Edito de Laurent ROSSEZ | Les conquérants de l’utile

Publié le

07/01/2021

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2020, annus horribilis…

Nous avions hâte de débuter 2021 pour tourner la page de l’année écoulée. Elle fut pour beaucoup une véritable annus horribilis, la pandémie ayant frappé certaines familles dans leur chair et finalement la totalité des gens, en bouleversant leurs vies personnelles et professionnelles avec des conséquences psychiques et psychologiques que nous avons encore du mal à mesurer. La crise sanitaire n’est pas terminée et les prévisions sur le retour à une vie normale restent encore incertaines et fluctuantes à l’heure où nous parlons, malgré les espoirs misés sur l’arrivée des premiers vaccins.

Ainsi, en cette nouvelle année, je vous transmets tous mes vœux et, en premier lieu, que nous retrouvions au plus vite et en toute liberté ce qui fait le ciment de la vie en société, à savoir les réunions de toute nature, sans distance, sans méfiance, avec de vrais sourires qui rapprochent et unissent les âmes.

J’ajoute à cela un deuxième vœu, celui que notre société sache à l’avenir mieux se préparer à appréhender les possibles apparitions d’autres virus ou bactéries, en misant sur la capacité des individus à renforcer préventivement leurs défenses immunitaires. Il ne s’agit plus de réduire la diversité des contacts en s’isolant de la Vie, mais au contraire de conserver les activités physiques et les liens avec les autres et l’environnement qui nous entoure. Le curatif via une mise à l’écart aseptisée montre toutes ses limites et conséquences négatives, alors que le préventif via une réhausse des défenses naturelles visant à limiter l’afflux brutal du nombre de malades, n’est pas encore de mise.

2021, Conquérants de l’utile…

Il est fait allusion ici à Lionel Terray auteur d'un des plus célèbres récits d'alpinisme : « Les Conquérants de l'inutile ». L’alpiniste Français qui faisait partie de l’expédition de la première conquête d’un sommet de plus de 8 000 m, c’était en 1950 à l’Anapurna, s'interroge dans l’ouvrage sur le sens de sa profession, la montagne étant toute sa vie, qu’il perdra brutalement en 1965 lors de l’escalade de la face du Gerbier dans le Vercors.

Ce livre qui a bercé ma jeunesse, je le mets ici volontairement en perspective avec un manifeste récent sur la montagne : « Urgence ! Il faut sauver les montagnes ». Cet ouvrage a été écrit par Reinhold Messner, alpiniste italien hors norme, le 1er à avoir gravi les quatorze 8 000 de la planète. Son récit saisissant ne questionne plus comme avec Terray le sens de la vie et l’utilité de gravir les sommets. Il lance un cri d’alarme face aux conséquences du dérèglement qui s’accélère et que chacun de nous, amoureux de ce milieu, peut constater : recul voire disparition des glaciers, éboulements monstrueux, crues torrentielles dévastatrices, manque d’enneigement, etc.

C’est pour cela que je vous propose de devenir en 2021 de véritables « Conquérants de l’utile » !

Qu’entend-t-on par utile ? Nous pouvons agir dans notre sphère professionnelle en faisant à notre échelle tout notre possible pour apporter notre contribution positive dans la recherche de ce qui est devenu la priorité de NOVABUILD, et j’espère aussi de nous tous, la maîtrise de la dérive climatique.

Agir utilement pour conquérir du terrain, pas après pas, pour diminuer nos impacts sur l’environnement dans l’exercice de notre profession. Agir en questionnant notamment l’utilité de nos choix sur les opérations auxquelles nous participons. Agir en questionnant aussi les projets en eux-mêmes, c’est-à-dire leurs alternatives éventuelles si l’utilité au sens de la maîtrise des dérèglements est douteuse.

En montagne où le climat dégradé génère déjà ses effets néfastes, les écosystèmes continuent pourtant d’être encore plus fragilisés par de nombreux aménagements touristiques inconsidérés transformant certains espaces sauvages en véritables parcs d’attractions sans intérêt.

De même, dans l’aménagement du territoire qui nous concerne, on constate en Pays de la Loire un grignotage progressif de plus en plus de terres non urbanisées. Une augmentation de l’artificialisation sur la période 2013-2018 de +4,5% qui reste supérieure à l’accroissement de la population qui a été de +3,5%. Cette différence est la preuve de l’étalement urbain qui ne se justifie pas par l’unique nécessité de loger les gens. Nous devons aussi constater que la bande littorale de notre région rassemble une part importante de résidences secondaires que l’on ne peut qualifier de logements de première nécessité.

Comme le dénonce Reinhold Messner pour la montagne, nous partageons tous la responsabilité de la survie de nos paysages et de leur biodiversité. Or la « frénésie constructive » n’est que rarement remise en cause par notre propre profession quant à l’utilité de long terme des aménagements et des constructions envisagées. Rappelons à ce titre que les Pays de la Loire restent encore mal classés, comme 3e Région la plus artificialisée de France avec 12% de son territoire et 5 000 hectares par an (l’équivalent de la surface d’une ville comme Saint-Nazaire).

Joindre l’agréable à l’utile

Notre conquête de l’utile doit bien entendu être accompagnée par la recherche d’offres capables au final de favoriser la qualité d’usage, le mieux vivre, en un mot l’agréable.

À ce titre, l’ensemble des filières sont questionnées par la crise que nous vivons. La construction des logements, des bureaux, des universités, des lieux de restauration devra nécessairement évoluer. À nous d’anticiper les changements d’usages provoqués par ce type de pandémie, car nous savons déjà qu’ils vont aller plus vite que notre capacité à faire évoluer nos propres modes de conception de la ville et de ses constructions.

Au fond, si nos projets voulus comme utiles, car orientés vers la neutralité carbone, ne contribuent pas également à rendre la ville plus vivable et plus agréable en toutes circonstances, les populations délaisseront progressivement les territoires qui n’ont pas su répondre à ce double enjeu. Un mouvement dans ce sens dans certaines métropoles, à commencer par Paris et sa première couronne, est déjà perceptible. Il est de notre responsabilité, et pas seulement celle des élus, ou des citoyens, que porter en permanence ces enjeux.

Je vous transmets à nouveau tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2021 qui débute, en espérant que les chocs successifs que nous avons vécus nous aideront à être mieux armés et encore plus solidaires pour trouver les bonnes réponses face aux nouveaux imprévus inéluctables qui s’annoncent devant nous.

 

Laurent ROSSEZ,

Président de NOVABUILD.

 

 

 

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