Édito de Laurent ROSSEZ | "Le dernier [édito], et non le moindre"

Publié le

01/04/2021

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Au moment où nos 393 électeurs, représentants désignés par chacun de nos adhérents, sont en train de voter électroniquement pour nos 22 futurs administrateurs de NOVABUILD pour la période 2021-2023, voilà venu le temps du dernier éditorial de votre serviteur, 97e édition d’un long parcours d’échanges et de réflexions qui m’ont amené, chaque mardi ou mercredi soir, à « prendre la plume » pour porter à votre connaissance les réflexions que la présidence du mois écoulé m’avait inspirée. 9 années avec ce « rituel » qui m’ont permis aussi de créer, je l’espère, une forme de proximité avec vous en cherchant à traduire sans détours là où le conseil d’administration et le bureau de NOVABUILD portaient leurs réflexions et souhaitaient aussi orienter nos efforts dans un monde en si grande transition.

Retours sur une décennie pas si vertueuse que ça !

Pour nos métiers, durant ces 10 dernières années, les évolutions que nous avons connues ont été encore plus profondes que durant les décennies précédentes avec, de surcroît, une tendance progressive à l’accélération du phénomène. Au travers des éditos mensuels, j’ai tenté de proposer une analyse sur ces évolutions en cours dans le but d’éclairer la voie pour aiguiller les priorités et les actions de notre association. Au bilan, je dois bien reconnaître que mes espoirs initiaux de 2011 en ce qui concerne l’atténuation des atteintes au vivant et la diminution des émissions de gaz à effet de serre de nos professions ne sont pas totalement au rendez-vous.

À ce titre, les chiffres sont implacables, même s’il convient de faire le distinguo :

  • Entre les émissions annuelles globales de GES, où la situation s’améliore lentement, même si cela ne va pas assez vite. Au dernier bilan 2019 connu, elles restent hors importations supérieures de 4,5 % à l'objectif fixé par la Stratégie Nationale Bas Carbone (baisse de 11 % en 10 ans avec un rythme de réduction inférieur de -10 Mt/an requis pour atteindre l'objectif SNBC). Pour le secteur du bâtiment, les émissions liées aux consommations d’énergie en usage (scope direct 1) plus celles liées à la production de l’énergie associée (scope indirect 2), soit 26% des GES nationaux, ont diminué de 25 % en 10 ans grâce à la décarbonation du bouquet de production d’électricité et le recours croissant aux EnR. Par contre, l’amélioration des performances thermiques des logements découlant des réglementations thermiques sur les constructions neuves et des politiques d’incitation à la rénovation est annulée en grande partie par la hausse du nombre de construction et les émissions liées à la fabrication des matériaux et équipements représentant 7% du cocktail GES national (scope indirect 3).
  • Et l’artificialisation des d’espaces NAF (naturels, agricoles et forestiers), où il n’y a aucune tendance baissière en vue. Elle a augmenté de 70 % depuis 40 ans alors que la population n’a progressé que de… 20 %. L’équivalent de 7 terrains de football sont encore artificialisés chaque jour en Pays de la Loire ! 25 000 hectares naturels ont ainsi disparu en 10 ans dans notre Région, soit 11 % du total français alors qu’elle ne représente que 6 % de la superficie hexagonale et n’accueille que 5,5 % de sa population. Comment inverser cette tendance avec un attrait toujours plus vif pour les résidences secondaires souvent vides et près de 30 taxes qui s’appliquent aux terrains urbanisables constituant une source de financement importante pour l’ensemble des collectivités locales, comme la taxe foncière avec ses 40 milliards d’€ annuels ? Attention car vraisemblablement sommes-nous ici, avec la perte de biodiversité qui va de pair, face à des conséquences sur la chaîne du vivant encore plus rapidement néfastes que les effets du réchauffement climatique ?

 

Attention à la prise de B.E.C !

J’invite ici à promouvoir un nouvel imaginaire non uniquement Energie-Carbone centré. C’est l’idée d’ajouter devant l’approche E+C-, un « B », comme Biodiversité afin de replacer sa préservation sur terre et en mer comme LA priorité car le million d'espèces vivantes qui sont menacées de disparition avant 2030 questionne la survie de l'Homme lui-même ! Les dégradations de la nature concernent tous les pays, y compris la France où près de 200 espèces animales ont déjà complètement disparu alors que d’autres groupes de mammifères, oiseaux, poissons (non d’avril !), reptiles, amphibiens sont sérieusement en péril. Sans parler du monde végétal.

