Edito de Laurent Rossez | Money - Money - Money !

Publié le

02/05/2019

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« Money - money - money, always sunny, in the rich man's world » ?

La phrase « money - money - money, always sunny, in the rich man's world » est extraite du refrain d’un des tubes planétaires du fameux groupe suédois pop ABBA, en 1976. Je l'ai choisie en premier lieu pour rendre hommage à un de nos partenaires Européens. En effet, la Suède fait partie des avant-gardistes en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

L’année 1976 renvoie, comme 2003, aux mauvais souvenirs des canicules sévères en France en passe de devenir fréquentes et récurrentes vue l’inertie et l’accélération des dégradations portées à la nature et ses équilibres fragiles.

Mais j’ai choisi ce refrain surtout parce que je voulais aborder la question du financement de la transition environnementale. Nous avons chacun conscience que le financement public ne sera pas à la hauteur des enjeux.  Il nous faut donc regarder de près les fameux ISR - investissements socialement responsables - dont le monde a besoin. Sur cette question, difficile de regarder « the sunny side of coin », sans se faire mal, mais il y a quelques raisons d’espérer.

La Suède, conscience ecologique de l’Europe

Depuis quelques mois, notre voisin scandinave fait preuve d’une prise de conscience exemplaire suivi d’engagements réels. L’ambition de leur gouvernement est d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2045. Et ce ne sont pas uniquement des « vœux pieux », car le pays s’est doté d’une loi-cadre qui impose la transition écologique car elle oblige le gouvernement à respecter ses engagements pris lors de l’accord de Paris en 2015 et adoptés par le parlement. Désormais, le gouvernement doit rendre compte chaque année au parlement et devant un conseil du climat constitué d’experts indépendants de ses choix budgétaires au regard de la lutte contre le réchauffement climatique.

Certaines entreprises suédoises « embrayent le pas » avec des engagements chiffrés en matière de réduction des atteintes à l’environnement pris devant leur conseil d’administration et qui apparaîssent dans le rapport annuel, mettant possiblement en cause la responsabilité des dirigeants qui auront failli à ces objectifs. La loi Pacte Art.61 votée récemment en France devrait inciter prochainement les dirigeants des entreprises de l’hexagone à de tels engagements qui les grandiraient.

Mais c’est aussi tout une société qui est en conscience des enjeux et qui se mobilise pour tendre vers un mode de vie moins consumériste et néfaste pour la planète. La Suède est déjà un champion hors catégorie en matière de recyclage : sur les 4,5M de tonnes d'ordures chaque année, seulement 1% finit dans des décharges, contre 25% en France ! Dans certains centres commerciaux du pays, 100% des produits sont recyclés. Démarche ancrée dans les esprits, les suédois ont même inventé une nouvelle discipline : le « Plogging » consistant à faire son jogging tout en ramassant les ordures qu’on trouve sur son passage !

C’est aussi du pays scandinave qu’est parti le mouvement citoyen « Flygskam », alias « la honte de prendre l’avion », phénomène nouveau qui prend de l’ampleur et qui commence à avoir des répercussions sur les modes de transport. Swedavia AB, opérateur gérant les 2 plus gros aéroports du pays, attestant d’une chute du trafic aérien pour la première fois en 10 ans avec un recul est de 6 % sur les vols intérieurs et de 2 % sur les vols internationaux ! Les reports ont lieu en faveur du ferroviaire.

Enfin, comment ne pas évoquer l’émergence de la jeune suédoise de 16 ans Greta Thunberg qui a entrainé dans son sillage toute une partie de la jeunesse de son pays et désormais de l’Europe. Elle pointe du doigt  dans de nombreux forums où elle est invitée : l’inaction des gouvernements face à la lutte contre le changement climatique ; alors même que le nombre de jets privés utilisés pour se rendre à Davos a atteint un nouveau record et augmenté en 2019 de 11 % par rapport à 2018 !

Pour rappel, en mars dernier, cinq Etats membres de l’Union européenne, dont la France, ont soutenu une taxation carbone sur le secteur aérien (3 % des émissions mondiales de CO2 et pouvant atteindre les 20 % en 2050). Et fort heureusement, la protection du climat est plus présente dans la campagne des élections européennes cette année qu’il y a 5 ans, les citoyens ayant compris que ce sont des enjeux qui ne peuvent se traiter qu’à l’échelle européenne, voir globale, mondiale. En France, désormais 48% des personnes interrogées estiment que la protection de l’environnement devrait être la priorité, même si cela risque de freiner la croissance économique.

L’enjeu majeur de l’investissement responsable

Quelques belles aberrations d’abord :

L’ensemble des exonérations accordées aux énergies fossiles s’élève encore en 2018 à 600 Milliards d’€ alors que selon l’OCDE, les conséquences sanitaires et environnementales liées à l’utilisation de ces énergies s’évaluent à plus de 3 500 Milliards d’€ chaque année ! D’un point de vu global, la finance marche encore sur la tête à allouer des sommes en amont capables de générer plus de 5 fois sa valeur en surcoût néfastes en aval !

