Édito de Laurent ROSSEZ | Bon, Réveillons-NOUS !

Publié le

08/01/2020

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Quand la nature se déchaîne, les vœux de « bonheur, santé et réussite » peuvent devenir assez anachroniques

Au moment d’écrire l’éditorial de cette nouvelle décennie qui s’ouvre, mes pensées vont vers vous tous et vos proches pour souhaiter que 2020 soit synonyme d’accomplissements personnels, de succès dans vos projets et cela avant tout, dans le meilleur état de santé possible.

Avec cette année 2020 qui ouvre une nouvelle décennie nous mettant dans la perspective zéro carbone de 2050, j’ai le sentiment que ces bonnes intentions sont teintées d’un certain conformisme pour ne pas dire court-termisme. Et au fond, dans notre situation, les traditionnels vœux annuels ne se suffisent plus à eux-mêmes ou tout du moins ils revêtent une certaine forme d’incomplétude ou de naïveté.

En réalité, quand la nature se déchaîne, les vœux de « bonheur, santé et réussite » peuvent devenir assez anachroniques.

À cet instant, je pense à l’Australie où, dans le Sud-Est du pays, plusieurs milliers de personnes ont « passé le réveillon » sur la bande littorale pour tenter d’échapper à l’enfer. Ceci, au même moment où, les autorités maintenaient un feu d’artifice sans aucun sens à Sydney. Tout en réaffirmant par ailleurs, sous le feu des critiques et par la voix de son Premier ministre négationniste des évolutions climatiques : « ne rien vouloir changer à la politique énergétique du pays ». L’île-continent dont le mix énergétique est à 94 % fossile, produit 2/3 de son électricité via le charbon dont elle est le 1er exportateur mondial… Alors même qu’elle bat par deux fois de suite sa moyenne nationale de températures maximales jamais observées. Ironie du sort, la question de la réduction des GES donc de l’exploitation du charbon avait provoqué la chute du gouvernement progressiste précèdent en 2018. Faut-il attendre de tels incendies dévastateurs pour décider de changer de modèle ?

Mon premier vœu : placer l’urgence climatique au cœur de toutes les politiques

Au-delà des vœux protocolaires donc, nous avons besoin pour les années à venir, d’une réelle prise de conscience des populations pour évacuer du pouvoir l’ordre établi qui n’agit pas face aux drames climatiques en cours ou à venir, et dont il sera prochainement tenu comptable. L’inaction face aux dérèglements, le jusque-boutisme qui vire à l’obscurantisme du pouvoir politique dans la plupart des pays développés est, au fond, ce que je souhaiterais voir disparaître dans la décennie qui s’ouvre.

Faisons alors le vœu d’une Europe forte qui aura su donner l’exemple et inspirer les autres nations grâce à des choix stratégiques fondateurs d’un véritable «green new deal», comme par exemple avec un seuil carbone significatif dans la RE2020, un prix minimum du carbone, une taxe carbone aux frontières et une finance verte ambitieuse. Car il s’agit de placer l’urgence climatique au cœur de toutes les politiques pour accélérer à toutes les échelles : individuelle, locale, nationale, européenne et internationale.

Au bilan, cela pourrait se résumer à amplifier le mouvement initié par notre jeunesse dont une majorité a parfaitement compris la réalité scientifique de la situation.

Mon deuxième vœu : redonner toute sa place à la science

Dans ces vœux « augmentés » et pour la décennie à venir, il m’apparaît aussi essentiel que l’on puisse redonner toute sa place à la science. La science doit prendre toute sa place dans le but d’informer et d’instruire les citoyens du monde en leur permettant d’accéder aux explications sur les mesures réelles qui viennent chaque jour étayer les modèles théoriques. Cela permettrait à chacun de se faire sa propre opinion éclairée en disposant des bons ordres de grandeur. C’est aussi s’appuyer sur les faits scientifiques avérés pour couper l’herbe sous le pied aux négationnistes ou aux incompétents du climat que l’on voit encore dans certains pays gagner politiquement du terrain profitant du désarroi et de l’incurie populaire.

