Edito de Laurent ROSSEZ | Une forme de désobéissance professionnelle salvatrice

Publié le

03/10/2019

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#CitiestoBe, les lignes ont bougé !

Nous avions comme ambition avec #CitiestoBe de contribuer à une prise de conscience afin d’agir vite pour le climat, pour la planète, en favorisant l’émergence d’une dynamique collective capable de faire bouger les lignes. Il est trop tôt pour en mesurer tous les résultats, mais il est certain par contre que les lignes ont bougé.

Plusieurs constats très factuels sont désormais dans tous les esprits :

  • Notre secteur est une bonne partie du problème, donc aussi une grande part des solutions. Il est à l’heure actuelle en retard par rapport aux objectifs français de réduction des émissions de G.E.S. (23% de dépassements en 2017 par rapport aux objectifs de la COP 21).
  • La fenêtre de tir pour agir et inverser la trajectoire dramatique sur laquelle le monde est engagé est de 10 ans.
  • Le développement durable, l’atténuation des impacts sont impératifs, mais compte tenu de la bombe climatique à retardement déjà envoyée dans l’atmosphère, il faut dès maintenant y adjoindre l’adaptation.
  • Il faut désormais mieux prévoir et intégrer les effets des dérèglement climatiques prévisibles et déjà engagés pour garantir une meilleure résilience à nos territoires, nos villes, nos schémas d’urbanisme, nos architectures.
  • La précarité énergétique des populations les plus fragiles ou exposées est subie aujourd’hui également l’été du fait des îlots de chaleur sur un bâti mal isolé et ventilé.
 

Bref, il est acté aussi que, vu l’ampleur des problématiques liées à la préservation de l’environnement et de la biodiversité, un toilettage règlementaire ne suffit plus.

Il est nécessaire de provoquer un mouvement massif avec un engagement volontaire de chaque entreprise sur sa propre stratégie bas-carbone salutaire, pour qu’ensuite le pouvoir politique vienne l’amplifier dans un cadre juridique et financier adéquat.

Les ressorts pour venir à "la rescousse de la construction durable"

Pour y arriver, trois ressorts psychologiques peuvent nous y aider et venir à "la rescousse de la construction durable". Il s’agit :

  • De se fixer une trajectoire progressive et réaliste, avec des objectifs initialement humbles, atteignables et à rehausser au fur et à mesure des réussites.
  • D’éviter toute tonalité moralisante ou culpabilisante et de cultiver un état d'esprit positif voir ludique, comme à NOVABUILD, pour se donner l'envie de mettre en place rapidement des actions concrètes, résolues et capables d’améliorer rapidement nos modèles de façon visible ou quantifiable.
  • De garder une écoute très régulière de ce que la science nous dit, dans une forme de "répétition" assumée favorisant le passage à l'action vers une économie beaucoup plus respectueuse de l'environnement.
 

Au-delà, nous avons beaucoup de témoignages de congressistes venus à #CitiestoBe les 12 et 13 septembre derniers, qui nous disent avoir véritablement pris conscience lors de la première des plénières, des niveaux de risques environnementaux réellement atteints. Et par conséquent de l’impérieuse nécessité de contribuer à faire évoluer les statuts de leur propre société afin de tendre vers une transformation progressive mais profonde de ses modèles de production de valeur à l’échelle urbaine comme à celles de l’îlot ou du bâti.

Comme évoqué à la dernière des plénières consacrée aux questions de financement, les ambitions des entreprises ne peuvent plus se résumer au développement et à la performance économique, pour autant nécessaires mais insuffisante pour garantir la réussite dans la durée. Les sociétés ne peuvent plus être regardées uniquement avec le prisme du bilan économique et du compte de résultats. Les risques à moyen termes liés aux dérèglements climatiques vont de plus en plus devoir être intégrés dans la valeur des entreprises, les investisseurs l’ont bien compris.

Ainsi, devancer ces risques devant nous, les placer au premier rang des problématiques à traiter, revient à garantir sa longévité dans un monde fini où la croissance pure montre ses limites. En ce sens, chacun a bien compris qu’il s’agit de se donner une mission dans un monde de plus en plus chahuté, comme par exemple tendre vers des « projets à impacts positifs » avec des objectifs et des indicateurs de progrès environnementaux tenables et comparés d’une année sur l’autre.

