Édito de Laurent Rossez | Et si la sortie de la crise du Covid nous amenait à créer le « chantier solidaire et humain »

Publié le

07/05/2020

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Le chantier, pierre angulaire de nos professions

Brutalement stoppée mi-mars et initialement au cœur de toutes les polémiques, l’activité sur les chantiers reprend progressivement. Nous sommes passés en Pays de la Loire et en pratiquement 8 semaines d’une quasi-totalité des chantiers stoppés à une reprise progressive qui atteint environ les 50 % aujourd’hui en Pays de la Loire et qui s’améliore chaque jour.

Pour autant, après une telle crise, je crois que nous pouvons profiter de ce temps de pause, et de l’obligation qui nous est faite d’intégrer de nouvelles exigences sur les chantiers, pour éviter de remettre en place les schémas précédents qui ont montré toutes leurs limites.

Dans cet esprit, NOVABUILD propose de révéler, proposer, prototyper et initier au sein de notre secteur une série de « solutions climat » concrètes susceptibles d’apporter plus de résilience à nos entreprises.

Nous questionnions la semaine passée la nécessité pour les maîtres d’ouvrages et les maîtrises d’œuvre de se préoccuper, en plus du poids carbone, de l’origine des matériaux, de leur provenance géographique et des leurs modes de fabrication.

Concernant les bâtiments qui nous abritent, les questions de la qualité de vie, du bien-être et donc la santé doivent désormais être abordées dans un espace-temps élargi qui questionne à la fois :

  • le temps de l’avant, celui des choix de la matière,
  • le temps du chantier, celui de la réalisation
  • le temps de la vie des projets, avec leurs évolutions et demain leurs transformations.

Il est donc question cette semaine de questionner la pierre angulaire de nos professions, là où tout se concrétise, à savoir le chantier. Car les questions de santé ne peuvent plus être abordées uniquement au regard du projet fini et livré, quels que soient le nombre de labels qu’il obtient. La crise Covid-19 est venue nous le rappeler avec vigueur.

Lorsque l’on vise l’amélioration de la santé : l’espace et le temps sont reliés. Il n’y a pas de déconnexion entre ce que l’on met en œuvre sur un îlot urbain à un endroit donné et les différentes temporalités autour du projet : l’avant, le pendant et l’après.

État des lieux : haute implication de tous pour repartir

Les ingrédients qui favorisent la remise en route progressive des chantiers commencent à être cernés. Je vous propose de pointer les éléments qui facilitent ce redémarrage.

Ce qui compte avant tout, c’est une volonté sans faille de tous les acteurs. À ce titre, la motivation du maître d’ouvrage est essentielle, dans une posture facilitatrice, qui « donne les moyens et met de l’huile dans les rouages » en présentiel et non pas derrière un écran ou via une « conversation sous Teams ».

Vient immédiatement ensuite la nécessité d’une implication forte des maîtres d’œuvre qui doivent aussi quitter le mode « replis au logis », pour retourner sur les chantiers. La DET doit reprendre dans le respect des consignes décrites dans le guide OPPBTP de préconisations pour assurer la sécurité sanitaire, dans un esprit pragmatique et sans faire de surenchère sécuritaire. Même chose pour les coordonnateurs SPS et les bureaux de contrôle.

Les faits sont là, les chantiers qui ont maintenu une activité, même faible au pic de la crise, repartent beaucoup plus simplement.

Chacun fait le constat de visu que les gestes barrière sont appliqués, les kits de protection disponibles et les conditions d’hygiène et de propreté opérantes. Passée « la » journée stressante de reprise, la sérénité se remet en place progressivement et la vie des chantiers reprend son cours normal. La mobilisation des directions de chantier est rassurante et facilitatrice en plus d’être exemplaire. Là-aussi il est important que chacun « mouille le maillot » et soit présent physiquement.

Souhaitons également que les questions de restauration et d’hébergement puissent rapidement se résoudre avec les réouvertures des ERP afin de favoriser la reprise des chantiers distants en « grand déplacement » qui restent problématiques.

Même si actuellement nous sommes davantage sur un écoulement des stocks, un point de vigilance reste de mise en ce qui concerne les approvisionnements, essentiellement pour les matériaux largement transformés car les usines et ateliers ont aussi un temps tout stoppé. Certaines importations poseront aussi vraisemblablement problème dans les semaines à venir du fait de la fermeture des frontières.

Enfin, le partage des surcoûts liés à cette crise entre tous les acteurs du chantier va rapidement constituer une condition sine qua non pour maintenir les modalités favorables à la continuité des reprises en nombre dont nous avons tous besoin. A ce titre la charte signée cette semaine en Pays de la Loire entre l’USH, la FFB, l’Ordre des Architectes et la CAPEB est un signe positif de plus qui est envoyé.

