Édito de Laurent Rossez | La Rénovation réhabilitée

Publié le

01/10/2020

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NOVABUILD en partenariat avec ARTIBAT proposent avec CIRQ une rencontre majeure sur le défi de la décennie, la massification de la rénovation. Cette journée 100% en ligne, ouverte à tous sans restriction, se déroulera le jeudi 22 octobre. Vous y retrouverez toutes les solutions pour faciliter la rénovation avec 10 start’ups sélectionnées après concours, de nombreux experts, des acteurs de la rénovation avec des retours d’expérience inspirants.

L’occasion pour moi avec l’Edito mensuel de faire le point sur la rénovation réhabilitée.

Une attirance soudaine pour la restauration du patrimoine bâti

Le temps d'avant, c'était le temps d'avant…

Soyons lucides, jusqu’il y a peu, la réhabilitation des immeubles anciens, la restauration du patrimoine, la rénovation énergétique étaient encore les parents pauvres de notre profession, ne serait-ce qu’intellectuellement. 

Pendant bien longtemps, chaque corps de métier a préféré, dans la grande majorité des cas, partir de la feuille blanche, c’est-à-dire d’un terrain nu ayant subi préalablement une démolition ou tout simplement pris sur le foncier non encore urbanisé, pour y réaliser un ouvrage neuf. Car, c’est une des particularités de nos métiers qui reste fascinante, notre chaîne collective de construction de valeur nécessite bien souvent moins de 2 ans pour que, partant de rien, ce qui n’est au départ que le fruit de réflexions, prenne corps dans le paysage en y accueillant la vie avec tous les services et fonctions pour lesquels l’ouvrage a été imaginé. Rien que pour cette raison, retravailler sur ce qui existe déjà avait beaucoup moins la cote que « le neuf » …

Mais le temps d'avant, c'était le temps d'avant. Depuis chacun a compris tous les maux, que les idées d’étalement et d’expansion sans limite ont fané. Raisonnable et nouveau le plan de bataille « Solutions Climat » de NOVABUILD prône désormais les « 5R », à savoir : Réduire, Réutiliser, Rénover, Recycler et aussi, osons le dire, Renoncer, Renoncer à construire quand l’impact n’est pas soutenable.

Réhabiliter doit rimer avec sobriété

Les données sont sans appel et les chiffres implacables…

Les récentes données de l’étude menée par le service des statistiques du Ministère de la transition écologique sont claires et nettes.  Sur les 30 Millions de résidences principales que compte l’Hexagone, 5 Millions, soit 17%, sont encore de vraies « passoires thermiques » très énergivores car classées F et G sur l’échelle du diagnostic de performance énergétique DPE. Si on élargit le spectre aux logements classés D, c’est à dire globalement un habitat 3 fois plus consommateur de kWh/m²/an et 5 fois plus émissif en kgeq.CO2/m²/an que les logements RT2012 : c’est 60% du parc qui se trouve concerné car classé D à G, soit 18 Millions d’unités bâties ! Rappelons que la moyenne nationale du DPE est encore de 250kWh/m²/an ce qui correspond à un classement énergétique de catégorie E, soit l'avant-avant dernier niveau sur l’échelle DPE qui en compte 7.

Le bâtiment représente encore plus de 40% de la consommation finale d’énergie et 30% des émissions de CO2. Il faudrait donc d’ici à 2040 avoir rénové thermiquement quasiment tout le parc classé au-delà de D. Aux dernières estimations en 2018, année record, on recense 110 000 rénovations dans le logement social et 190 000 dans les logements privés, soit un total de 300 000 rénovations annuelles. 

Or, l’objectif est bien de passer rapidement à un rythme de 1 Million de rénovations énergétiques par an. On n’y est pas, car avec une cadence de 300 000 unités traitées par an, les 18 Millions d’unités émissives classées D et au-delà, ne seront entièrement traitées que dans 60 ans… Le mercure aura eu le temps de monter.

C’est pour cette raison, qu’à nos yeux, la Réhabilitation ne doit pas se focaliser uniquement sur les aspects énergétiques, d’autant plus que la variation du prix de l’énergie rend encore le retour sur investissement peu incitatif pour les ménages car souvent lointain, malgré les aides.

