Edito de Laurent_Rossez_Novabuild

Editorial de Laurent ROSSEZ | Inventons les métiers de demain

Publié le

05/04/2018

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Inventons les métiers de demain avec les forces vives via un nouveau contrat social dans nos entreprises

Sommes nous en risque face à l’innovation provenant de nouveaux entrants ? Comme chaque année les chiffres implacables de l’INPI, institut national de la protection intellectuelle, sont tombés pour 2017 : le secteur de la construction - regroupant le bâtiment y compris menuiseries-quincaillerie, les ponts et routes, les voies ferrées, la gestion des eaux - reste un des parents pauvres de l’innovation en France avec 7% de la contribution nationale à la recherche et au dépôt de brevets. A noter aussi que sur les 1 050 brevets concernés, sur un total national de 15 000, plus de la moitié sont déposés par 10 grands acteurs de notre secteur.

Cela doit être une source de questionnements quand on sait par ailleurs que bon nombre d’entreprises à priori extérieures à notre secteur, comme celles de l’automobile, l’énergie ou l’informatique, déposent de plus en plus de brevets dans celui de la construction.

Et il semble nécessaire et urgent de réagir chacun à son niveau mais aussi collectivement lorsque l’on constate que suite à ces innovations, il y a de récents nouveaux entrants qui viennent désormais proposer des produits ou services « à notre place » faute d’une anticipation suffisante de notre part.

Pour ne citer que quelques-uns de ces nouveaux entrants, parlons des startups qui fournissent des produits ou services innovants, technologiques ou non, sur les marchés immobiliers et que l’on nomme aujourd’hui « PropTechs ». Qui en avait entendu parler il y a 2 ans ? Pourtant il y a de plus en plus d’acteurs récents qui au-delà de l’immobilier pur (la PropTech), proposent des nouvelles offres sur les métiers émergents autour des villes et bâtiments intelligents, de l’économie collaborative mais aussi la partie construction (ConTech) et la finance (FinTech).

Les transformations sont aussi rapides que leur adoption par les marchés

Il y a 5 ans nous vivions l’introduction sur les marchés du BIM - passé depuis du 3D au 8D -  ainsi que l’arrivée de la réalité virtuelle et des impressions 3D qui remettaient ponctuellement en cause nos moyens de production.

Aujourd’hui les vagues de transformations qui arrivent via le big data ou liées au marketing digital et aux plateformes d’intermédiation sont vraisemblablement plus puissantes car de nature à modifier notre relation client et l’accès à nos propres marchés.

Il est évident que des nouveaux bénéfices vont être délivrés aux particuliers, aux propriétaires ou encore aux collectivités, en permettant notamment grâce à des gestions numériques efficientes de créer plus de valeur que celles offertes jusque-là.

Les acteurs qui proposeront par exemple demain une gestion optimum -  en fonction des temps journaliers, hebdomadaires ou mensuels – d’espaces restant ponctuellement inoccupés, apporteront des solutions tellement rentables, qu’ils pourront transformer nos sociétés en de simple « faire-valoir » sur nos propres marchés actuels dont ils auront les clés.

L’optimisation des usages dans des lieux momentanément vacants comme les bureaux, les établissements recevant du public, les parkings ou encore les zones de logistique est un vecteur puissant de transformation de notre accès à la commande.

Et il y a bien d’autres nouveaux services disruptifs de type « matching », de mise en relation, ou encore d’aide à la transaction et à la location qui vont apparaître pour être rapidement adoptés.

Face à ces changements annoncés, comment pouvons-nous agir ?

Nous devons tous entamer notre propre réinvention et conduire les changements nécessaires dans nos entreprises pour s’adapter aux transformations de la nouvelle économie à l’œuvre.

