Il y a 8 ans, il y a un siècle

Publié le

27/08/2020

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Changement de braquet à l’heure de l’été indien…

Nous ne pouvons plus agir dans la demi-mesure

Un lundi de reprise de Septembre 2012, je vous écrivais pour la première fois quelques lignes dédiées à la newsletter de NOVABUILD. Et je me souviens, je me souviens très bien de ce que j’ai écris ce matin-là, il y a 8 ans, il y a un siècle. Une éternité, quand je relativise ces propos avec l’accélération des événements et des dérèglements auxquels nous devons faire face.

L’idée de fond était de placer le mandat sous le signe de l’Innovation. J’avais réuni le Bureau de l’association avec ses sept Vice-présidents représentatifs de chacun des points forts de la profession. Je vous exposais l’objectif premier de NOVABUILD : « rassembler et renforcer économiquement les acteurs de la construction des Pays de la Loire pour leur permettre d’aborder ensemble, et dans les meilleures conditions, la mutation vers l’écoconstruction ». Et nous avions fixé 4 priorités : l’appui à l’innovation, la recherche permanente de réalisations probantes des acteurs de la construction, l'implication du plus grand nombre et des actions décloisonnées pour une meilleure efficacité de nos ouvrages face aux attentes des utilisateurs.

Le programme était pertinent, de circonstance, et son application a suscité l’adhésion de nombreux membres de NOVABUILD, nous sommes passés dans cette période de 100 à presque 400 adhérents, mais qui aurait pu imaginer à cette époque à quel point nos priorités allaient devoir changer en profondeur et très vite ?

Car, en dehors de la pandémie Covid que nos sociétés modernes ont provoqué par ses atteintes sans limites au monde du vivant et peinent à juguler, sans faire de listing trop long et angoissant des événements observés récemment, nous laissons derrière nous ce 22 août le jour du « dépassement de la Terre » avec seulement 3 semaines de mieux par rapport aux années précédentes. Ceci, non sans avoir constaté durant l’été : l’effondrement des glaciers alpins, de nouveaux incendies catastrophiques en Amazonie et en Californie qui enregistrait le 16 août un record absolu de température à 54,4 °C, après que la France a elle-même dû faire face à une vague de chaleur début août classée parmi les plus sévères canicules de son histoire…

De plus en plus marqués par l’urgence climatique, nous avions donc besoin d’une autre stratégie, d’autres leviers, de fixer nos nouvelles priorités.

Car aujourd’hui, la création de richesse dans nos entreprises est conditionnée à une nécessaire décroissance de la détérioration de la planète. C’est pour cela que nous avons collectivement engagé en Conseil d’Administration le 23 janvier dernier une nouvelle feuille de route pour 2020-2022 élaborée en ateliers participatifs l’année passée, et qui faisait suite à #CitiestoBe 2019 où nous avons donné la priorité à la question climatique.

La question de la crise climatique doit rester centrale

Sains de corps mais pas d’esprit ?

Je ne nie pas les difficultés sanitaires auxquelles nous devons actuellement faire face mais la façon dont nos sociétés réagissent questionne sérieusement les risques que nous sommes prêts à accepter en fonction de leur degré d’immédiateté et de leur échéance court ou moyen terme. Car soyons conscients que les conséquences létales de la crise climatique sont déjà aussi manifestement présentes dans le monde que les conséquences de la crise sanitaire. Or cette dernière est devenue obsessionnelle et centrale.

Depuis 1990, le Baromètre IRSN sur la perception des risques et de la sécurité par les Français enregistre chaque année les mouvements de l’opinion sur les situations à risque et les préoccupations environnementales, sociales et économiques. L’enquête de fin 2019, avant le début de la pandémie de la Covid-19 indiquait les priorités des préoccupations avec en tête, à 20 %, le risque de « grande pauvreté et d’exclusion de la société » et immédiatement ensuite une préoccupation croissante, avec 17 %, vis-à-vis du « dérèglement climatique » ; venant ensuite les risques liés à « l’instabilité géopolitique mondiale ».

Le risque actuel est que les efforts pour maintenir sous perfusion nos économies vont juguler toute forme d’investissements vers les nouveaux modes de développement dont la planète aurait cruellement besoin. Car aucune transition environnementale digne de ce nom et à la hauteur des enjeux ne pourra s’opérer si nos sociétés érigent comme nouvelle religion l’éradication de toute nouvelle forme de danger sanitaire.

Le comble dans l’histoire, c’est que si nous repoussons les échéances d’une vraie transformation de nos modèles économiques, sociaux et éducatifs dans l’objectif prioritaire de se prémunir d’un virus récalcitrant, à court terme nous recréons les conditions d’apparition et de déploiement de nouvelles formes de maladies qui passent allègrement des modes enzootiques-sylvatiques affectant très rarement l’homme à des modes endémiques-urbains installés dans nos sociétés modernes.

À force de mettre à mal nos organisations socio-économiques, en freinant tout, nous risquons de dissoudre nos forces de rebond et nos énergies de transformation dans des licenciements et dépôts de bilan massifs, engendrant au final la manifestation du premier risque craint par tout à chacun : la précarité et l’exclusion de la société. De même, si les regroupements pour inventer ensemble deviennent suspects, si les rencontres intra-entreprises, associatives, scientifiques ou culturelles sont considérées comme trop risquées, quel avenir pour l’intelligence collective ?

