Pause estivale : on fait le bilan (carbone) ? | L'éditorial de Laurent Rossez

Publié le

03/07/2019

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La pause estivale se profile à l’horizon après une année riche en événements, actions diverses, et idées nouvelles. Pris au quotidien dans un tourbillon d’activités, nous avons rarement le temps de nous poser. Or plus que jamais, nous devons d'une part continuer à insuffler dans nos actes toujours plus de sens, tout en observant de manière très pragmatique les leviers vraiment efficaces sur lesquels agir vite.

Nous n’arrivons pas à atteindre la trajectoire carbone

En effet l'approche E+C-, certes très vertueuse, est déjà presque derrière nous malheureusement car depuis son démarrage en 2016, aucun des indicateurs qui mesurent les atteintes à l'environnement n'a baissé à commencer par les émissions de dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d'azote. Et je vais dire un peu sèchement : nous n'en sommes donc plus là.

La prise de conscience est massive avec ces records de chaleur absolus battus un peu partout dans l'Hexagone la semaine dernière, alors que les citoyens n'ont perçu ici qu'une infime partie émergée de l'iceberg des dérèglements engagés.

Il y a localement des amélioration lorsque des pays comme la Norvège jouissent par exemple d'un potentiel hydroélectrique élevé, mais au global - même en France - nous vivons une dérive toujours marquée par rapport aux objectifs politiques affichés.

Les courbes visées par la trajectoire carbone et qui initient le lancement de E+C- sont désormais caduques.

On n'y arrive pas.

la croissance verte est un miroir aux alouettes 

La notion de croissance verte est - dans le contexte actuel - un miroir aux alouettes, c'est structurel et mathématique!

L'énergie est le paramètre premier à laquelle aujourd'hui toute croissance est corrélée.

La réalité est que les 1% d'augmentation annuelle de la population "aspire" globalement à 2% de plus d'énergie par an. Faites le calcul, il y a cette fonction désormais sur nos calculettes de smartphone plus puissantes que nos premières "Texas Instrument". Cela donne en 10ans, soit à la puissance 10 : (1,01X1,02)^10 = 1,35 c'est à dire +35% d'appel d'énergie en plus; en 20 ans c'est +81%, presque le double !

On a donc beau développer de plus en plus les EnR, elles ne peuvent couvrir cet appel structurel en énergie. Et le monde dans l'ensemble extrait alors toujours plus de ressources fossiles, même non conventionnelles, qui émettent toujours plus de G.E.S.. Regardez par exemple la part mondiale de l'électricité fossile, c'est 75%, elle ne cesse d'augmenter. Et je ne parle pas de la montée en puissance des transports liés au échanges mondiaux ou du tourisme qui carburent quasiment tous aux hydrocarbures.

Alors oui, il faut être exemplaires - notamment en Europe, en France - sur nos réductions d'impacts et émissions en matière de construction : ce que nous ne faisons pas encore parfaitement et que E+C- peut inciter plus.

Mais le problème reste planétaire et systémique, et peu de gens ont encore une approche systémique.

La nécessaire approche systémique pour chercher l'adaptation

La période caniculaire récente a remis au cœur des débats la question du dérèglement climatique, pour combien de temps ? Une actualité en chasse une autre.

Nous avons entendu la prise de conscience recemment exprimée au plus haut sommet de l'état sur la nécessité d'adapter nos villes, notre urbanisme, notre architecture, nos réseaux, nos mobilités, nos modes constructifs. Et nous sommes attentifs au futur cadre politique qui devrait en découler en vue d’améliorer les dispositifs d’adaptation aux changements climatiques.

Car il faut penser les aménagements autrement. L'échelle est macro, même si chaque bâtiment a son rôle. Il faut rechercher la résilience, l'inertie, la protection vis-à-vis de la radiation solaire, la subsistance vis-à-vis des événements climatiques extrêmes et également des ruptures de flux ou d'alimentations prévisibles (énergie, donc alimentation et aussi eau potable).

Se forger une pensée pour accélérer le passage à l’action

A notre niveau il faut nous appuyer sur cet épisode de canicule qui a mis à rude épreuve nos organismes et nos ouvrages, pour organiser notre pensée sur la meilleure façon d’agir. Il faut rompre avec le "business as usual" et que nos réalisations contribuent à atténuer l’emballement climatique. Et en même temps il faut aller vers « l’adaptation » afin que nous ne rendions pas la ville invivable dans les années à venir. De nombreux articles, livres, videos, sont parues sur le sujet. Cet ensemble permet de commencer à se forger une pensée, pour agir dès aujourd’hui. Pour notre part, avec le Bureau de Novabuild, nous enclenchons cette réflexion dans les prochains jours avec sans aucun doute plus de questions que de réponses dans un premier temps.

Le Congrès CitiestoBe des 12 et 13 septembre à Angers viendra alors à point nommé pour poursuivre la réflexion et commencer à bâtir, chacun à notre niveau, un plan d’action correctif, car définitivement nous ne pouvons plus continuer comme si de rien n’était. Alors, oui, je vous souhaite un bel été pour faire le bilan (carbone ?) avant de nous retrouver tous, je l'espère en pleine forme, à CitiesToBe !

Bon ressourcement à tous.

Laurent Rossez,

Président de Novabuild

 

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