Vers une forme de désobéissance professionnelle salvatrice

Plus personne ne peut plus nier que pour répondre aux besoins de la société sans dépasser les limites écologiques de notre planète, les acteurs de la construction, doivent effectuer un changement radical dans leur approche.

Alors si aucune de ces préoccupations ne figurent au plan stratégique ou au chapitre « politique générale » de sa propre entreprise, des questions se posent.

En effet, par exemple, si aujourd’hui dans notre secteur, rien n’est stipulé « au programme » en matière :

  • de préservation de l’environnement comme priorité dans les projets,
  • de décarbonisation et de sobriété énergétique,
  • de renaturation et préservation de la biodiversité,
  • de choix de l’alternative réhabilitation/extension avant la démolition/construction,
  • d’urbanisme circulaire et d’intensification de l’existant par l’usage plutôt que l’étalement,
  • et bien entendu d’adaptation face à tous les dérèglements dont le réchauffement et l’épuisement des ressources,
 

Alors, oui, des questions se posent de déroger aux règles de bienséance de son entreprise et de faire valoir l’intérêt général par tout moyen légal dans l’organisation afin d’influer vers des orientations stratégiques plus à même de garantir la pérennité.

En effet, ce n’est pas dans sa fiche de poste ou ses objectifs performanciels que l’on trouve aujourd’hui les consignes à adopter lorsque est perçu un péril moyen terme capable de faire vaciller l’entreprise. D’où l’intérêt d’une certaine manière de désobéir pour s’approprier durablement son propre sens au travail dans un état d’esprit bien intentionné envers son employeur, bien entendu. 

Il est question, par exemple, de favoriser une transformation plus rapide lorsque l’on a l’occasion de faire entendre sa voix. C’est ce que je nomme « une forme de désobéissance professionnelle salvatrice ». Cela signifie de ne plus suivre le mouvement général, le faux rythme, de ne pas se contenter d’ajustements à la marge, trop peu efficaces.

Mais au contraire, c’est aller chercher à faire beaucoup mieux - vraisemblablement avec beaucoup moins de prédation - ce qui revient à aider l’entreprise à faire les pas de côté bénéfiques pour elle-même. C’est en réalité une forme de désobéissance éthique en faveur des écosystèmes naturels et donc in fine en faveur de l’entreprise puisqu’elle repose dessus.

Donc, oui, il s’agit bien de "transgresser" ce qui se fait habituellement, sans "fragiliser", en insufflant progressivement d’autres façons d’aménager, construire, réhabiliter plus vertueuses. Et pourquoi pas aussi autoriser l’exercice du « droit de retrait » lorsqu’un projet serait jugé trop néfaste pour l’environnement et donc à terme et dans l’absolu également pour l’entreprise en soi.

On pourrait même parler de « désobéi-SENS », au sens de l’engagement collaborateur, l’intrapreneuriat et l’innovation collaborative favorable à l’entreprise dont le « business model » actuel serait sérieusement questionné par les évolutions inéluctables détectées.

La RE 2020 nécessaire mais plus suffisante

La France doit rester pionnière en Europe sur sa réglementation. Au-delà des primo expériences, nos projets doivent rapidement s'inscrire dans le cadre de la future réglementation environnementale du bâtiment RE 2020 prévue pour janvier prochain.

Car tout comme la RT a permis de diviser par 5 les consommations énergétiques des bâtiments neufs en quelques dizaines d'années, la RE va contribuer à la prise de conscience et l'émergence de solutions vers une diminution des émissions de gaz à effet de serre de la construction.

Rappelons que la Stratégie Nationale Bas-Carbone SNBC révisée fin 2018 envisage la neutralité carbone en 2050, c'est à dire de ne plus émettre à cet horizon plus de G.E.S. que notre territoire peut en absorber via notamment son biotope, ses forêts ou les sols.