Post-covid : repenser l'interrcation mais aussi la relation

La crise invite à questionner ce que notre profession met actuellement en place pour redémarrer nos chantiers, comme par exemple l’instauration du « responsable Covid » garant des conditions d’hygiène, de propreté et d’approvisionnement en équipements de protection essentiels.

Cette crise du Coronavirus interroge par exemple la propreté sur les chantiers. Finalement, parce que cela nous est imposé, nous mettons en place plus de présence, d’écoute, d’accueil et finalement de considération sur les bases vie.

La fameuse « QVT », qualité de vie au travail, est très questionnée dans les bureaux à la mode des entreprises en vogue. Beaucoup d’investissements matériels et immatériels, y sont convoqués pour plus de confort sensoriel, de chaleur humaine et de convivialité favorables à la marque employeur.

Et sur nos chantiers alors ? Pensons-nous que ces questions « QVT », si largement abordées dans le tertiaire, ont sérieusement été posées ?

Assurément peu.

D’ailleurs, le recrutement s’opère plus en donnant à voir la cafétaria ou l’espace convivialité du siège que la base-vie des chantiers pourtant affichés en posters dans les salles de réunion. Quand on y réfléchit bien, avec ce que révèle cette crise, ce n’est pas normal.

Ce que nous mettons en place sur les chantiers aujourd’hui pour des questions de santé, devrait faire évoluer notre approche de ces questions de façon durable. Car au fond, si cela avait toujours était le cas, cela aurait facilité la reprise des chantiers. En effet, beaucoup des consignes du guide OPPBTP de début avril sont du bon sens, de l’hygiène et au final de la considération pour les gens.

Une initiative exemplaire sur l'Île de Nantes

Je voudrais citer dans ce sens une initiative qui a démarré avant la crise Covid-19 et qui n’a donc rien d’opportuniste. Elle est portée par l’aménageur nantais, la SAMOA, sur l’îlot République dit du « bien-être » et consiste à repenser complétement la base vie des chantiers. La première proposition a consisté à envisager une mutualisation des bases vies des 7 parcelles à construire en une seule, de façon à apporter beaucoup plus d’espaces qualitatifs et mutualisables.

Pour aller au bout, il faudra que chaque promoteur accepte de moduler un peu son bilan mais le jeu en vaut la chandelle. Car en plus d’offrir des espaces plus agréables, il est question - et en ce sens cette proposition est assez visionnaire à l’aune de ce que la crise a imposé - d’offrir des services qualitatifs garantis en ce qui concerne le nettoyage, la propreté, les fournitures de base, la sécurité des biens dans les vestiaires et même l’accueil avec un café chaud le matin. Cela s’opère grâce à la présence d’un « happiness manager » dédié, une sorte de « responsable Covid » avant l’heure mais ici souhaité plus qu’imposé. Cette personne est en plus capable de favoriser la médiation, c’est-à-dire les bonnes relations entre intervenants et donc in fine une ambiance salutaire et apaisée sur le chantier.

La base-vie compte offrir aussi un menu de services optionnels complémentaires pour prendre soin des personnels et de leur santé. Comme des séances d’échauffement dans un espace modulable dédié, les services d’un kiné pour faciliter la prévention des risques musculo-squelettiques ou encore des menus diététiques le midi adaptés à l’activité physique.

Cette idée nouvelle contribue à l’émergence d’une forme de « chantier solidaire et humain ». Il serait de bon ton que cette initiative se réalise vraiment et qu’elle serve d’exemple, sorte d’incubateur participant au cocktail de « solutions favorables à l’environnement et à la santé » dont notre secteur se nourrira.

Car même si depuis des années une lente amélioration s’opérait, il y avait encore insuffisamment d’attention portée sur la qualité de vie sur les chantiers, au bien-être des hommes et femmes qui confectionnent la ville de leurs mains.

La crise Coronavirus devrait, espérons-le, changer notre regard sur le chantier, son déroulement et donc les conditions d’accueil pour les personnes qui y travaillent en permanence. Il faut accorder autant d’importance à la santé et au bien-être des personnes qui vont fabriquer le projet qu’à celle de ses futurs occupants. Dans l’absolu les deux familles sont liées.

Je vous souhaite encore à tous le meilleur et de retrouver prochainement vos équipes en forme et pleines de bonne volonté pour redresser ensemble et intelligemment nos entreprises qui souffrent.

 

  Laurent Rossez,

  Président de NOVABUILD.

 

 

 

 

(1) Commentaires

Toujours fan de vos édito, merci !

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