L’histoire des sciences pour comprendre

Car l’histoire des sciences en matière de climat est extrêmement instructive. Ne serait-ce que pour mesurer le temps de latence qu’il aura fallu à l’humanité pour comprendre et reconnaître son rôle dans la dérive climatique. Elle permet également de juger le poids des lobbys ou contrefeux qui se sont attachés au cours des siècles à retarder la prise de conscience.

Cette connaissance scientifique devrait être enseignée dès le plus jeune âge et faire partie du bagage minimal entrant dans la culture générale. Car concernant le futur du climat, les pionniers avaient raison en jetant, il y a 200 ans, les bases pour comprendre le réchauffement actuel de la planète !

Fourier si tôt inspirant pour se transformer…

L’illustre savant Français Joseph FOURIER (1768-1830), très connu via sa « transformée de Fourier », représentant en fréquence les signaux non périodiques et outil mathématique révolutionnaire devenu incontournable dans toutes les sciences, fut de surcroît le 1er de tous, en 1824, à expliquer le rôle fondamental de l’atmosphère en ce qui concerne la régulation de la température à la surface de la terre (« Traité sur les températures du globe terrestre et des espaces planétaires »).

Son compatriote physicien Claude POUILLET va compléter 15 ans plus tard la théorie de Fourier en expliquant que seulement certains gaz présents dans l’atmosphère, dont le CO2, ont la capacité à accentuer l’effet de serre en interceptant le rayonnement infrarouge terrestre. Et en 1863, l'Irlandais Joseph TYNDALL va mesurer l'absorption du rayonnement infrarouge par les différents gaz de l'atmosphère en identifiant le rôle dominant de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone.

C’est finalement le chimiste Suédois Svante ARRHÉNIUS qui va expliquer en 1889, il y a plus de 130 ans donc, que la croissance des émissions anthropiques de CO2 est en mesure de faire varier le climat. Il démontre en cette fin de XIXe siècle que la température à la surface de la terre s'élèvera de 4 à 5 °C pour un doublement de la concentration atmosphérique en dioxyde de carbone !

Tout était donc étudié, décrit et démontré il y a un siècle et demi !

Enfin, le météorologue Anglais Stewart CALLENDAR, connu comme « l'homme qui a vu le réchauffement climatique », va publier en 1938 le résultat de ses recherches où il prouve que la température moyenne de la terre a augmenté régulièrement de 0,3 °C depuis 1880, en attribuant 60 % de cette augmentation aux émissions de gaz à effet serre. Il estime alors que la planète pourrait se réchauffer en moyenne de 2 °C.

Notons que la communauté scientifique elle-même s’est montrée à l’époque incrédule et que le bureau météorologique américain rend même en 1941 un avis définitif expliquant que : « aucune augmentation du CO2 atmosphérique ne peut affecter significativement le bilan radiatif de la terre » !

Une si lente prise de conscience face à une histoire ancienne

Quand nous réfléchissons au temps de maturation qu’il aura fallu aux gens instruits pour accepter que nos modes de vie pouvaient à ce point porter atteinte à notre milieu et au final aux conditions même de notre existence, cela fait froid - ou plutôt chaud devrais-je dire - dans le dos…

Ceux de ma génération, ou plus jeunes aussi, se rappelleront que ces sujets n’étaient d’ailleurs absolument pas traités dans les écoles d’enseignement supérieur… Alors que la science avait parlé depuis si longtemps. On peut même se demander si les élites chargées de conformer les programmes éducatifs n’ont pas cherché en partie à taire une vérité qui dérangerait un monde drogué à la croissance.

Désormais, la crise écologique et les dérèglements climatiques sont heureusement actés par la plupart des gens sensés. Au moment de basculer dans la nouvelle décennie et eu égard aux niveaux atteints, nous sentons une montée en puissance de la prise de conscience des conséquences néfastes à même de bouleverser l’avenir de nos existences.