Le Carbone véritable juge de paix favorable à la Réhabilitation

Ou comment raisonner en termes de priorités…

Au point où nous sommes arrivés dans la dérive climatique, il faut garder en tête que le véritable indicateur juge de paix est désormais le Carbone, car c’est son excès d’injection anthropique et continue dans l’atmosphère qui risque de mettre en péril l’humanité.

Les données prospectives 2019 de l’ADEME sont alors implacables. 51 Millions de tonnes de matériaux ont été consommées en 2015 pour la construction neuve en France, dont plus de 80% pour le secteur résidentiel. Or, la quantité de matériaux à mobiliser en t/m² pour la construction neuve comparée à la rénovation BBC d’un bâtiment de logement est, selon sa typologie, de 10 à 50 fois plus importante !

Bien évidemment, les émissions Carbones comparées vont de paire car plus de 75% du CO2 d’un bâtiment neuf provient de sa phase de construction dont 60% uniquement dus aux matériaux mis en œuvre. En reprenant les données de l’ADEME sur la réhabilitation qui nécessite en fourchette basse 10 fois moins de tonnes de matériaux par m², les émissions d’une construction neuve représentent donc, au bas mot, 2 fois plus de GES qu’une rénovation lourde équivalente en surface. L’addition monte jusqu’à 4 fois plus s’il y a eu démolition avant car la non réutilisation et destruction d’un gros-œuvre existant équivaut à un surcroît d’émissions d’environ 300kg équivalent Carbone par m².

Cet aspect des choses devrait changer la vision des maîtres d’ouvrage et des concepteurs. Car, dans ces proportions, si on a rénové le patrimoine sans le détruire, peu importe si après réhabilitation, les émissions en usage restent à 15kgeq.CO2/m²/an au lieu d’être inférieures à 5 kgeq.CO2/m²/an dans le neuf passif.

A l’aune de l’impasse Carbone dans laquelle notre secteur reste encore largement englué et quand on sait la difficulté à faire évoluer les habitudes professionnelles et les textes règlementaires, il est légitime de questionner la stratégie issue du Grenelle de l’environnement en 2007. En mettant à l’époque avant tout l’accent sur la réduction de la consommation énergétique et en reportant à une échéance plus lointaine le Carbone, cela a créé un mouvement et structuré les marchés essentiellement sur la transition énergétique et pas assez sur la transition climatique dont nous aurions tant besoin.

La Réhabilitation fer de lance de la relance

Plaidoyer pour agir au sens large…

Je prône donc ici une Réhabilitation dans « tous ses états » sachant dépasser l’unique aspect thermique. Le regain d’amour envers la Réhabilitation, motivé certainement par une pénurie de travaux neufs à l’horizon 2021 dus aux effets post-Covid et à un fléchage prévisible des budgets publics de France-Relance vers la rénovation, doit servir de terreau pour mettre en œuvre une Réhabilitation globale et structurée autour de l’ensemble des leviers de l’économie bas Carbone.

En effet, la Réhabilitation fait beaucoup mieux que simplement baisser les consommations énergétiques du bâti. Car elle s’appuie sur les principes même de l’économie circulaire, à savoir sur l’éco-conception ne serait-ce que parce qu’elle est synonyme d’absence d’artificialisation des sols et d’atteintes fortes à la biodiversité, tout comme sur l’approvisionnement durable avec des matériaux complémentaires généralement peu carbonés (pierres, bois, chapes minces,  chaux, isolants biosourcés,…) et enfin par essence même sur l’allongement de la durée d’usage, le réemploi, la réparation, la réutilisation tout comme le recyclage. La Réhabilitation comparée au neuf est donc bénéfique sur la diminution du prélèvement des ressources, sur la réduction de la production des déchets et donc bien entendu sur les émissions carbonées.

