Édito de Laurent ROSSEZ | Replacer l’humain au cœur de nos préoccupations

Publié le

05/11/2020

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Nous n’étions pas préparés à vivre une année 2020 aussi complexe et aléatoire. A bien y regarder, certains augures, jugés comme pessimistes, avaient bien envisagé à échéance relativement proche des complications qui affecteraient lourdement nos modèles actuels sans limites. Profitons de cette crise pour partager le diagnostic de vulnérabilité de nos sociétés et pour tenter d’y apporter, en ce qui nous concerne, les réponses les plus adéquates en matière d’aménagement et de constructions.

La santé au cœur des préoccupations

Ne doutons pas une seconde que cette question concerne nos métiers !

Nous n’étions pas non plus préparés, ou formés, à intégrer dans nos réflexions autant de paramètres pour exercer dignement notre profession. Nous sommes passés clairement d’un monde qui était déjà compliqué à un monde complexe, évolutif et aléatoire. Répondre aujourd’hui en responsabilité aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques dans l’acte de penser et construire la ville positive et inclusive nécessite une approche globale, systémique et dynamique.

Nous avons toujours besoin de spécialistes, mais, désormais, il nous faut aussi une capacité à faire matcher entre eux l’ensemble des paramètres qui vont influencer les projets sur l’enjeu majeur du climat qui influence tous les autres, à commencer par la santé.

La vision, l’esprit de collaboration et de synthèse n’ont jamais été aussi précieux, ce rôle n’étant plus nécessairement dévolu à une spécialité plus qu’à une autre. Nos réponses interrogent le bilan carbone des constructions et leur efficacité énergétique ainsi que la préservation de la biodiversité qui doivent rester notre horizon. Ce que nous dit la crise sanitaire en replaçant l’humain au cœur des préoccupations, c’est que les unités bâties, en plus de leur impact carbone direct, favoriseront, ou pas, des modes de vie, de consommation, de déplacement, de travail et même de nutrition qui iront, ou pas, dans le sens de la trajectoire bas carbone. Cela renforce la responsabilité qui est la nôtre dans le défi mondial de l’atténuation des dérèglements collectifs.

Il suffit de s’intéresser aux premières pistes issues des réflexions collectives sur le vaste projet d’aménagement visionnaire de Pirmil-les Isles, au sud de Nantes, pour s’en convaincre (voir le replay).

Eviter l’écueil des projets du repli sur soi

Déterminants sociaux et environnementaux de la santé

La Santé est redevenue la première priorité des Français. Elle n’aurait jamais dû se situer à un autre rang. Les déterminants de santé sont dépendants de notre patrimoine biologique, de nos comportements alimentaires et de nos modes de vie. Mais c’est parce que l’environnement physique et psychologique, ainsi que les facteurs socio-économiques, sont aussi largement influençant sur les conditions de santé des individus, que notre secteur a, sur ces questions, un rôle majeur à jouer.

Rien ne sert de s’appesantir désormais, il convient plutôt de se saisir du marasme actuel pour adjoindre à nos trois sujets prioritaires, biodiversité, climat et énergie, les nouveaux paramètres de santé qui interrogent désormais aussi tous nos projets d’aménagement et d’architecture.

A ce titre, il faut éviter un écueil majeur, celui qui consisterait à répondre à cette crise sanitaire par une conception de la ville et de ses constructions en instituant les distanciations physiques, et donc sociales, entre les individus comme le nouveau paramètre ou le nouvel étalon sanitaire de conception. Ce serait à mon sens une erreur majeure.

Il convient de favoriser un environnement sain en ville et dans les bâtiments par le choix des matériaux, la maîtrise de la qualité de l’air et de l’eau ou encore la lutte contre les îlots de chaleur. Cela nous le savions.

Il nous faut aussi désormais réussir à répondre aux deux injonctions paradoxales. Il faut à la fois améliorer les capacités d’adaptation rapides des bâtiments pour garantir les meilleures conditions d’hygiène et de distanciation entre les personnes en période de pandémie face au SARS-CoV-2 et les éventuels futurs virus du même ordre. Mais il convient aussi de ne rien lâcher sur l’idée que la ville et ses édifices doivent continuer à réunir, unir, rapprocher les gens pour favoriser la solidarité, les liens sociaux et la mutualisation des biens et des services, car il en va de la santé des populations au long court.

C’est un véritable oxymore qui nécessite de développer l’approche globale et systémique pour faire les bons choix.

La crise a déjà rendu caducs certains modèles inadaptés

La force et la conviction du collectif pour initier la construction d’après…

Dans cette période trouble, nous n’avons jamais eu autant besoin les uns des autres pour nous entraider dans la recherche des solutions que les politiques, les aménageurs et plus largement nos concitoyens attendent de nous. C’est devenu multicritères, complexe voire pesant mais c’est surtout passionnant. Nous avons besoin d’unir nos forces et nos idées et nous n’avons jamais eu autant besoin du liant entre nous tel que s’efforce d’entretenir et de faire grandir NOVABUILD depuis bientôt une décennie.

Je crois aujourd’hui, plus que jamais, en la force de notre association, de ses idées et surtout en notre capacité à collectivement initier les projets capables de tracer la voie d’une construction réinventée, créatrice des emplois d’avenir et de la transition. Nous devons viser comme résultat un aménagement durable, résilient et inclusif, adapté au contexte économique et à la baisse globale de la solvabilité.

Le chemin est long. J’ai dernièrement pu assister à plusieurs événements organisés en ligne par NOVABUILD qui a décidé de relancer le concept novabuild.0, né lors du premier confinement, et qui nous permet de poursuivre notre activité dans d’autres formats. J’ai senti dans les rencontres CIRQ, C’POSITIF ou les ateliers de Pirmil-les Isles, l’énergie de la transformation que cette crise a exacerbé en nous. Nos lendemains seront assurément plus rieurs que la tristesse induite par ce 2ème confinement, car cette crise accélère les mutations vers de nouvelles façons de vivre, d’habiter, de travailler et de se déplacer auxquelles notre profession est prête à répondre.

Bien chaleureusement,

Laurent Rossez,

Président de NOVABUILD.

 

 

 

 

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