C’est une chimère que de vouloir protéger le corps humain à tout prix et d’y sacrifier à n’importe quel prix notre corps social. Car le retour de bâton ne sera que plus violent sur nos sociétés.

Prendre à bras le corps la nouvelle feuille de route

Partager la vision lors de notre AG du 4 septembre prochain

Face à ces constats, notre secteur de la construction, de l'immobilier et de l'aménagement doit continuer à donner de l’espoir et permettre à nos professions de trouver un nouveau souffle, un nouvel imaginaire et renforcer les convictions dans nos choix alors que tout est désormais incertain.

Pour nous, s’il y a bien une guerre à mener, c’est contre le dérèglement climatique et ses conséquences. Ainsi, rien ne doit nous faire faiblir dans cette stratégie de filière visant la coopération entre acteurs engagés pour mettre en œuvre les « solutions climat d’avenir » réellement utiles. Elles consistent en premier lieu à réduire de 7 % par an sur les 3 prochaines décennies les émissions GES du secteur. C’est le marqueur clé, et compte tenu de son caractère vital, cela devrait presque devenir un marqueur unique. En tous cas, à NOVABUILD crise sanitaire ou pas, nous resterons un peu obsessionnels sur cette question. NOVABUILD doit contribuer à faire entrer la construction dans « l'ère des 5 R » intégrant notamment les principes de l'économie circulaire, à savoir : Renoncer, Réduire, Réutiliser, Rénover, Recycler. Telle est notre feuille de route 2020-2022. Rien ne doit nous en détourner. Pour ne pas que cela reste un vœux pieu, de nouveaux processus globaux et complexes restent à inventer et il y a du pain sur la planche à dessin !

Concernant les actions collectives, c’est dans cet esprit que nous avons commencé à réfléchir avec nos amis de l'Alliance HQE-GBC, à une 2e édition du Congrès international #CitiesToBe à Angers. Nous devrons notamment y mettre en exergue encore plus qu’hier, toutes les « solutions climat » mises en œuvre, partout où elles existent de par le monde. Nous espérons par exemple pouvoir faire des premiers retours à cette occasion de la démarche exposée et défendue lors de la dernière édition du Congrès par Marika Frenette, Vice-Présidente de NOVABUILD, à savoir : « la non construction », alias « ici on n’a pas détruit avant de construire ». Le Congrès #CitiesToBe est en effet pour nous une façon concrète de coopérer, identifier, vulgariser, massifier, promouvoir, inspirer, entraîner voire même explorer sur tout ce qui a fait ses preuves en matière de progrès dans l’art de construire de manière réellement inclusive et résiliente.

Concernant les actions collaboratives avec nos groupes de travail, je tiens particulièrement à remercier ici la centaine d’adhérents qui ont participé à l’élaboration du document en ligne : « Contribution de NOVABUILD pour une reprise décarbonée et résiliente de la construction ». Cette réflexion collective est basée sur nos 3 priorités pour un plan de relance salvateur : un niveau minimum BBC pour tous les ouvrages en rénovation, le niveau passif pour chaque ouvrage neuf financé en partie sur fonds publics et la division par deux des émissions de Gaz à Effets de Serre de la filière en 10 ans. Le résultat est riche de nombreuses propositions très intéressantes et nous allons désormais soumettre le dossier au Conseil régional des Pays de la Loire, et au-delà, aux pouvoirs publics.

Concernant enfin nos actions d’accompagnement ciblées, reposant sur les savoir-faire de l’équipe de NOVABUILD, je souhaite aussi mettre en avant un travail en gestation, que je nomme amicalement « le Carbone pour les Nuls ». Cette initiative d’animation de NOVABUILD commune avec les Dirigeants Responsables de l’Ouest (DRO) est pleinement raccord avec notre feuille de route et doit permettre d’enclencher les premières réflexions et orientations des maîtres d’ouvrages et aménageurs, surtout quand ils sont novices dans la gestion d’un projet immobilier. Il s’agit, avec cette primo-discussion de vulgariser, et de rendre possible leurs actions bas-Carbone et résilientes. À charge ensuite aux professionnels et spécialistes de la question Carbone de prendre la suite pour entrer concrètement et précisément dans les projets avec des simulations et des données chiffrées adaptées au projet.

Voilà en quelques lignes où en est NOVABUILD. Notre association, je n’ose plus dire "notre Cluster"…,  est, j’en suis persuadé, plus que jamais nécessaire face à la crise économique à venir, et les autres effets de la crise climatique qui ne tarderont pas à arriver.

Je vous transmets donc toute mon énergie pour affronter les semaines à venir encore polluées par la Covid-19 et plus encore par ses effets délétères sur nos Entreprises. J’espère retrouver le plus grand nombre d’entre vous, dans le respect de la jauge que nous avons convenue, dans un lieu emblématique de la rénovation du patrimoine industriel, au Little Atlantique Brewery - LAB à NANTES, pour notre traditionnelle rencontre annuelle du 4 septembre prochain.

Bien chaleureusement à toutes et à tous,

Laurent Rossez, Président de NOVABUILD



 

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