De même les champs de création de valeur autour de la Réhabilitation restent encore largement sous-évalués et sous-exploités en termes de création de valeur et d’emplois durables.

ll y a tout d’abord le vaste parc des logements vacants « réhabilitables », évalué à plus de 3 Millions en France métropolitaine. Cela questionne évidemment l’attractivité des secteurs géographiques où ils se trouvent et donc l’aménagement du territoire. Mais les cartes sont largement rebattues avec l’avènement des nouveaux modes de télétravail, tout comme une forme de désaffection de certaines métropoles post-confinement et post-canicules, au profit de territoires plus ruraux offrant une qualité de vie alternative de plus en plus recherchée.

Il y a aussi les nombreux m² de bureaux vacants, essentiellement en région Parisienne, car ne répondant plus aux standards de la fameuse « QVT, Qualité de Vie au Travail » tant prônée par les services RH en charge de recruter et fidéliser les talents. La CCI d’Ile de France estime en 2018 la vacance des bureaux à plus de 3,5 Millions de m² (soit 6% du parc). C’est un formidable réservoir pour une reconversion en logements qui nécessite d’ailleurs beaucoup de créativité Architecturale et d’inventivité en Ingénierie. Cette Réhabilitation avec changement d’usages pourrait permettre de loger 50 000 familles dans des appartements de 70m² en moyenne !

Il y a de même dans de nombreuses agglomérations, toutes les zones délaissées car endommagées par leur passé industriel. La Réhabilitation au sens large peut permettre une renaturation et une intensification de la biodiversité sur ces anciennes friches polluées. Il y a une science formidable du paysage et de la phytoremédiation à mettre en œuvre pour redonner vie à ces sites aux potentiels inestimables. 

Il y a enfin, la Réhabilitation qui permet une meilleure exploitation des surfaces déjà là, soit par adjonction d’espaces intérieurs ou extérieurs via une greffe structurelle en façade, soit par densification via des surélévations faisant notamment appel à la construction légère en bois capable d’être supportée par le bâti existant. L’expertise de haut niveau pourvoyeuse d’emplois qualifiés y est attendue.

N’oublions pas pour finir la Réhabilitation du patrimoine inscrit ou classé monument historique qui doit être relancée pour continuer à nourrir la richesse culturelle et l’attractivité de notre pays.

EnergieSprong de l’espoir

Face au désespoir en l’absence d’un réel marché de la rénovation énergétique

Je ne terminerai pas cet éditorial sans féliciter les équipes de NOVABUILD et nos partenaires ATLANSUN, ATLANBOIS ainsi que les 14 organismes HLM et les entreprises qui se sont impliquées dans le club « EnergieSprong » ligérien. 

Car même si vous l’avez compris, nous ne souhaitons pas réduire la question névralgique de la Réhabilitation à la seule rénovation énergétique, force est de constater que l’animation et l’engagement autour de la démarche EnergieSprong visant la massification de la rénovation énergétique du logement social est chez nous un très vif succès.

Tout d’abord, les consortiums issus des Pays de la Loire qui ont répondu à l’Appel à Projet National EnergieSprong ont remporté un succès retentissant avec 6 équipes « trustant » le 03 septembre dernier lors de la cérémonie à Paris, la moitié des prix attribuées pour récompenser les solutions les plus pertinentes.

Ensuite, les 8 ateliers MOA-MOE-Entreprises qui se sont tenus depuis Octobre 2019 ont permis de placer les Pays de la Loire comme la Région pionnière puisque malgré la crise sanitaire, le lancement du premier marché massifié comportant 2 000 logements, dont 28% en collectifs, va s’opérer dès le mois prochain, grâce notamment à la démarche collective des organismes HLM impliqués.

Enfin, la relation partenariale bailleur - groupement et la standardisation des solutions constructives incitées par EnergieSprong semblent en mesure de réduire les coûts et d’améliorer la qualité. Cela devrait permettre de promouvoir des solutions habituellement « hors marché » au profit du confort des habitants et de la préservation de la planète, avec notamment la garantie zéro énergie sur 30 ans.

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Sur cette note très positive, je vous souhaite à tous un bel automne et vous donne rendez-vous le 22 octobre sur CIRQ (inscriptions ici), notre journée dédiée aux solutions pour la rénovation.

Bien à vous tous,

Laurent Rossez,

Président de NOVABUILD.

 

 

 

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