À ce titre, les émissions de la France ont enfin diminué de - 4,2% l'an dernier par rapport à 2017 avec -19,3 MtCO2eq après 2 années de hausse successives depuis 2015.

Cet ordre de grandeur est comparable avec la baisse projetée dans le scénario de la SNBC mais soyons lucides, les analystes mettent en avant une baisse plus conjoncturelle que structurelle avec un hiver 2018 particulièrement doux.

Surtout depuis son gel en réponse au mouvement des gilets jaunes, l'absence d'une véritable « taxe carbone » - assumée et acceptée grâce à des efforts équitablement répartis et des mesures de compensation envers les plus vulnérables -, rend peu crédible la Stratégie Nationale Bas-Carbone du fait du caractère très structurant du prix du carbone pour atteindre les objectifs de neutralité visés.

E+ : aller plus vite sur l'aspect énergétique des bâtiments

La France ne rénove actuellement que 350.000 logements par an alors qu'elle s'était fixé l'objectif de 500.000 dès 2017.

Via notamment le Service d’Accompagnement pour la Rénovation Energétique (SARE), nos 2 Ministres, Emmanuelle Wargon et Julien Denormandie, présents à #CitiesToBe ont montré leur détermination concernant le déploiement du service public de l'efficacité énergétique pour éradiquer les passoires thermiques d'ici 2030 ; sachant par exemple que 50% des logements loués en France sont encore très énergivores car classés F ou G dans le diagnostic de performance.

Or, sur 36 Millions de logements du pays, seulement 14%, sont classées dans les catégories les plus performantes, A, B ou C et encore plus de la moitié, soit 53%, ont une consommation d’énergie pour le chauffage et l’eau chaude comprise entre 150 et 330 kWhep/m2/an.

Faîtes le calcul, pour rénover énergétiquement ce parc vétuste au rythme actuel, il faudrait plus de 50 ans et attendre 2057, soit 38ans, au rythme espéré de 500 000 u / an, rythme que l’on n’a jamais atteint !

Nous n'avons plus ce délais pour inverser la courbe néfaste du climat. Et il faut oser des mesures plus contraignantes pour massifier plus vite, je pense par exemple à l’idée de consigner chez le notaire au moment de la transaction, 5%, voire 10% du produit de la vente d'un logement mal isolé. Cette somme serait débloquée en cas de réalisation des travaux de rénovation énergétique, de façon de rendre la rénovation voulue et non subie.

Il a été largement débattu aussi à #CitiesToBe des effets négatifs des canicules récentes sur le consumérisme déraisonné envers l’installation systématique de climatiseurs partout dans le tertiaire comme dans le logement.

Source d’émission de GES en fonctionnement et lors de leur recyclage, les climatiseurs contribuent également à augmenter les îlots de chaleur urbains et fragilisent le réseau électrique. Une pointe de consommation estivale a été atteinte le 27 juin dernier avec 59,4 Gigawatts à comparer au maximum de 83 GW atteint l’hiver dernier en janvier.

Ce 1er octobre entre en vigueur le dispositif de réduction de consommation d'énergie dans le tertiaire visant un niveau de consommation d'énergie finale réduit de 40 % d'ici à 2030, 50 % d'ici à 2040 et 60 % d'ici à 2050.

La lutte contre la dérive du « tout climatiseur » est plus qu’urgente, c’est une question de santé publique, et elle pourrait devenir une question de sécurité, car notre parc nucléaire refroidit très mal en période de canicule du fait des fleuves trop chauds. Elle a été posée à #CitiesToBe.

Enfin comment ne pas évoquer la nécessité d’un « plan Marshall » de la rénovation thermique envers les établissements scolaires qui parfois ne disposent d’aucun dispositif bioclimatique de protection des rayonnements solaires provoquant des conditions d’enseignement indignes en période chaude, jusqu’à nécessiter l’abrogation ou le report des examens comme on l’a connu cet été, et qui devrait se renouveler régulièrement.

Oser aller plus loin sur le volet carbone de la construction

Pour que la RE 2020 soit cohérente avec la SNBC, 100% des constructions neuves doivent être C2 dès 2030. À ce titre, les seuils carbone envisagés dans E+/C- doivent donc être très ambitieux.