Les experts de l'ONU dans leur rapport de 2019 sur la biodiversité (IPBES) expliquent très bien que la « 6e  extinction de masse », la seule d’origine anthropique, va affecter directement l’être humain qui dépend de la Nature pour respirer, boire, manger, prévenir la maladie ou encore se soigner.

La proposition est donc de sortir de nos discussions internes sur l’énergie et le carbone pour essayer de toucher un public plus large sur la question de la préservation de la Nature. Cette notion est finalement beaucoup plus accessible car moins technique et directement perceptible dans l’environnement qui nous entoure quel que soit son niveau de connaissances, sa culture ou son âge. C’est un moyen d’embarquer sur ces questions névralgiques à la fois un maximum de monde mais aussi tous les 4 grands facteurs sur lesquels agir pour préserver la biodiversité : l’artificialisation des terres, la surexploitation des ressources en particulier vivantes, les dérèglements climatiques et la pollution y compris via les espèces invasives. Par cette approche « la Nature avant tout », on traite nécessairement l’atténuation des impacts sur les milieux et la diminution des GES à l’origine du changement climatique qui affecte le vivant.

C’est quand même beaucoup plus parlant et visible de contribuer à préserver des trames vertes et bleues sur son territoire pour sauver une ou plusieurs espèces animales ou végétales que de diminuer de quelques pourcents ses propres émissions carbones, même si cet apprentissage d’une vie plus décarbonée il faut le faire aussi.

Vers un nouvel idéal humaniste

On a tous compris que les petits pas ne suffiront pas pour transformer suffisamment rapidement nos sociétés sauf à amener progressivement les 3 parties prenantes le politique, l’entreprise et les individus à considérer comme objectif la qualité de vie et non la croissance économique.

En cela un nouvel idéal humaniste replaçant, quoi qu’il en coûte, la Nature au centre de tout est probablement une voie pour notre salut. Cela consiste alors à mieux aménager pour préserver, à inventer des nouveaux usages dans des espaces partagés plutôt que des surfaces bâties sans cesse étalées, à renoncer par endroit pour mieux amplifier sur ce qui existe déjà. Et cela devra nécessairement questionner dans nos projets au-delà de l’acte de bâtir : les mobilités, les modes de vie, de production et de consommations sous toutes ses formes qui s’y raccrochent.

Cela peut consister aussi à intégrer l’idée qu’un bien immobilier aura beaucoup plus de valeur intrinsèque demain si une protection environnementale est attachée à ce dernier. C’est ce que propose les ORE, Obligations Réelles Environnementales, dispositif foncier de protection de l'environnement prenant la forme d'un contrat, librement consenti entre le propriétaire et la collectivité publique ou un établissement public.

Et c’est bien de la part des élus, aménageurs, maîtres d’ouvrage ou organismes associatifs comme NOVABUILD ayant une capacité de synthèse face aux problèmes complexes, qu’il sera attendu une réflexion en profondeur et globale faisant appel à plusieurs disciplines pour proposer un nouvel idéal humaniste capable de préserver la Vie sous toutes ses formes.

Comprendre alors les leviers sur lesquels agir, les ressorts humains sur lesquels s’appuyer tout en étant capable d’expliquer à un large public les priorités des choix proposés lorsque tout se tient sera une des clés.

C’est bien en faisant appel à plusieurs disciplines croisées en économie, écologie, sciences, sociologie, arts que nous serons capables d’apporter à la société en grand questionnement, tout le sens et la vision qui  favoriseront l'adhésion aux choix permettant de préserver et sanctuariser ce qui doit impérativement être transmis à la génération de demain.


Il me reste à souhaiter que notre renouvellement du CA, avec le processus totalement ouvert et démocratique en cours, puisse donner une légitimité encore plus renforcée à NOVABUILD. Car les positions et les choix devant nous sont cornéliens si nous voulons que notre belle association reste un aiguillon qui parfois pique mais surtout stimule et incite aux changements inéluctables que notre profession doit rapidement mener dans sa révolution décarbonée et respectueuse du biotope.

Merci pour toutes vos contributions et vos soutiens dans cette formidable progression en compétences, en prises de conscience et en contenu que nous avons collectivement menée pendant cette si courte décennie. Tout reste à amplifier mais je suis certain que cette aventure ensemble aura permis la suite qui va s’écrire. J’ai confiance en nous. Bien amicalement et à bientôt chers amis.

Laurent ROSSEZ,

Président de NOVABUILD

de juin 2011 à avril 2021

 

 

 

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