70 à 80 % du parc immobilier en 2050, peuvent dès aujourd’hui permettre des économies importantes

L’objectif de SobriEau est d’envisager des solutions d’économie sur les bâtiments existants via un accompagnement technique et humain, de les éprouver par la mise en œuvre de démonstrateurs pour ensuite chercher à les massifier sur l’ensemble du parc bâti.

SobriEau est un projet de 4 ans (2025-2029) porté par le Cerema, AgroParisTech Innovation et l’École Nationale des Ponts et Chaussées.

Vers un modèle pour la rénovation hydrique des bâtiments

SobriEau s’intéresse, à travers une approche à la fois technique, humaine et territoriale, aux économies d’eau réalisables après-compteur à plusieurs échelles :

  • L’échelle du bâtiment : pour identifier les solutions d’économie d’eau dans les usages du bâtiment. Un poste d’utilisation d’eau important à étudier est celui des WC qui représentent 20 à 30% de l’utilisation d’eau d’un bâtiment. SobriEau vise en premier lieu la réduction des volumes utilisés et propose ensuite, pour les besoins en eau résiduels, d’explorer des alternatives à l’eau potable ;
  • L’échelle sectorielle : pour identifier les solutions d’économie dans les bâtiments existants, résidentiels et tertiaires. Les démarches et outils utilisés pourront servir le secteur de la construction et être adaptés pour la construction neuve ;
  • Les échelles territoriale et nationale : pour déployer des politiques de sobriété adaptées aux enjeux qui pèsent sur la ressource en eau.

Le projet SobriEau propose d’appliquer à la gestion de l’eau dans le bâtiment existant la même logique que pour la rénovation énergétique : sobriété – efficacité - substitution.
Les démarches de sobriété en eau pourraient être embarquées par les opérations de rénovation énergétique des bâtiments.

L'ambition est forte : la cible prévisionnelle en milieu domestique est de s’approcher des 50 L/j/pers, contre 150 L/j/pers aujourd’hui.

Le projet SobriEau permettra d’identifier des solutions durables, viables techniquement et économiquement, notamment low-tech, et cohérentes avec les services d’eau et d’assainissement, ainsi que de fournir des outils pratiques pour améliorer la sobriété en eau des bâtiments :

  • Un outil d'audit sur l'usage de l'eau avec un volet technique et humain
  • Un dispositif d'accompagnement des gestionnaires de bâtiments et des collectivités pour massifier la mise en œuvre des solutions de sobriété en eau dans le bâtiment.

La méthode : quelle eau pour quel besoin ?

La démarche consiste d’abord à interroger le besoin : pourquoi utilisons nous de l’eau ? L’objectif est de revenir à la satisfaction des besoins réels des usagers. 

Ensuite, il s’agit d’analyser les leviers : est-il possible de réduire l’utilisation d’eau des bâtiments en général, et d’eau potable en particulier ? L’étude portera sur les flux entrants et sortants, pour étudier les économies d’eau et l’assainissement (possibilités de réutilisation, circularité avec ou sans traitement). La gestion des eaux pluviales sera aussi envisagée, afin d’intégrer dans la réflexion l’infiltration des eaux pluviales et la sobriété en eau de la parcelle (espèces consommatrices ou non, adéquation avec le sol et le climat).

Le projet interrogera aussi les points de blocage pour davantage de sobriété en eau : pourquoi autant d’eau est-elle utilisée ? Qu’est-ce qui empêche des solutions existantes d’être mises en œuvre ? 

Enfin, le projet proposera de tester. Trois collectivités sont partenaires pour expérimenter des solutions techniques et humaines dans des bâtiments démonstrateurs : Angers Loire Métropole, La Rochelle Agglomération et Valence Romans Agglomération. Les solutions existantes en France et à l’étranger seront recensées puis déployées dans 60 bâtiments pilotes.

Le projet prend aussi en compte l’aspect économique : dans une perspective de baisse importante de l’utilisation d’eau des bâtiments, comment maintenir la viabilité des services de fourniture d’eau et d’assainissement ?

Des actions complémentaires à plusieurs échelles seront menées, aussi bien en termes techniques qu’en termes de montée en compétence collective sur le sujet de la sobriété en eau des bâtiments. En plus d’outil et d’actions techniques type "audit eau", installation d’équipements hydroéconomes, suivi des volumes, une place sera consacrée au dialogue territorial, à l’implication, la sensibilisation et la formation des acteurs, puis à l’accompagnement des usagers.

©Cerema

Le projet propose d’aller au maximum des économies possibles sur chaque bâtiment, en testant toutes les solutions possibles sur les différents usages retenus (logement, bureau, enseignement, sport…), et en priorisant les actions selon la démarche suivante dans cet ordre :

  • Levier Sobriété : questionner les besoins ;
  • Levier Efficacité : proposer des appareils et procédés hydroéconomes pour y répondre ;
  • Levier Circularité et Substitution : envisager l'utilisation d'autres ressources à moindre impact.

L’ensemble des livrables sera partagé au fur et à mesure du projet dans l’idée qu’ils inspirent d’autres collectivités, gestionnaires immobiliers et usagers et aident à la réplicabilité de la démarche pour lancer une dynamique de massification des économies d’eau dans le bâti existant.