Si la RE 2020 ne contraint pas l’empreinte carbone de la construction neuve au bon niveau dès le départ et à la source c’est-à-dire au moment de sa conception, c’est encore plus de dérive à l’arrivée car au-delà de la phase chantier, l’impact carbone sur la phase d’exploitation embarque ses émissions sur 50 ans.

Enfin il y a un véritable paradoxe. Le seuil de performance reste actuellement fixé en énergie primaire, via le coefficient de conversion de l’électricité. Cela a pour conséquence dans le bâtiment de pénaliser l’électricité qui dans notre pays est relativement décarbonée. Il faut savoir ce que l’on veut et quelles sont nos priorités !

Et si la RE 2020 E+/C- était déjà dépassée ?

#CitiesToBe a permis d’acter définitivement qu’une double approche est nécessaire : à la fois l’atténuation de tout bord et le plus vite possible et, parallèlement, l’adaptation pour prendre en compte ce que l’on sait déjà et garantir des conditions de vie décentes demain dans les projets conçus aujourd’hui.

A ce titre la vaste opération accompagnée par NOVABUILD de renaturation de la friche industrielle de « Pirmil-les Isles » est remarquable. Elle s’adosse sur une nouvelle méthode de création de valeur collective amont et elle va prendre en compte dès la conception les projections réalistes sur les fortes variations des paramètres environnementaux et sociétaux des prochaines décennies.

En matière d’aménagement, nous sommes passés depuis la fin des années 1990 d’une primeur donnée à la prestance des projets, à leur écriture architecturale qui devaient en quelque sorte incarner la puissance ou la volonté du donneur d’ordre, à un souhait de plus en plus prononcé d’efficience des investissements dans une logique d’optimisation du rapport coût-performance.

Nous entrons avec le dérèglement climatique dans une nouvelle ère, consistant à réfléchir plus à la portée de ce que l’on va construire, sur les impacts immédiats et à venir, sur la capacité à évoluer, à s’adapter, à résister à ce qui va beaucoup évoluer et que l’on présage ou prévoit déjà.

On doit se projeter beaucoup plus dans l’avenir, de façon systémique, pour éviter d’embarquer demain avec les aménagements engagés plus de problèmes que de solutions.

Il manque un volet « Résilience » à la RE 2020

Je propose d’adjoindre aux 2 aspects E+ / C-, un 3ème volet R, comme « Résilience ».

Avec une évaluation sur un échelonnage allant de [A à J] permettant d’évaluer l’adaptabilité des projets face aux variations déjà connues des paramètres dimensionnants comme l’évolution des températures, la montée des eaux, la sécheresse, les risques incendies, les tassements de sols, les évènements climatiques extrêmes.

Cet indice R-ésilience serait évalué en 3 temps : en phase conception, réalisation et service. La cotation finale devrait donner accès à un accompagnement juridique et fiscal favorable, comme par exemple une modulation de la taxe foncière en fonction du niveau de performance Résilience atteint.

Prévoir la suite, évaluer les externalités négatives et positives de tout projet, intégrer de façon pragmatique et volontaire ces aspects qui concernent d’abord les générations futures qui les utiliseront est désormais incontournable.

Cela doit être intégré et soutenu par les pouvoirs publics, car c’est inscrit dans les fondements mêmes du développement durable.

Il faut concevoir la ville par les usages en creusant profondément la question du « à quoi cela va servir vraiment, qu’est-ce que cela va réellement amener de mieux aux gens ? », pour ensuite aller à l’aménagement des espaces publics, des quartiers, des bâtiments. Et non l’inverse comme autrefois.

C’est en ce sens aujourd’hui que NOVABUILD est consulté et essaye d’apporter tout son éclairage pour tendre vers un urbanisme vertueux de préservation et de restauration écologique.

En cela et aussi tenant compte de tout ce qui précède : il y a un avant et un après #CitiesToBe.

Les énergies pour passer à l’action sont concentrées et décidées à réellement bouger les lignes.

Laurent Rossez,
Président de NOVABUILD.

 

 

 

 

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