Avec aussi une massification de l’envie de passer à l’action pour tenter d’inverser la donne. C’est assez nouveau. Les prises de position et actions proposées par NOVABUILD et inscrites dans cette dynamique sont désormais plébiscitées. Notre feuille de route 2020 - 2022 en cours de gestation en sera nécessairement une conséquence.

Mon troisième vœu : élaborer son scénario bas carbone, et s’y tenir

Pour compléter ces vœux « hors norme », je souhaite également que 2020 initie une décennie où dans notre secteur de nouveaux modèles économiques puissent éclore et se déployer, notamment en Pays de la Loire. Certains pourraient d’ailleurs être inspirés par la « Convention Citoyenne pour le Climat » dont NOVABUILD suit attentivement le déroulement.

Initier la décennie du changement de modèle

Car ce n’est pas de prospective désormais dont nous avons besoin. Les paramètres devant nous sont extrêmement fluctuants et rendent les prévisions totalement aléatoires. Qui sait décrire un monde à +4 °C avec une biodiversité effondrée, un accès à l’eau et aux énergies aléatoires ? Personne.

Se fixer une trajectoire bas carbone

Nous devons donc répondre à la crise climatique, avec ce que nous connaissons aujourd'hui, en fixant une trajectoire d’atténuation et d’adaptation et en s’y tenant. Là est le courage. Être clairvoyants sur les risques, c’est proposer une voie pour agir, à savoir pour notre secteur traiter en priorité l’atténuation carbone et des impacts et en parallèle la résilience pour dès maintenant adapter car les chocs vont avoir lieu.

Nous avons besoin de choix nouveaux et forts inscrits sur plusieurs années. Chaque personne, individuellement et chaque entreprise par secteur d’activité (pour les biens et services qu'elle vend) ou chaque territoire, collectivement, doit élaborer de façon participative son scénario bas carbone. Plus personne ne devrait, par exemple, ignorer dans les 3 années qui viennent, le poids carbone de tout ce qu'il achète, consomme ou exploite.

Re-questionner notre modèle de croissance

Ce changement de paradigme serait aussi pour chacun de nous et en particulier pour ceux et celles qui ont les moyens d’agir, d’accepter l’idée que la croissance n’est plus possible en tant que telle car elle est nécessairement source d’émissions et d’aggravations. Et que toute notre intelligence collective doit désormais se tourner vers une nouvelle forme d’accomplissement qui place la préservation de notre planète comme la clé d’entrée à toute forme de développement.

Mon quatrième vœu : mettre en place le « passeport climatique pour diriger »

Enfin, je vais formuler un quatrième et dernier vœu.

Au même titre que l'on doit passer un permis mer ou rivière pour piloter n'importe quelle embarcation, je fais le vœu que soit mis en place prochainement une forme de passeport climatique pour diriger et s’adressant à toute personne amenée à tenir le gouvernail au sein d’une entreprise ou à endosser un mandat électoral. Ce « permis » consisterait à suivre avec assiduité une formation de 3 jours au contenu supervisé par le «Haut Conseil du Climat» et permettant de disposer du niveau minimal de connaissances et d'informations à jour sur le réel état des lieux climatique et sur le véritable degré de risque systémique que nous avons atteint, et les actions à mettre en œuvre. 

On n'autorise pas une personne à s'occuper de la santé des autres sans avoir acquis de diplôme en médecine. Aujourd'hui avoir des responsabilités nécessite de s'occuper des questions climatiques. Et cela revient également et dans un futur très proche à s'occuper de la santé des gens.

Et quand on sait vraiment, on n'envisage et ne réalise plus les choses de la même façon.

Bonne Année à toutes et à tous !

   Laurent ROSSEZ,

   Président de NOVABUILD

 

 

 

 

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