Le fonds souverain Norvégien, le plus gros du monde, pèse encore plus de 880 milliards d’€ et se montre bien incapable aujourd’hui de sortir de sa logique « fossiles ». Il compte se désengager progressivement uniquement des compagnies spécialisées dans l’exploration et la production de pétrole qui n’investissent pas dans les énergies renouvelables ; les majors pétrolières comme Total, BP ou ExxonMobil sont donc épargnées ! Le désengagement annoncé ne porte alors que sur 20% d’actifs détenus par le fonds dans le secteur du pétrole et du gaz fin 2018, en définitive une part infime de ses investissements globaux.

Les Investissements Socialement Responsables sont rentables

Alors même que l’économie mondiale cherche une seconde voie, et peine encore à financer la nécessaire transition écologique avec des disparités notoires selon les pays, les ISR, Investissements Socialement Responsables, ont la cote, intégrant à côté des valeurs financières, des valeurs extra financières.

Les investisseurs institutionnels comme les particuliers se projettent de plus en plus au travers de critères environnementaux et sociaux qui, dans une approche « ESG » Environnement Social et Gouvernance, donnent du sens.

D’ailleurs les valeurs extra-financières deviennent de plus en plus éminemment financières, car les entreprises qui aujourd’hui négligent encore les effets du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité font des erreurs stratégiques majeures. Et les marchés l’ont compris.

En tenir compte devient même payant et un avantage : sur les cinq dernières années, si on compare les actions ou obligations « mondes », on constate 2% par an de sur-performances positives pour celles classées ISR comparativement avec le marché dit standard. Notamment du fait du risque à long terme qui est désormais pris en compte. Nordea Asset Management annonce par exemple que son fonds « Nordea1 - Global Climate and Environment », pionnier qui se concentre sur l’univers en forte croissance des entreprises actives dans la recherche de solutions au changement climatique et à la dégradation de l’environnement est « en pleine forme » avec +72% de performances sur 5 ans et 1 milliard d’€ d’encours sous gestion.

Le marché français est plutôt pionnier en matière d’investissement responsable, l’État ayant développé une offre de « place financière verte », avec des volumes importants d’émissions de « Green Bonds » sur les 10 dernières années, à hauteur de 34 milliards d’€.

Notre région des Pays de la Loire n’est pas en reste avec le « Green Bond Ligérien », nouvelle obligation verte constituée d’emprunts levés sur les marchés financiers et explicitement consacrée à des investissements et des projets porteurs d’ambitions environnementales (production d’énergies renouvelables, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, mobilité durable).

Placements toxiques invisibles versus finance durable

Personne n’est épargné… Et il faut être attentifs au fait que les investissements de nos entreprises et les placements opérés dans nos vies privées soient climato-compatibles.

Les chiffres sont éloquents. Par exemple, l’épargne d’une famille peut représenter jusqu’à 40% de ses propres émissions de CO2. Car 1€ placé sur des investissements toxiques représentent, à son insu, en termes d’émissions, jusqu’à 200g de gaz à effet de serre par an ! Pour garder une notion de valeur, le malus maximal 2019 à payer pour une automobile neuve est de 10,5k€ applicables à partir de 191 g/km (le malus CO2 s’appliquant dès 117 g/km).

Pour juger de la pertinence des placements financiers, rien n’empêche aujourd’hui l’établissement d’un barème comparatif en ce qui concerne les émissions de G.E.S. entre un fond monétaire dédié à la recherche de gaz de schistes ou un autre soutenant un programme de reforestation ! 

Ainsi, beaucoup de projets ne seraient plus soutenus aujourd’hui si toute la lumière était faite sur ce que les économistes appellent leurs « externalités négatives », démontrant que la viabilité économique long terme est douteuse.

Et soyons en conscients, Les banques conventionnelles jouent un rôle considérable dans le financement de projets ayant un impact environnemental et social positif ou non… Peut-on encore « se laver longtemps les mains » des investissements vers le charbon indonésien ou des pipelines au Dakota de la part de grands établissements français comme BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis ? La question se pose en tous les cas.

 Les Amis de la terre ont mis en ce sens en ligne une plate-forme pour que chacun puisse interpeller sa banque et lui demander de cesser le financement de projets écocides et d’activités polluantes.

Désormais, la transparence en matière de risques financiers liés au climat gagne du terrain dans les entreprises et chez les investisseurs. La « TFCD » -  task force sur la transparence des risques financiers liés au climat - mise en place par le Conseil de stabilité financière du G20 : pousse les entreprises à fournir des informations harmonisées en la matière. Plus de 500 organisations soutiennent les principes de transparence sur ces risques financiers liés au climat. Mais il reste encore du chemin pour fournir des informations éclairées et réellement utiles à la prise de décision.

La question du financement de la construction durable au coeur des débats de Cities to Be

C’est pour réfléchir à cette question clé du financement des transitions dont notre secteur et plus largement dont le monde a besoin, que nous avons choisi de consacrer un plénière spécifique le vendredi 13 Septembre prochain lors de notre congrès CitiestoBe 2019, et nous l'avons intitulée "Money - Money - Money ! Pour que les projets ne s'arrêtent pas faute de financement".

Laurent Rossez,

Président de NOVABUILD

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