Editorial de Laurent Rossez | Choisir le test de Charpy* plutôt que le monde en charpie

Publié le

06/02/2019

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EPROUVONS NOS CHOIX AU TEST DE CHARPY* PLUTOT QUE DE SE RESIGNER A LAISSER PARTIR LE MONDE EN CHARPIE !

C’est depuis 1992 que les instances internationales de la physique ont unifié la Norme ISO 148-1 permettant d’éprouver la capacité d'un matériau subissant des déformations à absorber de l'énergie sans rompre, c’est-à-dire la fameuse « résilience » (Joule/m²). Et depuis cette date, ce sont les essais de flexion par choc sur éprouvettes « Charpy* » qui régissent cette mesure fondamentale permettant, par exemple, de valider la résistance de l’acier des ouvrages d’Art soumis à de fortes variations de températures.

C’est aussi depuis 1992, au sommet de la terre de Rio, que les instances internationales - 195 états - ont signé la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) reconnaissant officiellement et pour la première fois les causes anthropiques du changement climatique. A cette date déjà, était établie la nécessité d’agir pour en minimiser les effets sur les générations futures. Ce sur quoi nos sociétés ont manifestement échoué, puisque depuis, les émissions de dioxyde de carbone (combustible fossile et industriel) ont augmenté au niveau mondial de 60 % selon les données du Global Carbon Project.

Aujourd’hui l’alerte est sonnée sur la faible résilience de nos organisations et plus largement du monde à absorber cet inéluctable réchauffement sans rompre. Et à ce rythme, la question est alors posée, si j’ose dire, de voir ou non la planète « partir en charpie » !

S’ATTAQUER A LA NOTION DU DENI POUR LEVER LES FREINS DU PASSAGE A L’ACTION

Il est absolument indispensable d’intégrer les risques désormais connus pour aménager les métropoles et concevoir des projets suffisamment résilients en vue de leur transmission à la génération suivante. D’où la notion d’« urbanisme prédictif » que nous avons d’ores et déjà  choisi de développer parmi les thèmes de notre futur congrès #CitiesToBe à Angers les 12&13 septembre 2019.

Cependant dans beaucoup de projets court-termistes, il y a encore trop peu de place laissée à la prise en compte de la dégradation prévisible des écosystèmes qui devrait pourtant largement induire une conception préventive. Comme si les risques n’étaient pas là, comme si les catastrophes déjà visibles dans d’autres pays plus lointains, ne nous concernaient pas.

C’est comme si notre passage à l’action pour de multiples bonnes raisons, était tous les jours reporté au lendemain. Nous pratiquons tous une forme de déni assez naturelle. Il s’agit d’un mécanisme psychologique d’autodéfense assez bien documenté, qui nous évite de vaciller, de sombrer collectivement dans l’angoisse permanente ou la dépression.

Le « collapse », un possible effondrement généralisé de nos sociétés dans leur organisation actuelle est une notion terriblement anxiogène, peut-être la plus anxiogène que nous ayons à vivre. Il est de ce fait normal de chercher à se prémunir de ces peurs les plus profondes, les plus viscérales qu’elle provoque.

La contrepartie de ce déni est une somme de raisons inconscientes qui retardent le passage à l’action en vue de changer de cap vers une modèle économique moins dispendieux, plus sobre, plus vertueux et ne vivant plus comme actuellement à crédit envers la nature. Ce raisonnement vaut pour tous les secteurs, mais le nôtre est particulièrement concerné, du fait que nous représentons plus de 30% des gaz à effets de serre, plus de 40% de la consommation énergétique, la grande majorité des déchets, et l’un des plus grands consommateurs de matériaux non renouvelables. De quoi donner le vertige !

ET POURTANT « NOUS SAVONS … »

Nous savons aujourd’hui qu’il faut absolument limiter l’étalement urbain, en réhabilitant par exemple plus le parc qui existe déjà. Pour autant, le grignotage des terres agraires fait encore disparaître l’équivalent d’un département français tous les 7 ans.

Nous savons que la ville doit se prémunir des îlots de chaleur pour limiter demain les risques de décès par canicule, mais l’évolution climatique n’est pas une notion impérative à intégrer lors du dépôt de permis de construire.

Nous savons que certaines zones littorales urbanisées devraient anticiper la montée des eaux et déjà être conçues sur pilotis, mais les niveaux prédictifs des hydrogéologues ne font pas partie des hypothèses prises en compte.

Nous savons que la plupart des quartiers devraient prévoir plus d’autonomie en termes d’approvisionnements de première nécessité (eau, nourriture, médicaments), mais les dispositifs de limitation des risques de rupture de flux, ou la recherche de plus d’auto-suffisance ne font pas encore partie des règlements d’urbanisme.

LA RESILIENCE URBAINE PASSERA PAR LA RESILIENCE DE L’ETRE HUMAIN

La notion de résilience s’applique aussi à la psychologie humaine, elle décrit la capacité à faire face à un traumatisme en en sortant grandi malgré l’importante de la crise subie.

Nous ressentons tous le sentiment d’impuissance face aux dangers inéluctables qui sont devant nous et sur lesquels nous avons individuellement que trop peu de prise ou d’impact. C’est pourquoi la résilience au sens psychologique apporte le sentiment d’être mieux préparés pour avoir des chances de rebondir en cas de choc.

La résilience urbaine se joue aussi là, dans nos têtes, en admettant dès maintenant et sans hésitation que nous allons fatalement vers des difficultés majeures et qu’il vaut mieux se préparer aux épreuves, se mettre en mouvement vers une construction à impacts positifs, si on veut pouvoir demain « continuer à mener une existence digne d’être vécue ».

Si nous souhaitons alors obtenir des résultats en matière d’écoconstruction, de durabilité, de préservation environnementale, nous devons en 2019 passer concrètement à l’action, car elle précède tout résultat.

L’échec momentané, ou l’imprévu pourront survenir, mais la résilience mentale nous enseigne qu’ils font partie du chemin à emprunter. L’action reste une prise de risque, une sortie de zone de confort, mais décomposée en somme de différentes étapes accessibles, la motivation puis la réussite seront là, j’en suis persuadé.

Le Congrès Mondial de la ville durable #CitiesToBe à Angers en septembre prochain est le cadre idéal pour concrétiser ce passage à l’action. Ce sera ainsi, je l’espère, le rendez-vous de nos professions avec sa raison d’être, donner à chacun les possibilités d’une vie harmonieuse et durable.

Laurent ROSSEZ,

Président de NOVABUILD

(2) Commentaires

Bonjour Parfait jm Merci d'écrire ce que je pense . Je serai présent aux Cities to be. Courage
Allons-y !! Il est évident que la mentalité de chacun se prépare avant l'action cumulée de chaque petit colibri.

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