NOVABUILD,  réseau solide et solidaire que nous constituons, est là pour sensibiliser, susciter l’intérêt pour l’innovation, traiter les résistances en donnant accès à chacun de nos membres aux retours d’expériences instructifs et aux processus de créativité qui fonctionnent. Notre rôle de catalyseur des changements, d’aide au passage à l’action doit aussi être complété par la prospective et l’analyse stratégique régulières que nous essayons de mettre à votre disposition (conférences à thèmes, monographies, bulletins de veille, éditoriaux,…)

Au-delà de cet accompagnement au changement, notre secteur va devoir s’ouvrir davantage à de nouveaux partenariats transverses, tout en intégrant en parallèle des compétences complémentaires et nouvelles par rapport à celles historiquement recrutées dans le BTP.

Car notre relative panne d’inventivité a non seulement pour conséquences un faible niveau d’innovations mais bien pire encore : elle provoque un relatif désintérêt de notre secteur aux yeux des générations Y et Z qui ne se reconnaissent pas dans ce cadre relativement conservateur que nous leur proposons.

Dans cette période de forte activité certains d’entre nous retrouvent déjà les problématiques de recrutement des années 2000, faute notamment, à un manque de vocations pour nos métiers jugés insuffisamment innovants et en mesure de combler les aspirations pour d’autres formes de projets ou d’organisations d’entreprise. Pourtant il va falloir réussir à intégrer de nouvelles compétences et des profils à haut potentiel pour contribuer à l’adaptation et à la réinvention de nos propres business modèles qui risqueraient sinon demain de tomber en désuétude.

N’ignorons pas les nouveaux modeles RH qui font déjà leurs preuves ailleurs

Tous comme dans les autres secteurs de l’économie, pour avoir une chance de réussir nos nécessaires évolutions dans une économie globale en pleine transition, il nous faudra alors nécessairement proposer de nouveaux modèles RH.

Nous avons besoin, tout comme dans l’industrie ou le tertiaire, de nouvelles postures, de l’esprit conquérant des startups ; mais ce n’est pas en changeant simplement la décoration des espaces détente et à l’aide de quelques séances de « design thinking » que nous ferons concrètement évoluer les mentalités de nos équipes et les offres qui en ressortent.

Pour cela, nous pouvons essayer d’intégrer des pépites technologiques par croissance externe ou encore d’incuber des jeunes pousses prometteuses, mais cette stratégie a un coût important et restera une greffe susceptible de rejets internes. S’offrir les services d’intervenants extérieurs pour contribuer à repenser nos modèles ne peut constituer que des interventions ponctuelles qu’il faudra généralement renouveler souvent et à large frais.

En s’inspirant des exemples récents de certains leaders dans l’industrie, il apparaît alors que le moyen le plus pérenne pour contribuer à réinventer ses propres offres efficacement consiste à s’appuyer sur ses propres équipes. Il est question ici de libérer le potentiel créatif grâce à la formation. Et aussi d’accorder des plages de temps pris sur les horaires de travail pour permettre de s’ouvrir, via un projet plus personnel, aux nécessaires évolutions de postures. Cela permet à chacun de réfléchir ainsi de façon plus autonome à sa propre contribution aux impératifs changements à impulser.

Il faut alors une nouvelle forme de coopération et accompagner la création de départements internes fonctionnant en « mode startup ». Pour cela il est nécessaire d’inventer et proposer un nouveau statut salarié qui devra favoriser des formes inédites d’intraprenariats gagnant-gagnant. Cela revient à libérer le formidable potentiel créatif au sein des entreprises du BTP en favorisant le développement de projets personnels en lien avec les problématiques de nos différents métiers. Ces projets seront portés par un nouveau type d’« employés - entrepreneurs » accompagnés et encouragés à sortir du cadre.

Il nous faudra faire évoluer dans ce sens nos règles de partage de la création de valeur pour espérer que nos entreprises profitent, comme dans d’autres secteurs, des vents porteurs de l’économie en pleine mutation.

C’est à ce prix que le BTP s’adaptera et sera en mesure de rester maître de son destin car en phase avec les aspirations et les rêves d’idéaux de donneurs d’ordre toujours plus exigeants.

Laurent Rossez, Président de Novabuild

Avril 2018

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